TROISIÈME PARTIE, CHAP. IV , SEGT. !• l
remède, qu'une institution; elle n'est pas un état, mais un accident; c'est une arme puissante dans le combat, et qu'il faut déposer après la lutte, sous ^ peine de se blesser à son tranchant ou de plier sous son poids. Elle excelle surtout à détruire; et alors même qu'elle crée quelque chose, elle ne sait point le conserver. C'est une phase par laquelle passent les peuples qui ont besoin , avant d'édifier une^société nouvelle, de balayer les débris de l'ancienne,, et dont ils doivent, se hâter de sortir, dès que l'œuvre. de transition est consommée. Malheureusement il n'est pas toujours facile de congédier cet auxiliaire, alors qu'on n'a plus besoin de lui; et la société peut trouver un germe, de mort dans la cause qui l'a sauvée. L^ est le péril. Ce danger est si grand, qu'un peuple ne doit le courir que s'il y avait pojir lui un péril encore plus grave à ne s'y pas exposer. Il a le' choix à faire entre la chance de ne pouvoir détruire un gouvernement mauvais sans le secours de la centralisation , et je risque de ne pounoir, cette destruction étant faite, se débarrasser de l'instrument qui l'a exécutée. Mais c'est parce qu'en Irlande le renversement de l'aristocratie est le premier et le plus urgent besoin , qu'il faut, pour l'abattre, prendrej'instrument le plus puissant, quoique le plus ^périlleux.
Il n'entre, du resté,, ni dans mon désir, ni dans mon plan, d'expliquer la forme et le mécanisme de la centralisation qui conviendrait à l'Irlande, et dont je me borne à reconnaître en principe l'utilité pas^ sagère pQur ce pays; je ne hasarderai sur ce sujet qu'une seule idée pratique.
i 86 DES HeMÈDËS kh MAt. ABOLIR t'Afii^ïOCRATIE.
(Jest que ^ pont organiser en Irlande un gouferrienient central puissant , il faudrait de plus en plus resserl*er le lien d'uilion qui attache llrlande à TAngleterre, rapprocher le pliis possible Dublin dé Londres, et faire de l'Irlande uil comté anglais.
Tout, aujourd'hui, conspire à rendre ce but fadle à ëslisir. ï^ods fie sofnmes pluà au temps dû de§ seliiàines, quelquefois des tiiciis de Voyage, séparaient l'Irlande de l'Angleterre.
Un jour, sôils le i-êgne dé llènri VlII, on vit le parlement d'Irlàildé, tJHvé déptiis lôhgtenïtii de tôHtëà nouvelles d'Angleterre, cônfiriïier, J)ai* uil décret, le DÎariàgè dli iboi avéé Alihe fioleyn, et, lé leîidèfmkin , par suite îîé l'arrivée du courrier, pf oriorifcer ëdléhiielleiiiéni là nullité Je ce mariage (l). Lé parlëiiiént d'Irlaiidè, fe'il existait dé notre temps, et ^li'ùii tyran lui demandât ùii acte dé bassesse^ rië serait point ainsi exposé à déplâii^ ait itiâltrë , todt éii se mdntrant seHilé.
Gràeë aut.përfeclibîltléiiiéfits de là naVigâtiëri et àéi rdiifês, vin^f-tiiîè heut'es seulemèilt ^^pài^ent dtîbliiî de LoiidréS. L^Hâùde éfet pltlà près du pài*^ lëment ângldi^ ^Ue rÉcdSéë et lé pkys de GallëS. Ghosë étl-dnéë! ihàl^rê une dièlàhcë dé dëut lîlillë liéUëSj l'Aîiglëtërrë est âujoùttl'hui môirl^ lôiri de l'Amérique que ne l'était, il y à ëiiïqdkilté ans^ î'Ii^lâildé Séparée d'elle seulenlënt pâi^ un éffbit dàilàl. Gëâ tllëi'VeiliëUsë^ ël*éâtidds de l'lÀ(do§irïe hùifadiilë qiiîsbiif de§tltiéésàchâfagéi'lé§ i^âppè^fé Sôdidttk,n6hsettléiilëiit d'bOitime âhoihttiè^ iiiâls éflcbré de péUplé à peuple, ëJÊérëëf Oiit sur llrlânOë iéhf pi*enlièfë influence; car la route de UëftdfeS â DlibHfl )e»C,* m
tROïsiÈiifrÊ i>A!iTiÉ, chàp. iv, sect. i. 18^
E(irrfJ)é , la prètîiière grande distancé dé teirè él de mer qtiè là vâpëtir ait abrégée. D*où vient ddhc que Firlandé cotitinué à avdîr chez elle un gduvfenlëtiiëiit distinct ddgôùvernemetitdtiglàtâ, iin J)duvoiF exécutif spécial, Aek admihi^tràtiotis particulières éi locales? Ce g6i*tëhietneilt établi dans son ^eitl f éloigilë dé rAhgletérrè , doiit elle ne ààiirait êf fë irô ji rapprochée. Les Anglais, qdi viennent en Irlande pour gouverner ce pays, èbrit riiôinè piiissadts pôiir êdriibàttré ràristôcrâtie irlaùdàise (Jîië sHls restaient éh Angleterre, tl est ihàtlVdià d'aller vivre àù dUlieti dé cëUî qii*on rié f<èut abattre d'un seul Éoiip. Tbuté ddtïiinistratibn ariglâîsd établie k DùbHii èàl hêcèsàairemènt dâhé l'tih de ces deiix càà i dti.éllë sUbit lés iiifluéficfes dé l'arîstdcratiè qu'elle tîdifc attaquer; où, iii elle lefe repoussé, elle encdtlrt déé attaches coîili^é le^qiiélleë elle est iiioiniS fôHë t Blîbliù qu'à Ldndf^eii.
On rie côii testé point qilé PlHafade ait bé^din d'un gouvernement spécial; et s'il y a nécëfefeitê de IS èdlittiettré k lin téginiè législatif autre qtiè délui dé l'ÀuglëfeWè, il faut bien flusSi de§ àgehtS pàrli^' dîlierà pour appliquer dès réglée difiël^éfatés d'àd^ lîiiriîsti^àtldri. Màlè, cëfci étâht àdttiiê, l'dH tië Vbiï pàé de qui àujdUWHiii éml)échëràit de plàfcël- lé ûê^è éil gda^èthëttiëiit irlandais daiis la {Jfërfiiêrë ville ttë FèBiplPë bHtàririi^Ué.
î)'àùtrëS CDilèldèrèhf! la tîcë-îfdj^àiitê dé DubMti êfrlà ddiir dûl l*èîivtfdHné cÔttffiê ^rdprêk k tèîA^ ^mr h ^ibmHè dés pirûà et i m rtiViSef qiianfl êliès hé léS àiilôMtétetit pMé. MàiS Êëtlë dfilriitth â-t^ elle quelque fondement ?
1 88 DES RJSHEDES AU MAI*.— ABOLIR l'aRISTjOGRATIE.
Le seul moyen , pour une cour, d'être brillante, c'est d'appeler à elle l'aristocratie du pays. Or, cette aristocratie, exclusive de sa nature , étant maîtresse du terrain, ne souffrira pas qu'on mêle dans ses rangs des gens de classe inférieure; et alors de quelle fusion et de quelle harmonie cette cour sera-telle la source? Supposons maintenant que le chef de cette cour à Dublin ait reçu du gouvernement dont il est Tagent le mandat de combattre l'aristocratie dlr«lande : comment pourra-t-il la convier à ses fêtes, ou s'abstenir de le faire? S'il la convoque, il la trompé; et l'offense, s'il la laisse dans l'oubli. Et alors même qu'il tentera de l'attirer, celle -ci, mortellement atteinte dans son orgueil, et menacée dans ses intérêts, se tiendra à l'écart, affectera de mépriser une cour qu'elle appellera vulgaire et bourgeoise, et refusera de s'associer à des plaisirs dont elle n'entendra cependant pas le bruit sans les regretter!
Une cour à Dublin créerait les partis , s'ils n'existaient pas.
La Réforme de la vice-royauté et l'abolition des administrations locales d'Irlande ne sont sans doute que des changements de forme. Mais ce sont des' moyens pratiques indispensables pour exécuter les réformes politiques dont ce pays a besoin. Il faut de toute nécessité que , pendant la période de transition où se trouve l'Irlande, ceux qui la gouvernent soient placés absolument en dehors d'elle, de ses mœurs, de ses passions ; il faut que son gouvernement cesse complètement d'être irlandais; il faut qu'il soit entièrement, non pas anglais ,- mais remis à des Anglais.
TROISlilfE PARTIE, CHAP. IV, SECT. II. 189
SECTION n.
Ce qu'il faut faire pour abolir en Irlandeles privilèges civils deraristosratie. lïéoessîté de rendre le peuple propriétaire.
Ce serait peu que d'attaquer l'aristocratie irlandaise dans ses pouvoirs politiques ; c'est surtout à sa puissance sociale qu'il s'en faut prendre. Quelque révolution qui s'opère dans un pays, la société reste à peu près la même, si, dans le temps qu'on y altère les institutions politiques, on n'y modifie pas aussi . les lois civiles. Les lois politiques changent avec les passions et la fortune des partis qui se succèdent au pouvoir. Les lois civiles, dans lesquelles sont engagés une multitude d'intérêts, ne changent pas. Voyez les deux plus grandes révolutions qui , durant les derniers siècles, aient ébranlé le monde : 1649 en Angleterre, 1789 en France. Dans les deux pays, la foudre populaire grondé d'un bruit *à peu près égal ; même enthousiasme des réformateurs , même passion de nivellement ; dans Tordre politique, tout est renversé, brisé, foulé aux pieds; ici et là on démolit le monde existant pour édifier isur ses ruines im monde nouveau , un monde idéal où la justice , la raison, la vérité, seront seules souveraines ; et les deux pays s'égarent à peu près de même , l'up avec sa philosophie, l'autre avec sa religion ; ils semblent
J^(f DES liFîïÈpÇS 4P JlAf.— f^^OJAJ^ f,>pïÇpCRATIE.
se copier mutuellement dans leurs élans ^ dans leurs illusions et daiis leurs misères ;. chacun offre son holocauste de sang royal ; chacun a son anarchie et son despotisme , celui-ci son Napoléon, celui-là son Cromwell, et chacm| reyi|înt % ^on passé, Tun vers ses Stuarts , l'autre vers ses Bourbons ; la similitude semble parfaite entre les deux époques et entre les deux peuples, si çp n'e^t qij'en F^ppe il y a plps dç gloire, et en Aiiglç):err^ moins de sang.
D*où vient cependant que le jour où les deux peuple^ 3e rçtroi}vpi|t ^ ]p^x ppînt flg ^p?irf , le prepiier a fign^plèteinei^t çhapgé dp jface^ ta^^W q»fi 1?
rpyale^ «ÏH^ l?>oçiéfé an^laisç^ sortie un ifl^fwt ^ SQR Ut; y rentrp tout ^fltièrç: rien ng y-e??^ p|^ 4p )a réYçlHtionf douane gnnées dg féforïftp^^ ^g vjpp lençjBs, de coups d'ptaj^ gnt pj^ss^ compap upg tg}^pête fion|: jin jour trai|f|Ujille suffit: yoiff effappr la tr^ipe. Eu Frauçe, aij jçoufrairg, en dépit de 1# for]»? politique , qui s'effqff e dp reprpduirç j^ yipille ^ ciété,un autre peuple se rjéyèlej que fpjte f9rg)p s'appelle y^épublique, empire ou yQyaii):^, ji'îfppQrJ^ ! jfa France ipouarchique de i7§g p§|: dpyjenue dépipçjatjqijç pt j^e ppssera plus «J^ l'ietrp.
Pourquoi cette différence si graindp fjfiiif 1^ ^Çt? quand Jes causes pjjraissent i^embm^les ? f}'e^J: qu*pn Angleterfe. au plus fof t de la destruction pQlitiqi|ët les féfoj'piateurs ne touchèrent po|ut aux }o}s ç}r viles. Ils frappaient la royauté et Igiss^^ient iptapt Ip drpit d'aînesse j tandis qp'en Françç le jp^§ngement se fit touj: à 1^ fois dans l'flrdr^ plyjlie^ d^^
^P^li^epqlit^^e j la réfcrrpe sQfii^}^ y pr^ç^^ f[ïém |e§ gf^de^ çrisç$ réyolutioif naires. Jjes lois qui ab/^r lis3aien|: ù^ se^yit^(|ps féQf|»}e§ (Jg J.^ |prre , fiçÈs? qpi 5ub$tituaient dans |ies suçpps§^ftn§ l-(SgaJité s» prjypégp, avaient toi^teg ét^ (}jécr^}ée$ qHftRd J,^ f^r publique le fu}:. Cps lois ^'gtlfaquaiept ju çœvff mêjnp de la spçiété, ^ ce qji^il jr a ^e pl^s IPW^fttîli f Ijpç un peiïpjp, le sol e\ |a fi^wll^, I,a rpp][4ïlfquf ^ p^sséf le§ IpfS piyjles spnj: restées, Çelle§-pi ^y^fPBf fQti}: |i|e suite ,a|:tein|: le ft)i^4, l'^ut^e n'^vaj^ qi^'ie^flpuré le pay^ , Bpn çompap Ift Jjp^e gw p^^se , h[\^s (u>W»e la feu^ qui tf^uch^, pp qui ppîirt^pt feçltiB ^ /a §urfaqe. Cç ^er^lf dppc uî}.e y^ipe eptrppr)§p qijp 4e fléppuiller Varisfpprfttie irl^fjd^igfi |ie spîj gufQr rité politique 9 si en Q^ine temp§ çn p^ l|:fi ei^ev^jif le§^ p4yj}ége§ fiiyi}s qui ^qm Çpmm ^m^ ^® sa pmssauce. |1 y fi^ pp Iflapfiie^ (|es p)aies| sqçj^^)^^ (ju'il emporte encpre plus ^e guérif q^e fous sps piauf politique?. jCe quj est ejsseptijBl^ p'esf dç réfjr jblir fbârmonie, nqp-seujeinent eptfe lies gpuyj^fr ijants ef Jes sujets^ fp.ai^ e^tre |(bs çl^^gs qui tr^y^jj- ]pjfit et peljes qui possèdent la riphe^^e. Ce qiii'il faut arrêter ^yant tpu|; , p'pst la guppe qj^e liyrg ^ |a §oqét.é le py olét^ire,dQnt Ja piisère profonde méritp tant jie pitié, et dont leçpassiop^ rPfèlgpt tgp| (Je p^r|js. Il y a une démocratie maijy^isÇji p'est çe|le qui e§t hostile aux fortunes que prpe îp trayail ; p^g js }1 exisjte fiu§si une bonne {défpopratie , c'pçj: qellp qiji coml)at |e§ fprtupes que le priyilpgç sepl pon^ef've. Or, ce sont de? îpis de privilège, telles que Içs si^bstitutions et le droit d'aînesse, qui^ pn -Angleterre cppipie ^p Irlande , çonpeijitrént dans les mains de
jg% DES REMÈDES AU MAL. ABOLIR l' ARISTOCRATIE.
Faristocratie la possession de toute la rjchesse territoriale. Le monopole que ces lois établissent est doublement funeste par le, mal qu'il fait et par le bien qu'il empêche ; il enchaîne le sol dans des mains indolentes et égoïstes, auxquelles il ne prête qu'une force pernicieuse, et empêche la terre de tomber au pouvoir de ceux qui , en la fécondan t , s'enrichiraient au profit de tous. Il ne préservé pas toujours de leur ruine des propriétaires aveugles ou insensés y et il forme un obstacle insurmontable à cC' que le peuple aborde la propriété foncièr^^ Et cependant peut-on voir l'Irlande et son immense population agricole , sans reconnaître que lô vrai remède à la misère du peuple serait qu'au lieu d'être fermier, il devînt propriétaire ?
L'Angleterre montre mieux qu'aucun autre psyrs , comment, avec une bonne aristocratie, la population agricole peut être heureuse sans acquérir jamais la propriété du sol; tandis que }'Ii:lande prouve qu'il existe des contrées ou le peuple est absolument misérable dans la condition de fermier.
Il est difficile d'imaginer un pays où la propriété soit aussi mal distribuée qu'en Irlande. En Angleterre, de grandes fermes, établies sur de vastes domaines, emploient peu de cultivateurs; mais ce petit nombre y vit heureux. En France, où la propriété est divisée à l'infini , l'agriculteur est le plus souvent propriétaire, et les fermes, quand il en a, sont assez grandes pour que la condition du fermier ne soit point à déplorer. En Irlande, les propriétés sont grandes comme en Angleterre, et les fermes aussi divisées que les propriétés le sont en France ; en d'antres