TROISIEME PARTIE y CHilP. IV, SECT. II. IqS
termes , ce pays réunit les abus de la grande propriété sans aucun de ses avantages, avec tous les inconvénients de la petite culture dont il n'a rien pris de ce qui en rachète les vices.
Il arrive souvent aux économistes anglais d'invoquer l'exemple de la pauvre Irlande pour prouver combien est funeste en France l'extrême division du soi. Cependant une pareille comparaison ne peut être qu'une source d'erreujrs; car il n'existe, dans la distribution agraire des deux pays , qu'une similitude apparente. La terre y est, à la vérité, dans l'un comme dans l'autre , également chargée d'agriculteurs ; mais là commence et finit l'analogie, puisqu'en France tous ces petits agriculteurs sont les maîtres des parcelles de terre qu'ils occupent , tandis qu'en Irlande ils n'en sont que les fermiers.
Pe ce qu'on voit en Irlande des cultivateurs bien malheureux sur le petit coin de terre où s'élève leur pauvre cabane, on conclut qu'en France la même indigence est le sort de quiconque n'occupe sur le sol. qu'un aussi étroit espace; rien pourtant n'est moins logique. C'est pour lui , c'est à son profit seul que l'agriculteur français arrose de ses sueurs cette terre dont tous les fruits lui sont assurés; tandis que le colon irlandais sème pour autrui , recueille des moissons dont il ne goûté jamais, et a le plus souvent épuisé le sol quand il en a tiré le prix de fermage qu'il est tenu de payer au maître. Qui ne voit que, dans le premier cas, une égale quantité de terre peut satisfaire les besoins de celui auquel, dans le second, elle sera nécessairement insuffi- II. i3
saute? Qui ne comprend que mr csftte modiqM psrœlle Tun pourra être faeureut el libre ^ par les mémm oauiei ({ui ferant l'autrt nécènakiamfvit dé» pendant et misérable ?
<?esl une objuctiçfi «oitvcmt élevée contre kdlvi* sioii du ftOi| que» ce partage ne ffarrétsnl jamâk^ U pro^iété foucière finita par Arriver à un tel degré de fraelionaeniêtity que chaque parcelle Ue secii plue pour son poftsesBeiir qu'un bien stérile^ et pour h soetété Gompotée de pareils propriétaires qu'unâ c^use générale d'appaorrissetaeiit; mais ces craititf» n() soal«- elles pitt exagérées oa chimériques ? N« voyom«-nous pas le morcellement de la terre cH FrauM s'arrêter au point où il cesse d'être utile ; plue liestreitit là où le sol a nu>iiis de prix/ plus déf eioppé partout où umi tnoindre étendue ^«pré^ sente une égale valeur ( i ) ? Quand le propriétaire n'a plus d'inlérétàeonserver une terre devenue trop modique , tantôt il la vend à un propriétaire voisin^ tantàt il raffernle} le plus scmvent il la cultive lui«* même^ et dam ce cas > quelque petite qu'elle soit, il trouve son profit à la garder; seulement^ oomqie lès soma qu'il donne à son champ jie pourrai^^it pas plus i'ocimper toute Tannée que les produits de ce diâmp le nourrir^ il à coutume de joindre à ees tiiitvaax agricoies l'exercice de quelque autre indus«> tria Im plupart des' petits propriétaires français sobt tout à la fois eultitateurs de leur propre do^ maine et ouvriers pour autrui) ceul^'Ci simples journalîerB ; œu^là ^ vignerons ; lés uns , petits mârchuftds dans le village; les autres, artisans.
Mais la tc^rne ainsi divisée, brojrée, et livrée^ pour
Tteiaiiiis pabtiej| ghup. iv, sBer. tu i^
sa cultmrep aux maiiis les plud débiles^ ne perd^elle pas de sa richesse et de sa fécondité?
Je 06 discuterai point dette question |aat controversée du mérite rdatif de la grande et de loi petite culture. On soutient y je le sais , qu^un grand domaine produit plus propertionnellemeot que plusieurs petites terres d'égale étendue ^ parce que le graûd possesseur a dans ses mains des capitaux et des procédés qui ne sont pas à la portée des petits propriétaires; mais^ je n'ignore pas non plus qu'à cela Ton répond qu'au défaut de capital pécuniaire châK cub de ces petits occupants du sol dépense sur la parcelle dont il a la propriété absolue une somme d'activité et cTénergie personnelle plus grande que n'en peut fournir un ouvrier salarié ; que tous travaillant ainsi pour eux-mêmes ^ et sous l'influence d'un égoïsme fécond ^ parviennent à force de zèle et dlndu^rie , à tirer de leurs terres autant, si ce n'est plus, que n'en obtiendrait un propriétaire unique , obligé d'employer les bras d'autrui ; qu'il n*y a point à regretter cet emploi d'une force plus grande pour produire un résultat pareil dans les pays où l'activité du peuple , si elle ne s'appliquait pas au sol, ne se porterait point ailleurs; qu'enfin ces petits cultivateurs, obligés à des efforts supérieurs pour atteindre Un but égal , ne sont point à plaindre , parce qu'ils trouvent dans l'intérêt et la passioû de la propriété une source intarissable de vigueur qui leur rend plus léger un plus lourd Êtrdeau. L'expérience des temps modernes a montré quelle différence de prix il y a entre le travail de l'ouvrier libre et celui de l'esclave ; on ne sait pas encore de combien l'em-
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porte le travail du cultivateur propriétaire sur celui de l'ouvrier libre.
Quoi qu'il en soit , et laissant l'examen de celte grande question aux économistes y je me borne à dire que si les avantages économiques de la division du sol sont douteux y son bienfait social et politique n'est pas incertain.
Consultez tous ceux qui en France ont vu la condition du peuple telle qu'elle était avant 1789: tous vous diront qu'aujourd'hui elle est infiniment plus heureuse qu'elle ne l'était autrefois: et quelle a été la cause principale de ce changement subit ? C'est que le peuple est devenu propriétaire. Mais "* nous n'avons pas besoin , pour nous convaincre de cette vérité, de recueillir les traditions du siècle passé. Regardons seulement ce qui se passe sous nos yeux ; qui de nous n'est frappé de la révolution qui s'opère soudainement dans toute l'existence de l'homme du peuple qui n'était pas propriétaire et qui le devient ?
Le sol est y en France , la suprême ambition des classes ouvrières. Le domestique , le journalier agricole, Touvrier manufacturier ne travaillent qu'en vue d'acquérir un petit coin de terre; et celui qui atteint le but tant désiré devient non seulement matériellement plus heureux, mais il s'accroît aussi moralement. En même temps qu'il couvre son corps de vêtements meilleurs et prend une nourriture plus saine , il opnçoit de lui-même une plus haute idée ; il sent que désormais il compte dans son pays ; errant jadis de commune en commune, de ville en ville, il était peu. intéressé à vivre honnêtement,