TROISIÈME PARTIE, GHAP. IV, SEGT. If
et courait peu de périls dans une existence repro* chable. Ici on ne lui savait pas de gré des années régulières passées ailleurs ; là on ignorait les improbités qui aflleurs Fayaient flétri. Mais^ depuis qu'il s'est attaché à la terre , il sait que tout lui sera compté ; de ce moment il veille sur lui-même , aar il souffrira toute sa vie d'ude action mauvaise j comme il est sûr aussi de jouir toujours d'une bonne œuvre. U est aussi plu^ moral y parce qu'il est plus indépen- ' dant. £n général, iLprend une compagne en même temps qu'il achète une terre; et bientét, au sein des affections domestiques , il apprend l'ordre , l'économie, la prévoyance: «meilleur. comme homme, il vaut mieux aussi comme citoyen ; la^ patrie a pris à ses yeuxim corps sensible: la patrie, n'est-ce pas la terre ? Désormais il a place sur son sein. Vainement on me prçuverait que par le fractionnement de la propriété on obtient du sol moins de produits à plus de frais; je répondrais que je ne sais point le moyen de couvrir la surface d^un pays d'habitants plus heureux, plus indépendants, plus amis du sol et plus intéressés à le défendre.
Si , en France , l'acquisition du sol a été pour le peuple un si grand progrès , de quels bien£aits elle serait la source pour le peuple irlandais ! En devenant propriétaires, les basses classes de France ont passé, d'une situation supportable à un .état meilr leur| celles d'Irlande franchiraient d'un seul bond tout l'espace qui sépare un sort heureux de la plus misérable condition. '
Plus on, considère l'Irlande , ses besaijQS et ses difficultés de toutes sortes, et plus on est porté à
J 88 DES REMÈDES AU MAL.—-» ABOLIR L*AR|STjOCRATIE.
Le seul moyen , pour une cour, d'être brillante, c'est d'appeler à elle l'aristocratie du pays. Or, cette aristocratie, exclusive de sa nature , étant maîtresse du terrain, ne souffrira pas qu'on mêle dans ses rangs des gens de classe inférieure; et alors de quelle fusion et de quelle harmonie cette cour sera-telle la source? Supposons maintenant que le chef de cette cour à Dublin ait reçu du gouvernement dont il est l'agent le mandat de combattre l'aristocratie d'Irlande : comment pourra-t-il la convier à ses fêtes, ou s'abstenir de le faire? S'il la convoque, il la trompé; et l'offense, s'il la laisse dans l'oubli. Et alors même qu'il tentera de l'attirer, celle-ci, mortellement atteinte dans son org^ieil, et menacée dans ses inté* rets, se tiendra à l'écart, affectera de mépriser une cour qu'elle appellera, vulgaire et bourgeoise, et refusera de s'associer à des plaisirs dont elle n'entendra cependant pas le bruit sans les regretter !
Une cour à Dublin créerait les partis , s'ils n'existaient pias.
La Réforme de la vice-royauté et l'abolition des a4ministrations locales d'Irlande ne sont sans doute que des changements de forme. Mais ce sont des' moyens pratiques indispensables pour exécuter les réformes politiques dont ce pays a besoin. U faut de toute nécessité que , pendant la période de transition où se trouve l'Irlande, ceux qui la gouvernant soient placés absolument en dehors d'elle , de ses mœurs, de ses passions; il faut que son gouvernement cesse complètement d'être irlandais; il faut qu'il soit entièrement, non pas anglais ,* mais remis à des Anglais.
TBOISlilfS PARTIE, GHAP. IV, SEGT. II. 189
SECTION n.
Ce qu'il faut faire pour abolir en Irlandeles privilèges ciyils deraristocratie. Néoeasité de rendre le peuple propriétaire.
. Ce serait peu que d'attaquer l'aristocratie irlandaise dans ses pouvoirs politiques; c'est surtout à sa puissance sociale qu'il s'en faut prendre. Quelque révolution qui s'opère dans un pays, la société reste à peu près la même, si, dans le temps qu'on y altère les institutions politiques, on n'y modifie pas aussi . les lois civiles. Les lois politiques changent avec les passions et la fortune des partis qui se succèdent au pouvoir. Les lois civiles, dans lesquelles sont engagés une multitude d'intérêts, ne changent pas. Voyez les deux plus grandes révolutions qui , durant les derniers siècles, aient ébranlé le monde : 1649 en Angleterre, 1789 en France. Dans les deux pay§, la foudre populaire grondé d'un bruit 'à peu près égal ; même enthousiasme des réformateurs , même passion de nivellement ; dans l'ordre politique, tout est renversé, brisé, foulé aux pieds; ici et là on démolit le monde existant pour édifier sur ses ruines im monde nouveau , un monde idéal où là justice , la raison, la vérité, seront seules souveraines; et les deux pays s'égarent à peu près de même , l'up avec sa philosophie, l'autre avec sa religion ; ils semblent
aOO DES BEMÈDES AU MAL. — ABOUR l' ARISTOCRATIE.
•temps qu'il ne parviendra pas à la propriété du sol, comment arrivera-t-il à ce but ? *
Des publicistes graves et distingués ont donné à la difficulté une solution que je ne puis accepter ; admettant la nécessité du principe que je viens d'établir y ils voudraient qu'on déclarât purement et simplement propriétaires ceqx qui aujourd'hui ne sont que fermiers ( i ). Ceci n'est point de la discussion, mais de la révolution. Je me suis expliqué plus haut sur la nature des procédés par lesquels s'opèrent les réformes sociales et politiques. Pour être bons, à mes yeux, il faut à ces procédés une condition première ; c'est qu'ils soient conformes à la morale et à là justice : or , s'il est moins cruel de dépouiller un propriétaire de son domaine que de lui arracher la vie, la spoliation est tout aussi injuste que' le meurtre, et, sous ce rapport, tout aussi hsussable. On suppose, fort gratuitement , que le parlement anglais légitimerait par un décret cette révolution agraire. Mais d'abord la dépossession des riches au profit des pauvres ne serait pas plus équitable, parce qu'elle s'exécuterait au nom des lois. Yainenement on alléguerait que les possesseuris actuels du sol irlandais l'ayant usurpé, il est juste jde.le reprendre sur eux. Quel droit actuellement existant tiendrait contre cet examen du passé ? £t que|^ propriétaires déclareraitTon usurpateurs ? Seront-ce seulement les descendants des compagnons* de Guillaume III ? Mais alors on ne rentrera *què dans une bien petite partie des terres. Y ajoutera-t-on les soldats de Cromwell et les aventuriers v^mus en
XaOISliMB PABTIEy GHAP. IV, SECT. II. aOI
Irlande ^u temps.de la république? Mais alors pourquoi n'y pas joindre les colons anglais de Jacques I^, même ceux d'Elisabeth ?
Depuis le seizième siècle, la propriété en Irlande a mille fois changé de mains, non-seulemait dans le choc des révolutions , mais çncore par l'effet dés échanges. Irà-t-on dépouiller de ses domaines tout détenteur , à quelque titre que ce soit , même celui qui les aura acquis de ses deniers sous la protection des lois ? Mais alors l'Irlande est jetée dans la plus effroyable-perturbation; et le désordre atteindra sans distincjtion l'ancien propriétaire et le nouveau riche, le catholique et le protestant, l'industriel qui vient d'acheter une terre comme celui qui tient la sienne d'un héritage , le marchand auquel une p]:opriété a été donnée en hypothèque aussi bien que le propriétaire lui-même* D'ailleurs on comprend bien comment avec un pareil système les pauvres cesseraient d'être indigents ; mais on ne voit pas ce que* deviendraient les riches , qui sans doute ne demeureraient pas spectateurs froids et impassibles de leur ruine , et qui, s'ils ne soufflaient le feu de la guerre civile dans le pays , se hâteraient sans doute de le quitter : xie sorte que , tous les propriétaires ayant disparu , il ne resterait plus en Irlande que de grossiers paysans devenus les lùaîtres. Singulier moyen d'avancer la civiUsation de l'Irlande , de rendre la paix à un pays déchiré par six cents ans de discordes civiles , de ranimer le sentiment du droit chez un peuple qui l'a perdu !
Pour moi , il me paraît si important de ne point troubler la conscience pubhque j>ar la violation des
filCft DM ACICÉDBS ÀXJ MAL. -^ AMUR L'itliVOCBATIE.
droits 9 et de ne point ébranler }a société en autant le sol y que je repousse également le systènse de ceux qui voudraient qu'on distribuât aux paun'es iriandais les deux ou trois millions d'acres de terres incultes qui sont en Irlande. Il Ssoidrait , pour leur Êdre œ doa , eomqiencer par les prendre à ceisiL qui les ont t or^ à mes yeux^ toole attnnte à la pm»priété est un mauvais moyen d'économie polU tiqtie^
Ne peut<4»n donc^ par des Toies douées^ équitables «t lé^times, arriver au but qu'on se propose^ et qui cesse d'être désirable f si ^ pour l'atteindre ^ il Êiut employer l'injustice?
Que isiutHl au bas peuple d'Irlande? Acquérir la propri^du sol^ inûs non l'obtenir par des vio^ lences iniques ; il faut^ non le faire propriétaire^ mais Fftider à le devenir j il faut^ pour qu'il atteigne le but 9 qu'on lui donne le moyen. Or^ c'est ee^ moymi cpxi lui manque aujourd'hui. U est dans l'impossibilité abscdue d'acquérir la propriété du Bot j Uon^eeuleinent parce qu'il est pauvre , miûs surtout parce qu'en Irlande^comme en ÀngLeterre, il n'exiete que de grandes terre^^ inab<mlableB à toute petite fortune f parce que^ daUs ces deux p»f^y les lois ciiiles y laites an profit de l'aristocratie , tendent con$tamm«it à la coneenlration du sol dans un moindre nombre de maips , et s'opposent invin- ^blement k la division du sol ; parce qu'en un mot ces lois pkuasnt la terre hors du eomraflyce. Gel état de la terre , inaccessible au peuple , è$t le véritable 4>hsl|iele à vaîiicrfi ) c'est^ de taim les, privilèges de i'aristoonatie 9 le plu^ important à détruire f et sa
tSOIStàltfE PARTIE j CnJkP. IV , ASCt. H. ttûS
giravité ^t tdte cpie je crois devoir «n faii«6 lV>bj«t d'un t&apien plus approfondie Ce Mta le sujet du chapitre suivaiil.
\ Vt M > ii f
Etat IâmU «I Ànelp|fir»'é 4e U pnvr>«*ê ffooifra,
£t d'abord $ pour faire eompreadm quel est et| Irlande Y état du sol^ j'ai besoin de dins ce«pi'ii est en Angleteitre»
Bans oe damier payé le sol est eneore fiftodal. La tatàn qui le cultive est libre depuis longtemps; mais il n'a point rompu ses vifilles chaîne^; ety tandis qu'autour de lui tout s^agite , se chuigei se modifie , lui seul ne change point , fragment inaltérable d^ taché d'une société mutilée par le tepips et pat* |es révohilioQSA
Ba dépit da toutea les vî^toires que remporta obaque jour 1^ principe nouveau des sociétés sur le vieux principe f le travail qui orée sur le privilège qui conserve , le pncigrès éternel sur FétemeUe ini*> mobUité /la terre y esiK aujourd'hui ce qu^elle était il y a lapt meUs^f base féodale d'une société «pii ne l'est plus ; emblème vivant d'un monde éteint*
Cest un fait très^digne de remarque que l'art avec Impei l'aristocmtie an^ise a oonservé entiera sep privilèges mvik^ tout en oédqnt parfois de ses privii» légas politiques. L'esprit spii en eelâ Panime ne se mmtre nulle part plus dairamen^ que dans tout qe
aô4 DES A£Mâ:0£S AU MAL. ABOLIR ^'ARISTOCRATIE.
qui touche au soL Assurément il serait {t^us facile d'obtenir du parlement anglais la concession du sut frage universel qu'une réforme de la loi des succès-^ sions.
L'aristocratie anglaise n'a du reste gardé des lois féodales relatives à la terre que ce qui lui est propice ; elle en a aboli toutes les dispositions ennemies.
A la vérité, le roi est encore, par la loi présente, présumé le seul propriétaire du sol, dont les occupants ne sont possesseurs qu'à des titres secondaires. Mais c'est une fiction dépourvue de toute réalité. Cette suzeraineté est purement nominale ; et l'héri* tier d'un domaine en Angleterre jouit d'un droit de propriété aussi absolu quet celui qui est défini par la loi française. Les privilèges royaux, en cette matière , ont tous été abolis. Les lois qui instituaient les privilèges de l'aristocratie sont seules restées en vigueur.
Le principal objet de ce's lois, arrachées à des princes faibles par des barc^s puissants, était de conserver au vassal toute sa forcé en protégeant wn fief. Pour atteindre ce but, quel moyen prenaient ces lois ? Elles tendaient à rendre les terres inaliénables et insaisissables entre les mains de leurs possesseurs: de là les substitutions. Elles s'opposaient à ce qu'à la mort du propriétaire là terre se* partageât entre tous ses enfants : de là le droit de primogéniture. Maintenant voici un fief acheté par un marchand qui sera, pour la conservation de ce domaine, protégé, s'il le veut , par les mêmes lois qui faisaient la puissance d'un va^sial du temps
TAOlSr^B PARTIE, CHAP. IV, SECT. Il, § 1. ao5
d^douard P'. L'esprit de la loi féodale a disparu : sa conséquence est restée. Il né m'a point paru qu'en Angleterre on songeât à ces anomalies.
Conçues dans un but politique, ces institutions civiles sont passées dans les mœurs ; elles étaient un moyen de gouvernement : elles sont devenues un mode d'existence ; elles satisfont les goûts , les passions , les intérêts mêmes des particuliers , comme autrefois elles répondaient à un besoin politique.
Du reste , si l'esprit de l'aristocratie féodale , ses idées, ses instincts sont descendus, en Angleterre, jusque dans les rangs du bas peuple , c'est surtout à ces lois civiles qu'il le faut attribuer. Il est trèsdifficile , dans ce pays , d'arriver à la possession du sol ; mais quiconque y parvient trouve dans les lois une égale protection : la terre n'a pas plus de privilèges pour le duc de Devonshire que pour le bourgeois qui vient d'acheter un domaine. A vrai dire , la loi ne considère ni le pair, ni le noble , ni le roturier; elle n'a point en vue le propriétaire , mais bien I9 propriété, qu'elle aspire à accroître et à perpétuer. Or, le nouveau venu sur une terre jouit peut-être encore plus de cette sollicitude féodale que l'antique possesseur moins ébloui d'un éclat dans lequel il est né.
Il ne faut plus demander d'où vient qu'en Angleterre les substitutions et le droit d'aînesse , qui perpétuent les immenses fortunes de la noblesse , ne sont l'objet d'aucune attaque. Ces lois sont aussi chères au manufacturier qui vient d'acquérir un immeuble qu'à l'héritier des plus illustres familles. Ces lois profitent surtout aux lords, parce que ceux-ci
ao6 BB$ HEMÈPKg AU |CA(., -^ A90ti|^ i.'AiiiiTOG«4TIE.
pat plus de terra que les autres ; ik possèdent , dit^ 911 y la moitié du sol de l'Angleterre : mais enfin ce^ lois forment le droit commun.
J'ai aouveut eQte^du dire qué^f ce qui coxiaerye l'aristocratie anglaise», c'eat l'acoèa qu'est sure de trouver toute grande illustration dans le «tin de ]« Chambre des lords | Mule noblesse du pays : -^ Je crois que ce qui la sert encore plus efficace? ment, c'^t la &culté qu'a tout grand capital de m transformer sur le sol en un élément d'aristocratie. Ses vieilles richesses £âpdalea ^ conservent par la même loi qui imprin^e u^ caractère aristocratique ^ toutes les fortunes qui s'élèvent.
L'étrapger qui parcourt ce pays tombe dai^s un grand étonnement quand il y voit la terre §éo4^e l'objet d'une sorte de isulte populaire^ N'esta pas naturel y cependant| que, dans une société iunie des traditions , on s'attache au seul monumient du passé qui soit encore debout^ et qu'on le respecte aon^ seulemenit pour lui-même , mais encore pour les souvenirs xlont il est empreint , et dont seul il per'pétue la mémoire? Le sol, en Angleterre, est une chose presque sacrée ; c'est cçmme uxji sanctuaire dans lequel la piété veut qu'on i^e donnie accès qu'a un petit nombre.
Si l'aristocratie anglaise se fut montrée anti-nationale I on eût sans doute pris en haine les privi^ léges qui conservent sa richesse 1 et les lois civiles sur lesquelles ces privilèges reposei^l. L'alliance étroite de cette aristocratie avec le peuple a fait naître un septiment opposé» On aime en Angleterre le sol Séoà^ et les ioMitutioiis ^i le pwp^luent. On
TRO»làlM£ FARTlBf GHAP. IV, i^BCT* H^ § I' IO7
voit peu de profit matériel à l'acquérir ; mais on regarde sa possession oomtne un honneur et presque comme une gloire. Il y a en Angleterre un comté (celui de Kent ) où la loi £éodale iur U» euuÉceasiona n'est point en vigueur; là , ce A*est point k droit d^aînesse, mais le principe du partage égal «itre tous les enfants ( ihe gm^elkind ) qtii forote le droit commun.) mais ceci n'empêche pc^ que, dans la comté de K.ent aussi bien que dans lé Yorksbire^ les domaines ne se conservent dans leur intégrité i œ qui n'est pas l'oeuvre de la loi s'y fait pair k volonté de l'homme , et le yeodian de Kent etée par son testameut l'aîné que là k)t ne lui dooneraii paa^ Du i'i^tô^ oe ne sont pas seulement les grands intérêts de l'aristocratie j les passions des nouveau riches i lad traditions populaires , les ftouVenim et les mcDUrs qtiif en Angleterre^ conspirent incessan»' meaX à resserrer la terre entre les mains d'un nom*bre toujours moindre de possesseurs. C'est un$ opinion théoriquement établie et singulîèt^ement popukif e dans ce pays i que , pour être féconde , la terre ne doit point se diviser^ et qu'un grand domaine appartenant à un seul maître produit plus proportionndilelbent que plusieurs petites ternes d'égale étendue ayant chacune un ppssMseiur. U ne s'agit (^us y dans ce système ^ de couvrir la terre d'habitants heureux de la icultiti^er et de vivre de ses fruité; ce qui importe » c'^t que te meilleur mode de it^ture ecât appliqué au isol ; e'est que la sol piH>diùse le plus possible; L'industrie de la terre es(t comme toute autre industrie , qu'il £iut remet** tre au meiUeiur et au plus habile .oatrrier; et si la
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culture de toute l'Angleterre devait amener plu^r de revenus^ confiée à un seul homme^ il faudrait, dans l'intérêt général , ne reconnaître qu'un seul propriétaire, et faire de tout le royaume comme une grande fabrique agricole. En un mot, c'est eh vue de la richesse publique que l'on conserve les grandes richesses individuelles. Dans ce système on perd entièrement de vue le côté social et politique de la propriété, dans laquelle on ne voit plus qu'une question d'économie.
Fondée ou non , cette théorie est certainement très répandue en Angleterre; et, en ce moment, elle est peut-être l'auxiliaire le plus utile de l'aris- ' tocratie , et le plus grand obstacle à la division du sol.
Ainsi nulle voix, en Angleterre, ne s'élève pour demander qu'on démolisse ces ruines si bien conservées de la vieille société, et l'indivision du sol continue.
Ce n'est pas que les terres anglaises aient conservé de nos jours cette nature absolument inaliénable qu'il était dans l'esprit des lois féodales de leur conférer. Non : leur inaliénabilité , dont le premier effet était de placer les fiefs à l'abri de la confiscation royale , était trop incommode aux rois normands et aux Tudors pour que ces princes ne travaillassent pas à la détruire. Vainement, toutefois, ils demandèrent à leurs parlements d'abolir les substitutions; ceux-ci n'y consentirent jamais. Alors, ne pouvant changer la loi , les rois anglais résolurent de la fausser ; ils en confièrent le soin à leurs cours de justice, auxquelles leur appel ne (ut pas
IIROISIÈME PARTIE^ CHAP. IV, SECT. 11^ § I. aog
vain.^'Alors , dépendants des rois , les juges inventèrent la plus subtile de toutes les fictions légales, à Faide de laquelle toute espèce de substitution pou-
' vait étfë subitement rompue, (i). Les légistes n'ont jamais manqué aux tyrans.
Cette jurisprudence^ inspirée par le despotisme^ tendait cependant à l'afiranchissement du soL Elle le plaçait , il est vrai , sous la main du despote , mais en même temps elle le rendait accessible, à l'acheteur. Toutefois , à peine se fut-^Ue établie , que les grands propriétaires sWforcèrent d'éluder cette ju-
^ risprudence , imaginée pour éluder la loi. Il s'éleva alors une lutte singulière entre les rases de l'intérêt aristocratique , ingénieux à perpétuer les monuments de son orgueil, et la profonde sagacité du juge , protecteur seryile de la liberté du sol. Cette lutte dure encore dç nos jours, avec cette différence que les mœurs continueQt l'oeuvre des passions , et que le juge, devenu inamovible ^ fait par tradition ce qu'il faisait par complaisance.
Mais alors mén^e que les terres sont aliénables , eUes sont très-difficilement aliénées. L'obstacle vient surtout des ténèbres qui en Angleterre couvrent le titre dcvla propriété; Le domaine, n'est plus sujet àiix atteiptes de la confiscation royale : mais nul moyen n'existe pour l'acquéreur de s'assurer que la terre qu'il achète appartient bien réellement à. celui qui la vend. La propriété foncière ne se transmet
•en Angleterre que par actes sous seing privé : les
actes publics y sont inconnus. De là suit la facilité
ppur un propriétaire de vendre a celui-ci ledomaine