QUATRIÈME PARTIE 9 GHAP. 1. I
Un des grands obstacles à la démocratie en Angleterre, c'est que l'égalité philosophique y soît à peu près inconnue. Quelques esprits supérieurs la comprennent ; un petit nombre l'aime peut-être ; nul n'en a la passion ; et parmi le peuple on n'en a ni le goût ni l'idée. Les mœurs de ce pays sont tellement imprégnées d'aristocratie ^ que le p/olétaire lui-même en subit l'influence ; et , dans ses efforts les plus laborieux , ce n'est pas l'égalité , c'est Finégalité qu'il poursuit. Ce qui l'excite au travail, c'est bien moins la condition de ceux dont il sera l'égal, que de tous ceux dont il voudrait deviner le supérieur. Il poursuit, du reste, son but avec loyauté. Ce n'est point en abaissant les autres qu'il aspire à se grandir, mais bien en s'élevant lui-même; et, s'il échoue, il se soumet sans murmure arux fortunes plus heureuses que la sietme, qui ont conquis le privilège, objet de ses propres efforts. Aussi longtemps que ce sentiment prévaudra parmi les classes intérieures ^ Faristocratie conservera une grande puissance. . • •
Mais la démocratie^ en 'Angleterre, a un ennemi plus redoutable encore et plus visible à (ous ies yeux : c'est l'Église.
On peut sans doute apercevoir en Angleterre quelques signeS' de déclin dans la foi religieuse. Le scepticisme philosophique a pénétré dans quelques rangs supérieurs, où il se déguise deson mieu:i sous le masque de l'unitairianisme. £t dans les plus basses classes, les travaux industriels, à force de matérialiser l'hàmme, Téloignent de la religion, qui
ii^Qst autl^ebosfi que le^n «loral d^i'âme à ceqii'il y a'de plus^ immatériel^ Dieu.
Soit tendanee philoaopfaique , aoit abrutissement: physique, il «at certaiii que jafuais peut-être i) n'y a eu t en Angleterre, autant qu'aujourd'hui, d^indi* vidus ne proférant aucune espace de ouke.
Mai» aes ayptômfis d'irréligion et d'incrédulité^ quoique plus apparents chaque jour, ne sont encore en 'Angleterre que de rares accidents. Tré»-graYes péùt4tre pouc Farvenir, ils a'ont qu^aiie faible im«* portanee dans le présent. Prise en masse , l'Angle* terre est encore aujourd'hui profondément religieuse^ chrétienne et ^otestante ; et l'Église anglicane , qui êaii la forme officielle de son culte , i^st siâgulièresiy^nt pépulatre.
. A. *ld vérité , l'Angleterre n'est pas tente protestante sbuf la même forme f l'on estime que la moitié de sa population professe des cultes dissidente de l'Église ani^licane, tels que les presbytériens , les méthodistes I ka quakers^:. ete., etc.; et ceux-ci, qilDique fervente , ne sont pas nécessairement aniq^ 4<e^ passions qui soAt propres à l'Église d^An< gl0t0rrç» II'' faut ajouter que les sectes dissideilW étant, emgén^ral , composées des classes les plus paiiTF0s^ on petit eii^sidér^r tout ce' qui q'eist pas angkwQ comme tendant aux idéé^ démocratiques. M^is on se tromperait si FOn croyait que les dissidwts, par» qu^ils sont à peu près égau^^n nombre aux anglicans, forment dans le pays un^ puissance égale à la puissance de ceux-ci. Rangés sous Une même bannière , led angtitans constituent
uae f)halaBge co«4)aiite ^ serrée ^ dâst Ifupi^n Accroît la force; tandis que le& dissidents ^«qufitoii^ réunis seraiisnt au^i. jbvte^ ipw^mt ^utevit ^ aai*p» ftépaiFos ^fie de sectes diterse^ f e^'^S^lmm^ p»r leur division- 4. .
Il y a d'aillaiF9^:(^s la lQII9i|^ .e«i#t0i»o^ et dans lis SQuv)raii« d& FÉglise 4'^Qgleb(n^ q|[)t^lqilQ cho^e §fm plaît à Tesprit nati0nal i^^.ce pays; te peuple i^t en etle |a tradition vivante de la r^orn»i|fi6Q et
le tpionqpbe continu, de h &»i prolesl^Dte »up 1%^^ tholio^me. L'ÉgUse.a ^QUf elle t^i^tps ces p^^sipiis du peuplef ^liiBl le s^il^ e^.lM8»s le^ foiftqu'^lle vpi); l'aristocratie ei) ^ang^, çlle la protégé» ^ fié^onçant iiâutetnMt les iMÏv^jSiîfi^s d» âe^e«ei çisKnfQe des^ennemîs secrets de TÉglb^. Li^tîkni^ur^ qu^<3 pousse retiennent un ^lïd nombre àpii seratent assez egadmê à détruire les privilèges acistocifàtiques^ mais q^-n'osent iouch^et; à Tédificâ dont r%lise e$t unejcok^me 9 4^ peur que la cQ}onna«fie tcnnbe avec Véà^àœ qu'elle i^putie^it. Gdtle crainte relig|sii6ifl| 6$ft , peut-étif ce qui , dans GéstfleFmeTs temps » a cpntrltmé le plus à suspendre le moiiiiemot^t iiémôcratit|ue. L^^ réformateurs anglais ayant eu riûSp^r dénce d'avouer leur inti^iÉlion de réfôrmn' l'Église eDeHiaéioe^ 1» vé^otnm s'fist m^ètéa taul ^ui%. Xe MÎet 4ù bill dont Follet étdl d^^beUr en Angletiirré les taxesdi^Église ( oftureh. ra$es) (i), peut.étre cour sidéré casMuie le point d'^rml; dw m^uvemeiît im^ p^mé par la réforme parlementaire de. x@39.
Quoi qu'll^en soit, et par une^ule d'autres causes dont la natM^ àe ce livre ne comporte point Y^ht pQsition y FAngletevre est amie de S0$ institutions
27a -* QUE FERA l'Angleterre?
aristocratiques et religieuses^ et adverse à tout chan^ geizISnt.
Comment donc supposer qu'elle fem^ ou laissera faire en Irlande les réformes profondes que celle-ci réclame ? Ne jugera-t-elle pas , daas son amour pour sa vieille constitution, que l'on ne pourrait la Ihuiner en Irlande sans l'ébraaler en Angleterre? Toute altération, de la propriété dans le premier pays ne lui paraîtra-t-elle pas un péril pour la propriété dans le second? I^es privilèges de la naissance et de la fortune, abattus en Irlande, se pourront-ils conserver en Angleterre ? Et r%lise cette pierre angu* laire de la constitution britannique , Y Église établie ^jângieterre et d Irlande se tiendra-t-elle debout, glorieuse et puissante dans l'un de ces pays , ^rès avoir été démolie datis l'autre ? .
De pareilles objections, en les supposant mal fondées , sont tellement dans le sens des passions de l'Angleterre , qu'on croit pouvoir prédire hardiment que eelle-ci ne fera point en Irlande les renversements qui seraient nécessaires. ¥
Peut-être l'Angleterre aurâ:-t-elle tort de ne pas abolir en Irlande les institutions qu'elle, veut conserver chez elle ; peut-être la destruction de ces institutions dans le pays qui y eist hostile serait-relle le plus sûr moyen de les maintenir chez le peuple qui en est content; peut-être* serait-ce de la paa^ du législateur anglais la preuve d'une haute sagesse que de reconnaître et de déclarer ouvertement qu'il faut pour des peuples dont l'état social n'est point le même des procédés différents de gouvernement, et d'autres lois pour d'autres mœurs. Ce principe
QUA^nilàaiE PARTIE, GHAP. I. HjZ
une i!ciis pesé et compris , bien des di£Gicultés suscitées par rirkiide s'éiranouiraient.
Gefie-ei ne se^t plus fondée à se plaindre .qu W la traite autrement que l'Angleterre, qui ^ de son côté , ne lui contesterait pkts le besoin d!un régime différent Aujourd'hui on est dans l'absurde lorsque les lois propres à consolider en Angleterre l'aristocratie et l'Église sont données à. l'Irlande. Celle-ici les repousse, et avec raison; et pourtant l'Angle-^ terre peut lui dire : Vous voulez les menées lois. On est encore d^ns le faux lorsque des réfoKBEies plus libérales que démocratiques étant faites en An*^ gfeterre, on les accorde à l'Irl^uide. L'Angleterre aristocratique a besoin de plus de liberté; il faut à rirUnde plus d'égalité. Le gouvernement anglaisest doue sage lorsque, dans ce cas, il refuse à l'Irlandle ce qu'il donne à l'Angleterre ; ^t cependant flrlande peut dire : Puisque vous m'imposez votre inégaKlé sociale ,;donnez^moi aussi votre liberté politique» 1 V .
Ces difficultés insolubles dans le système d'un gtltivernemeiit uniforme pour les deux pays disparaîtraient dès qu'on établirait que chaque peuple a besoin de sqn régime propre , et que l'Iriande doit être trailée autrement que l'Angleterre, non parce qu'iiUe est inférieure , mais parce qu'elle est diffé^ rente. z
Mais tout en adm^tant que, s'il agissait ainsi, le gouvernement anglais ferait à la &^s^ l'œuvre ]a plus juste et la, plits sage^ on prévoit cependant qu'il ce sera point en son pouvoir de procéder de la sorte^ Un seçl obstacle suffira pour l'arrêter : les II. î8
^74 Q^^ '^^^ L'AzroLCTniiB ?
préjtigéd de fÀn^twre et sea faMii$îpii» |^ft pnîsr-
santés que ses intérélfii*
Une ]^arattle eoiittUasioli eit tf îflte ina déUtà et fiteoilde en grate» eesâéqiic^cefi t maïs avsHit da kis déifaiire^ ne faut* il fiaa d'abord expwer pkw eoôir ptèi^metit les hdsea du prabléine ?
d'il est Trai que TAngleterFe ne paiaie ef, siufteitt M teuille point acocoiplir en Irlande laft réfisÉtines dofit ob à^moiiiiié la jusfiwe ^t la néeç^ité^ s'^n^mt- II ^u^ttte ne yèuiUd vien réforanar dina M paya? Ii0]|^ sans dottle. Tout ànitoiioe^ il est yraîi qm ri^Mmble dea innoT^tioBs pM|K>aéas lui mSpugite^ mH^ tfiiaia ehaofiiie,d!eUes ne la trouverait paa égfdsh naeni hoatilei He fauHl pas , pat* ceiiaéqftie^fci re- «rh^reber , parmi les *i>éfbf mes ijàdiquéeis ^ iifiiéUcIs totit celles que i'Ang^filerre napouasoraît bbftokiaieiit et (celles dont elle pourrait adlûettrequeJqueohoae? Oïl èi^it nécpaaaîrea au re^Kls et à la pn^^ptérilié de l'Ittande tous les ohaaifjementa qui ont été indiqués; mais si l'accomplissement de tou^^est iaipoelôble^ le eaeilleur sgratèm^ oik plutôt le noiiis diéfec* lueux ne sera-t41 paa celui /qui pemeettra , dfjan iexéisitiar ^udquesHuia?
Comment d'ailleurs porter sur lea paasions dé te«it tm pet;^e un jugement absolu ? U y a bien dana k phytiiOQDikiie génénde d'une nation qiaelqttes4trai|bs universellement répandus qui permettent de hii attribuer en waaae tel penohaRt^ telle averaîon ( itiais ces traité opmoàinfts au plus ^rand «ombiv aosf: raties. Un grand pétiole, surtout un peuple libre, là'est point si homo^^e.dana».tQUtBs ses parties ; la différence des classes et dias «rangs ^ Tinégiaiité des
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conditions , la variété des intérêts pdlitiques , les di* vistoBs relîgieusesyfont naître une multitude de sentiments opposée et de passions contraires ; la lutte s'établit et continife 9^f Pfj^kfi|^ 4^ns le pays entre ces intérêts divers. Et ce n'est pas toujours le même sentûx^iit qui Vfîfflftpfee j mrtw^t i#)ç. VJée 4«WiWf tantôt une autre : celle-ci, msdtresse du pouvoir, détruit aujourd'hui ce que celle-là avait institué la' veille ; et ce que le peuple vient d'édifier, guidé par f opinion du joûr^ il le renversera dem.ain soûs l*ômpîre de Fopinipn rivale et triomphante. Lors donc qu'on recherche ce que , dans tel cas donné , un peuple voudra on pourra £sâre, on ne saurait aller bien loin dans cet examen si l'on ne distingue pas les divers éléments dont ce pe«pk se compose, et si, après avoir fait cette distinction , on ne s'applique pfts à reconnaître la nature et lar portée de chacun d'e<itx* U faut donc, après ^voîii: eif^n^û^ ce. que VAMglet^n^t envisagée toiM ^t^re et 4'un, pqi^t de vue géoéraley ferait p^piMT^r^d^, as^^ly;^^ ^ peuplç açglbis ^t uppréciw ç^ qu'il pAurraj^t i^re] ^>ur à tduF soim VûiflMenc^. 4es dî^Kérçoft^ o^nionis , 4e& possiow diverses et dea inténéti^ opposi^» qu'il f éon ferme. £)n d'autres tern^.j U laîit veclii^rG];^r ce ^fsimt capable d'exécuter pc^fif l'Irl^M^de chacun de^ partis politiques qui d^yis^ot l'Angleterre.
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