QUATRIEME PARTIE, GHAP. II, SEGT. III , § III
un égal motif d'introduire le vote secret en Irlande, où la corruption électorale n'est point la même qu'en Angleterre : non qu'elle y soit moitis exercée, mais elle y est moins subie. L'électeur irlandais a des passions trop ardentes et trop réelles, il a des intérêts politiques trop grands à défendre pour q»'il soit facile d'obtenir son vote à prix d'argent. L'issue d'une élection générale qui , pour l'Angleterre, ne comporte guère autre chose que la continuation ou le renversement d'un ministère plus ou moins wbig, plus ou moins tory ^ signifie pour l'Irlande la chute ou le niaintien d'une administration amie ou ennemie ; c'est pour l'électeur irlandais urne questién de paix ou de guerre , de servitude ou de' libi^té. Il ' s'agit , pour le catholique , de savoir s'il sera l'égal ou l'inférieur de* protestants ; pour l'orangi^e, si sa tyrannie cessera ou si elle sera peppétuée.
Ainsi l'électeur irlandais n'a pas absolument besoin de scrutin secret pour être indépendant. A la vérité , la résistance qu'il oppose ,aux efforts de la corruption appelle quelquefois sur sa tête des disgrâces dont secret du vote pourrait ïe préserver; les pauvres fermiers qui , ,pour avoir yqjté contrairement aux instructions de leurs propriétaires, sont expulsés de leurs fermes, seraient peut-êtra placés, par le scrutin secret , à l'abH de ces cruelles représailles. Mais de pareilles vengeances , qui ruinent quelques infortunés, sont funestes aussi à leurs propres auteurs : elles prouvent d'abord l'impuissance de la corruption , qui n'a point à sévir quand elle a été efficace, et elles excitent au plus haut^egré contre l'aristocratie les ressentiments populaires.
agS QUE FERA L'Ajy GLETERRE ? PARTI WHIG.
Et le secret des votes , qui , en Irlande , n'est pas absolument nécessaire à l'indépendance de ceux qui attaquent l'aristocratie, ne nuirait-t-il pas à la démocratie en protégeant ceux qui la combattent? L'on ne doit pas^ oublier que , dans une élection^ outre l'influence des classes supérieures , il y a l'inâueiice du peuple; or, cette influence, puissante
})ar le vote public, cesse presque entièrement quand e vote devient secret.
^ que chose de très-solennel en Angleterre, mais surtout en Irlande , q\ae le vote public des électeurs déclarant à haute voix k représentant qu'ils choisissent , en présence d'une assemblée^ innombrable qui se presse autour d'eux , les excite , les conjure , les prie , les menace , bénit ceux qui votent dans fe sens de ses passions, charge d'injures et d'imprécations ceux qui pçononcent un nom çnnen^i, et lait entendre à tous cette grande et terrible voix du peuple, souvent injuste, toujours sincère, et toujours imposante pour cetix paême qui feignent le plus de la mépriser. En Angleterre , c'est principalement l'œil du riche que craint l'électeur en votait j en Irlande, c'est le regaîd du pauvre'
Ainsi , favorable en Angleterre à ïa démocratie, le vote secret servirait peut-être i'aprstocratie en Irlande.
Du reste, quel que dût être l'effet du vote secret , s'il était substitué e& Irlande au vote public , on peut considérer comm^i* probable que d'ici à longtemps ce changement ne sera point exécuté. Cette réforme n'a guère auj ourd'hui pour partisans dévoués que les membres duparti radical. Les Vhigs, qui s'é-