QUATRIÈME PARTIE, GHAP. Il, S£GT. III, § IIK 3ô
l'aristocratie que de faibles coups, satisfeit, en Angleterre , presque tous les amis de la réforme , car le désir d'affaiblir l'aristocratie n'empêche point qu'on ne craigne le despotisme du gouvernement central : et ce sentiment de crainte est plus naturel chez le peuple anglais que dans tout autre pays. Si , dans les contrées les moins libres il est dangereux d'établir tme centralisation absolue, parce qu'il peut en naître plus tard un obstacle invincible au développement de la liberté ; combien ce péril est plus redoutable pour un peuple chez lequel la liberté existe, et où par conséquent le danger n'est ' pas de compromettre dans l'avenir le plus grand de tous les biens, mais de leperdre dans le temps même que l'on en jouit. A l'heure qu'il est il n'y a pas une paroisse , pas une ville municipale d'Angleterre qui ne constitue une vraie république , une démocratie libre. Le peuple anglais agirait-il sagement, si , pour aider le pouvoir central à frapper l'aristocratie , il livrait au gouvernement ses libertés, et ses droits, au risque de ne pouvoir les reprendre quand son ennemi serait abattu? N'est-ce pas une situation heureuse que celle d'un peuple qui, ayant des réformes à faire dans ses institutions , p^ut conférer au pouvoir central assez de forice pour les accomplir peu à peu, et ne lui en donne pas cependant assez pour que ce pouvoir devienne tyrannique? De sorte que le principe d'autorité grandisse sans que la liberté meure.
^ais si l'on comprend sans peine que ces eâ^ais de centralisation contentent jusqu'à un certain point l'Angleterre , on conçoit plus aisément encore qu^ls
3lO QUE f£IlA L'AiyaLETSaHE? — PARTI WHIG.
Seraient tout à £ait insuffisants en Iplande , où les passions légitimes et les intérêts du peuple exigent que l'aristocratie soit ouvertement attaquée. L'état de l'Angleterre permet de douter s'il vaut mieux pour die d'exécuter une réforme (^s rapide en ris« quai^t ses libertés , ou d'accepter une ^forme plus lente avec la certitude de demeurer toujours libre. Mab la question ne saurait être la même poUr l'Irlande , où la destruction de l'aristocratie est la preiniè)*e des nécessités. Aussi les whigs, à qui l'Angleterre permet de &ire en Irlande des réformes plus radicsdes^ emploient-ils, pour combattre l'aristocratie de ce dernier pays^ des moyens de centralisation* beaucoup plus puissants ( i ) .
On a vu plus haut comment à la fin du siècle deraijsr et au commencement de celui>-ci certains pouvoirs ^ appartenant à l'aristocratie , furent enlevés dans son propre intérêt, et attribués au gouyernement centrale Un juge révocable au gré du vice-roi fut, sous le nom d'assistant-barrysler , chargé de présider les assemblées trimestrielles des juges de paix. Pour suppléer ceux-ci dans leurs fonctions quotidiennes., d^ magistrats salariés furent établis (stipendiary pagistraf es) ; et afin de t^endre plus sÀre et plus commode pour les riches la police du pays entier, une e^èce^ de gendarn^erie (consf abur lary) fpt instituée. C'étaient autant de pioyens pris piu* le gouvernement central pour* aider et défendre l'aristocratie faible et inhabile dont il était l'ami.
A peine pnt-ils été en possession du pouvoir , les whigs ont retourné contre l'aristocratie irlandaise la cpntraiisation qui avait été établie pour la proté-
QUiJïaiÈMB PARTIE, GEAI". Il, S£CT. IIl, § III. 3ll
f^. Va^isî^nt'bs^rrjsiery qui jadis recevait du pouvoir centetl la mission expresse ou tacite de soutenir les hautes classes contre le peuple, a poi^r n^andat aujourd'hui de sputeair le peuple contre l'aristoarar lie. Autrefois il mettait tout sou artr k dissimuler J'jii{ustice ou rincapadté des juges de paix , nuônte^ i^nt il travaille plutôt à jeter un voile »m le^f^n^ etsurles écarts du peuple. Les m^gistrate salarié0(stî^ pendiary magistrates) dpnt tout l'ofj^ce consistait à «eeonder les juges de paix, sont institués à prient; dans le Imt manifeste de lies remplacer. lis étaÂ^Qtf^ déjàen 1 8% aii nombre dequatre-i^ngt-iin, ^Qut Ânquanteavaientéténpmmésdepuis 1 835 (i).O^ag^nts révocables I assez semi>lable^ k nps comUM/ssaires 4e poUce> sont en Irlande en grande faveur a,upn^ du peuplp; dirigés par l'autorité centrale , ils q^f. cqut tume de Cuire mieux quie i'aristocrajtîi^ ; f^t 4^^ ^om les cas ils ont le mérite dç n'être pa3 1^ agents dp ceJle-ci.
Snfin cette gendarmerie créé^ pour y^fller au repps de l'aristoc^ratie , et placée par la Ipi 4^ »Qfi pr^gamsation spus la direction et h cpi^trp)^ iwmédiat des juge$x de paix et des gra^d|s jury;i , d^YÎ^Qt , par l-effet ^^m loi récente , une arin^ p^j/^njtfs entre les mains du gou,vernem^pt gé^épal; ^n i3^ dh eH <^m;raUsée complèjtemept, e^ pas^ aiff^i du jPfsrvice de l'aristocratie it cehii i^u yice-fpf (ij).
Mais les wbigs ne se bornent pas k tourner WUi^ l'ai'pstocratie les vieilles lois créé<e^ jadis dan^ 1^ 4^ fein de la fortifier ; ils s'effprc^t dm&si , ppi^* l'atteindre piu^ sûrement, 4e icréer quelquji^s ^n$trum.ents fîPHveaui^ de centrali^iofî $ fm de perf/$p)ioQoer
3l2 QUE FERA l' ANGLETERRE ? PARTI WHIG.
ceux qui déjà existent. Uâ ont, depuis 1 83 1, soumis les juges de paix à une surveillance régulière et périodique (i); ils ont restreint les pouvoirs des grands jurys; ils ont transporté au gouvernement central le choix et le contrôle de plusieurs agents salariés du comté 9 et lui ont attribué le pouvoir de faire, dans de certains cas , des travaux d'utilité publique^ tels que ponts, routes et canaux, qui jadis étaient dans le domaine exclusif des grands jurys (a). Enfin ils ont créé en Irlande trois administrations centrales, dont chacune porte à Taristocratie de ce pays une atteinte plus ou moins grave. L'une a pour objet les travaux publics (3) ; l'autre est relative à l'instruction primaire (4) ; la troisième concerne l'exécution de la loi des pauvres dont on* a parlé plus haut. La première est celle qui frappe le plus directement dans sa puissance l'aristocratie des comtés, puisqu'elle est l'instrument avec lequel le gouvernement peut désormais exécuter ce que, jadis, les comtés seuls pouvaient faire; les deux autres ne l'atteignent qu'indirectement , celle-ci en constatant par l'institution d'une charité publique l'indifférence du riche pour le pauvre; celle-là en conférant des lumières au peuple, et en lui donnant ainsi plus de force contre son ennemi.
On voit , par ce qui précède, dans quelle mesure les whigs se sont, jusqu'à présent, servis de la centralisation pour réformer les institutions de l'Irlande. On peut s'apercevoir qu'ils procèdent, quand il centralisent en Irlande, moins timidement qu'en Angleterre, lion qu'ils transportent en masse au gouvernèttient général les pouvoirs de l'aristocratie