QUATRIÈME PARTIE ^ GHAP. II, SEGT. III, § III. 3l
abattue, mais ils en centralisent une partie, confèrent au gouvernement des attributions nouvelles, et gênent la puissance de l'aristocratie dans la portion d'autorité qu'ils lui laissent Maintenant que l'on sait comment ils manient ce grand instru* ment de réforme, on peut apprécier quels coups ils sont capables de porter en Irlande à l'aristocratie des comtés ; ce qu'ils ont fait est déjà un signe de ce qu'ils pourraient faire. Ils sont encore bien loin sans doute de$ réformes politiques qui seraient nécessaires à l'Irlande. Ils réforment l'aristocratie des comtés bien plutôt qu'ils ne l'abattent; ils l'affaiblissent, ils la mutilent, mais ils n'osent la renverser. On retrouve, du reste, ici, chez lés whigs, quoique moins prononcée, cette éternelle tendance des gouvernants anglais à faire les réformes de l'Irlande de la même manière que les réformes de l'Angleterre, et cette disposition constante, quand ils déplacent un pouvoir, à le distribuer plutôt dans tous les rangs de la société qu'à en investir le gouvernement central tout seul. Aussi peut-on considérer comme probable que si les v^higs abolissaient les grands jurys des comtés , ce ne serait point pour transporter leurs attributions à l'autoilteé centrale, mais pour les remettre à des administrations locales dont les membres procéderaient de l'élection populaire ; système libéral mais compliqué, qui convient à un pays où les diverses classes de la société , dont on demande le concours, sont en parfaite harmonie; mais qui peutêtre sied mal à l'Irlande, où ces classes sont en état de guerre mutuelle , où la classe moyenne est encore dans l'enfance, où le peuple n'a point l'ha-
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bituda de se conduire , et où Taris^tocratie est 4:6116liMnt anti-nationale, qu'il £aut bien moîn$ trayailler à régler ses pouvoirs qu'à le» abolir; système insuffisant dans un pays où, pour combattre l-aristocratie 9 ce n'est point trc^ du goujrernement central , fort du mandat populaire (i).
Réformes qne peuTent faire les whigs daos TEtat.
On vient de voir qudles réformes politiques les whigs peuvent faire dans la paroisse, dans les corporations municipales et dans le comté; reste TËIat.
Pendant tout le temps que les tories ont gouverné ririande, l'aristocratie irlandaise a possédé daiis l'État un immense privilège politique; ce privilège, c'ét^t la feveur, ou pour mieux dire, la' partialité constante du pouvoir exécutif.
Les priopipes décrétés par les lois sont importants sans doigte ; mais ce qui est peu1;-etre plus grave encore, c*est l'esprit dans lequel on les met en vigueur. Qr^ sous l'enjpire des tories, toutes les lois destinées théoriqiiement à protéger l'aristocratie irlandaise étaient de phis apfiiqaées dans le sens de ses passions les plus ardentes.
C'était alors une tradition reçue parmi i^ gouvernants de l'Irlande, que L^ )ois étiient laites pour l'aristocratie contre le peuple, dans le seul but de tenir cdiui^ci sous l'oppressipn , et de défendre celle-là contre toute résistance. £t si une plainte était adressée au gouvernement par ufi ç^tholiquie contre uif prote^ta^n^ , par un panvre contre un
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riche , /elle sue rencontrait que rindififiérenœ cm le •taépris.
La justice eUe-métne était alors, par Tezécutiop qqe liii doiinaîent le» agept$ du gouverneoieBt , corrompue jusque dans sa wur$:e. Ail^si, ppur ae donner qu'ici ^eul exemple, ^'était une constante pratique , smf. tempjs des tpiies , que , d^QS les prpcès XTiminels , Tavocat de la courQnye récusât tous les juxés catholiques, et travaillât k composer un jury e^clusiveniiept prot^tay^t ( i ).
A cette époqi^e, )e parti prangiste ep Trlapdi» étaît si fy^p de Tapp^i que lui prêtai): h pQuyoir exécutif^ qu'il pouvait impunément fouler aus^ pieds le parti populaire. Ainsi le voyaitHon chaque année, lpr$ de r^niversaire de la Bpyne, célébrer le triomp^ des protestants sur les catholiques avec toutes )es dér monstrations les plus injurieuses pour les vain^ps. Npn seulepient le gouvernement souffrait ces insolentes provocations d'une faction à tout un pepple , m^ encore si cfi peuple hun^iUé osait ri^^yer sa tête et .engageait pne lutte gyec sies oppresseurs , le ppuypifT pentp:al soutenait ceux-cji dans leur tffaxir nie, et mettait à leur service la police et l'armée.
Les ?Rhigs ont introduit dans l'administration d^
)'{rlapde d'fitutres maximes tt d'êtres procédés de {[PUinsrnement ; ils ont interdit les manifestations p^ihliqiies dont la Soyne était le prétexte (a); i^ /^'efforcent, en laissant le jury accessible aux citoyens de toutes l^s prpyauqes^ d'établi<^ une justice ipiparr jtiale ; il prpclament le priupipe que l'autprité jwr blique est in^f^tuée autam daps l'intj^rét du peuple que dana flphii des plas»ef ^upéli^i^t «t si leur
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balance p^ichait plus d'un côté que d'un autre, ce serait y il faut le reconnaître, plutôt vers le pauvre <j[u'en faveur du riche qu'elle inclinerait.
Il suffit, en effet, de jeter un coup d'œil sur l'Irlande pour s'apercevoir que non-seulement le gouvernement whig n'accorde point à l'aristocratie de ce pays l'exorbitante protection que celle*ci recevait des tories , mais encore qu'il la traite en véritable adversaire. Il ne se borne pas à né plus lui conférer les emplois publics dont elle avait autrefois le monopole , il s'efforce de la dépouiller de ceux qu'elle possède encore. Un juge de paix grand propriétaire commet-il une faute, le gouvernement saisit cette occasion de le remplacer par un magistrat salarié. ' Quelque autre se signale-*t-il comme chef du parti orangiste, on le destitue purement et simplement (i).
En même temps qu'ils enlèvent à l'arislocratie d'Irlande les faveurs et les grâces du pouvoir exécutif, les whigs accordent ces grâces et ces faveurs aux ennemis les plus violents de cette aristocratie ; ils appellent le plus qu'ils peuvent de catholiques dans là commission de la paix; ils nomment aux fonctions publiques les plus éminentes des hommes notoirement engagés dans le parti national (a). Au Ueu d'élire pour shérifs des comtés les grands propriétaires que désire l'aristocratie, le gouvernement choisit ceux qu'elle considère comme ses ennemis (3) • Depuis les moindres emplois jusqu'aux plus élevés, depuis les dignités de la judicature jusqu'à la police, il prend ses agents dans le parti populaire. A vrai dire, le gouvernement des whigs en Irlande et l'a-