‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 62 sur 83 · QUATRIÈME PARTIE, GHAP. Il , SECT, III , § III. 3l · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, GHAP. Il , SECT, III , § III. 3l

ristocratîe de ce pays soirt en état de guerre ouverte. Cette façon de procéder du gouvernement whig en Irlande ne s'explique pas tout naturelliraient ; car si l'on comprend que. les whigs soient dans ce pays , comme en Angleterre , les adversaires des toriesy on ne conçoit pas aussi aisément qu'ils y montrent envers le parti aristocratique tout entier une hostilité qu'en Angleterre ils iie lui témoignent pas. Dans ce dernier pays , la Ipi la plus radicale qui émane des whigs se tenupère par son exécution ; et fut-elle dirigée contre certains pouvoirs de l'aristocratie, le gouvernement qui l'exécute ne s'en prend jamais à l'aristocratie elle-même. En Irlande, au contraire , l'exécution que les whigs donnent à cette loi est toujours plus hostile à l'aristocratie que la loi n'a voulu l'être. D'où vient cette différence?

La cause en est dans la nature des partis existants de ce pays. On a vu plii^ haut qu'il n'y a en^ Irlande que deux partis extrêmes, les tories et les radicauiç : le parti whig y esf inconnu. On a vu aussi que le gouvernement anglais établi en Irlande est dans l'absolue nécessité de faire son choix entre ces deux partis , de s'attacher à . l'un ou à l'autre ; et qu'il lui faut, quand il s'est déclaré pour l'un d'eux, se livrer à celui-ci corps et Mae , et ^subir tous ses mouvements.

Quand les tories avaient le pouvoir, leurs représentants en Irlande tombaient sousle joiig inévitable du parti orangiste,'dpnt ils étaient les esclaves alors qu'ils n'auraient voulu être que ses alliés. Les whigs arrivant aux affaires çont nécessairement ^ la merci du parti opposé; il n'ont pas même à délibérer pour

sârvoif s'ils se mettront du côté populaire. Us s'y trou* tent naturellement placés par le fait seul que l'aristocratie , dont le parti tory est la seule exprei^ion , âé ihôxttre leur euiièittiie violent.

Il serait ^ dti reste ^ pedt*être jiistè de dire que le pouvoir exécutif en Irlafitde s'anéantit plus complètement encore dantf sa fusibri avec le parti populaire que dans son alliance avec le parti aristocratique. Gomme danis le second «cas il n'épousé qu'une faû-' tion haie dvL peuple , il est plus maître de modérM* Ffitppui qu'il prête à celle-ci ; il pourrait, i k rigueur,' Ée borner à la défendre qtrand ètlè est attaquée , et hri retirersonaâsisiancédèsqu'illst verrait agressive. Au contraire, lorsque le pouvoir exécutif adopte eii Mande la cause nationale , il est plus irrésistiblement entraîné par elle , et forcé de Mivre plus aveuglément le torrent populaire auquel il s'est mêlé.

Ce n'est pas san^ une sorte de terreur et sans une certaine répugnance que les vibi^ 'anglais fdrnlènt en Irlande l'alliance qb'iH sont fortes de tontracter. Ils né peuvent être Sans doute que très disposés à frapper le parti tory ou aristocratique ^ qui se montre leur impitoyable adversaire ; mais ce qui' les troublé, ce n'est pas le sort déà ennemis qu'ils combattent, c'est la puissance de ^ leurs propres amis , doutais se défient. Ils verraient atéc une joie elempte de toute inquiétude le parti orangiste dlrlande tomber , si sur ses ruihes Hé s'élevait en même temps 4e pouvoir formidable du parti démocratique. Ils craignent presque autant les triomphes de leurs alliés que les succès de leurs âdversftires , et ne portetit que timidement lé coup

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qui y en abattant un ennemi détesté , peut exalter un ami redoutable. Leur idéal serait de créer un parti whig ; mais c'est en vain qu'ils l'ont tenté. Dès qu'en Irlande le gouTernement se range du côté du peuple i il devient par cela même un instrumétit du parti populaire.

. On voit maintenant ccmiitient les whigs anglais sont forcés d'être radicaux en Irlande ; et ceci explique les clameurs que poussent sans cesse les to« ries d'Angleterre contre le gouvernement whig d'Irlande , qui y disent-ils ^ non sans quelque raison ; donne aux lois émanées du parlement une eséctttton démocratique qui n'était pas dans la [Censée éti législateur.

On comprendra maintenant sans peine pourquoi les radicaux d'Irlande sont beaucoup plus satisfaits que ceux d'Aii^leterre de l'adniinistration des whigs.

Quoique les whigs ne donnent pas à l'Iriande les institutions que celle-pi voudrait^ As font cependant pour elle une ishose considérablei qtit est d'exécuter les lois dans le sens de ses désirs et de^ ses intérêts: Et voSà pourquoi. 0'Gonne|l et tous les siens se séparent en ce moment des radicaux anglais^ si violents contré les whigs. Les radicaux d'Irlande se soucient bien moins de ce qui %rrive att Canada et même eti Angleterre que de ce qui se passe en tridnde. Peu leur importe que le parlement refuse de réfor/ner^ en Angleterre^ les taxes de &brique (church rates) après ^u'il les a abolies en Irlande. Us oublient bientôt le sort qu'on fait subir aux insurgés de Montréal lorsque , d'ailleurs , on laisse \^ Irlandais s'insurger librement contre k dîme* Ils pardonnent aux whigs

3aO QUE FERA l'aNGLETERRB? PARTI WHIG.

d'être chaque jour moins radicaux en Angleterre, pourvu que ceux-ci le soient toujours autant en Irlande.

Ces attaques du gouvernement v^hig contreraris* tocratie d'Irlande n'ont pas sans doute toute la portée qu'on pourrait au premier abord leur attribuer. Presque toutes les réformes qui sont l'œuvre du pouvoir exécutif sont essentiellement fragiles et transitoires. Celui-ci changeant , elles disparaissent avec lui^etsiuneadministrationtoryressaisissaitlepouvoir elle aurait bientôt remis en vigueur les anciens principes de gouvernement et rendu à l'exécution des lois son esprit aristocratique. La plupart des institutions libérales qui paraissent le mieux établies, telles, par exemple, que l'instruction primaire, recevraient d'eux une impulsion qui sans doute en dénaturerait le principe. La force publique , c'est-à-dire la police et l'armée y que les whigs ont mises au service du parti national , seraient bientôt remises à la dévotion du parti aristocratique. Ces deux corps, soumis aveuglément au principe de l'obéissance passive , soutiendront certainement leparti populaire aussilongtemps que le gouvernement exigera d'eux cet appui; mais composés encore pour la plupart d'Anglais ^et de protestants ils sont au fond les amis du parti protestant et tory d'Irlande; et si une autre administration leur donnait des ordres différents, ils aimeraient mieux faire feu sur les catholiques, qu'on les force de protéger en ce moment , que de frapper les anglicans sur lesquels ils tirent aujourd'hui.

Cependant l'administration des whigs en Irlande est pour ce pays un grand bienfait non seulement

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dans le présent mais encore dans l'avenir. Elle a enseigné aux Irlandais qu il peut exister parmi les Anglais un parti favorable au peuple ; et qu'ainsi les gouvernements venant d'Angleterre ne jsont pas tous nécessairement haïssab)^ s.

' Les whig§ anglais ont le grand avantage de pouvoir gouveraier l'Irlande sans recourir aux mesures violentes dont les tories ne sauraient se passer.

' Depuis plus d'un demi-siècle, c'est-à-dire à dater de l'époque où l'Irlande opprimée se réveilla de sa servitude, les gouvernants anglais n'avaient pa. tenir ce pays dans l'obéissance sans un certain nombre de lois d'exception qui ,^sous des noms divers , soit * ^insurrection^act j soit de coercion-bill j investissaient l'autorité centrale de pouvoirs extraordinaires dontceHe-ciusaitàsa discrétion. Le principal deœs pouvoirs consistait dans la faculté d'établir pour tel ou tel coi^té une espèce de Içis de suspectsi^(i), et dans le droit de .changer arbitrairement l'ordre des juridictions en matière criminelle, par exemple, de . remettre à une cour martiale le jugement des délits commis dans les cojoatés frappés de suspicion. * 1 Et ces poûyoirs extraordinaires ne s'exerçaient pas seulenpDt pour la répression jd'attentats politiques de leur Qaturef, tçls que les séditions, les rébellions pppulaires et les cdfi^piratiops ourdies coptre l'État. Lçur premier objet était d^tteindre des crimes ^i ont,plut!6lii*un caractère social; ils avaieni: sur tout en 'Vue cçtte guerre constante et terrible qme le peuple liVye en Irlande à la personne et à la propriété du riche. Quand l'aristocratie d'Irlandq. avait pom* elle le pouvoir exécutif, elle se servait de la

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