CONCLUSION
conduit .par un grand chef, et qui a la conscience de sa force.
L'aristocratie d'Irlande a , dès l'origine , mêlé sa cause à celle de l'Église ; et sa destinée semble être . de vivre et de mourir avec celle-ci. 6e recon^tituerat-il une autre aristocratie sur les ruines de celle qui s'écroule ? Il est bien difficile de le dire. Les tendances de l'esprit anglais y poussent , mais les passions qu'a fait naître et qu'entretient une aristocratie détestée y peuvent être u^i obstacle. Et plus cette aristocratie anti-nationale résistera aux conps qui lui sont portés, plus le sentiment, qui repousse une aristocr£|tie quelconque se fortifiera.* en Irla^ide :. car c'est la haine particulière qu'elle inspire qui flétrit surtout Jes privilèges de la naissance et de la fortune dans xrn pays naturellement enclin aies estimer. Aussi .peut-on dire que le^ sy^stème des tofies, gui tend à maintenir intacte «t inviolable en Irlande l'aristocratie existfmte, est tot^l k la ^is I^ plçs propre à assurer la ruine complète de celle-ci et à reridre impossible sa métamorphose . en une autre aristocratie;* tandis que si une pareille transformation s'opère, elle sera faMipr'îsôe par les.whigs qui, en réformant l'aristocratie pnûtesîftinti^, la rendent moins gdiei^se, et accoutument les x;atholiqi\es d'Irlande à l'injustice des privilèges, en les y faisant participer.
Mais si uuç ariatqcrâCtie catholique n^ succède point à l'ariatQicratie protestante , destinée à périr , quel pouvoir pjrendra donc la place de celle-ci ? Le gouvernemépt dô FIrJande deviendra-t-il démocratique ? En falsa!^t veir tout à Theui^e con^ment le parti tory excitie les haines du peuple contre les classes pri-
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irilégiées, on a par cela même montré de^uelle ^manière ce parti pourrait ^ dans certains cas ^ aider la démocratie à se développer. Mais si cette démocratie ■triomphe, comment s'établira-t^Ue ? Dans quelles circonstances ? Sera-ce par quelque révolution violente^ ou par un progrès doux et lent ? Que ce soit par la. violence ou par des voies paisibles, comment se eonstituera-t-elle en dépit de rAngleyterre qui se croit intéressée à la combattre? Quand on considère les passions de l'Irlande catholique, il est difficile de ne pas reconnaître qu\me longue obstination du parti tory à. y maintenir entiers les privilèges de l'Église et de l'aristocratie ferait naître, pour ce pays, la chance d'une insurrection générale. Quels seraient les effets d'un pareil soulèvement? Jvçqu'où irait la* colère du. peuple ? On s'arrçjteraitelle ? Âtteix^drait-elle seulement;les personnes? Se prenj^ait-elle aussi aux choses ? Sortirait-il quelques principes de ces viçlences? Et que ferait l'Angletei:re ? Gomnfent laisser impunie une pareille insurrection ? Comment châtier tqut nfk peuple ? Et eç suipposant que 4'un progrès tranquille ou de cl^ngeocients réyolutioiuiaires il naqjiit, un gouvernement démocratique, queHeen serait la forme? Quel en. serait ^île principe? Quelle^ égalité donnerait-il açpt citoyens ? Serait-ce J'ég^Até propice au despotisme , ou\igelle qui appartient akx institutions Ubres ? Voilà : une multitude d^ questions que l'on, ne peutgue pqser, et dontla solution n'appartient qu'à l'avenip? 's Mais si l'on n^ peut dire quelle puissance succédera en Irlaim^ à l'^asistocratie angUcaiie , ce qu'on peut considérer comme indubitable, c'est que cette ir. as
33S coiroLCfiioN.
iiri^tocrsitie tombena ; «t ii semble ixnpQSsiUe 4e ne ^ais regarder sa chute comme prochaine et ifûnri^ nenta.
YainMiêtit te gotit^raement «anglais vaudra conjurer ee^le double raine de l'Église er de l'aristocratîe prolestante dlrktide ; quel qn'H soit , "vdàg Un «ory^ ii n'en «un point la jpoisaanoe; et il n'y rémsira ai par de prudentes r飻nnes , ni par u»e Wràgle résiManee, iii par kt sagesse, m par fat ibfce*
L'Aagieterre esiwmdoutebieniupérâeare en poissauce 4 llrlande, et oelle^i serait insensée si elle prétenéaitsoistmiirawc la première une lutte de rivalité. £ite serait fefle, noli^seniemestsi elle voulait dicter 'des lois è TAngleterre, mais encore si elle cssayaitd'é- ^flinpperàki spaveratnelé de cdleHci : malheur à eiie d jamnts elle engageait de pareils oovnbats I Mais îl Mtbien difFéreait ponr le £aible d'attaque dt de se -déifisiidre. Le faible qui est opprimé trouve dans ia ssHiteté de son droit une grande force ^uKîi tandis que le puissant qui opprime est sinj wimt alfaibli par l'inju^ice qu'il pratique, est «dont il a lui-même la conscience. Or, i'AngieCerre peut b«en croire utile à ses propres intérêts d'imposer k l'iriande 4es instituttons ftinestes à ceUe-d^ nuiis die ne mirait pemfr ipi'un jâi^il procédé soit joste, et il suffit qu^elle bleuie de son droit pour qu'elle soit «oins lor«e. Au contraire , quand llrlande résiste 4 in ^milenoe qm tui est feile , die a le sentiment de TiniquÉlé <xi»SDise envers elfte , et ce sentiment la soutient. Ainsi , il semble qu'une longue injustiœ Wnde 4 égaler fa puissance de rcpprasseur et de
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^opprimé , dont le courage s'accroît en anéiBe proportion que Fénei^e du tyran diminua. *
L'An^eterre se lèverait oxnme un seul boauvc comtne l'Irlande aspirant à briser le lien politicpj^ qui les unit l'une ii l'autre. Mais lorsque l'Iriaaik je borne à repousser les persécutions et ies rigueurs d'une politique égoïste, lorsqu'elle fait entieodre les accents douloureux du pauvre qui jeune et de l'^i^ primé qui gémit , l'Angl^enie se divise, et le grasd peuple qui serait tout pu^sanl: pour dompter un sujet rebelle , manque de forces pour écrasd* uae victime. C'est là qu'e^ le secrd: de la Êiibiesse smglaise en face de la pauvre Irlande, appuyée sur son infortune imméritée ; là est l'explication du passé et fei révélation de l'avenir. Voilà pouiiquoi , même «u lemps de sa plus grande infériorité lekttve , t'&v lande a toujours été poiu* l' Angleterre un -tfahaancm et une menace.
Et le temps approdbe, ei déjà il n'est veaii^ ^ firlande ne sera pas seulem^ot forte -de son bmi droit. Sa p<^ulation, qui s'accroît frfus rapîéemopt que celle de l'Angleterre, vient «encore chaque jom' augmenter la puissance du pius fisiiàile, et diminuer la ^supériorité du plus fort. L'Irlande n'est pktf ee petit peuple de huit à neuf cent mâle babiUiQts ' qu^abattaient d^un seul ges^e Henri Vliï ou Éiistbeth ; «Ile en compte à présent plus de huit millions ; c'est la moitié de ce qu'en possèdent â'Angleterre, l'Ecosse ef le pays de Galles , tous réunis; c'4pt ipois fois plus que n'en a l'Écrase toute «eule, et le temps n'est peut-être pas éloigné où l'Angleterre prise isolément ne sera pas fiumériquemeiii: ffos
34o CONCLUSION.
forte que Tlrlande (i). Alors , sanîs doute ^ la* première sera encore infiniment plus puissante 'que fa secondé; mais il ne faut pas oublier tout ce que IHihe doit avoir de forces supérieures pour exercer une oppression qui l'affaiblit et qui diminue l'infé- Vîorité de Tautre.
Qu'on y prenne bien garde^ d^ailleurs, Ton ne doit pas considérer- l'Angleterre et l'Irlande abstractiveiÀeht comme deux peuples qui existeraient âéuls dans Tunivers , et seraient tout Fun pour Fautre. Il est tien vrai qiie l'Angleterre est tout pour llrlande, qui' n'a jusqu'à présent qu'une existence relative à TAngleterre; mais il n'en* est point de -même pour celte-ci qui, ayant établi sa puissance dalriSs tous les mondes, à le soin de l'y conserver. Ainsi l'Irlande qui ne poursuit qu'un'seul but politique , èelui de réformer ses institutions, et qui n'a dé contact qu'avec un seul peuple , celui qui s'oppose à cette réforme ; l'Irlande , dis-je, réunit toutes ses forces •' contre un seul aiîVersaire , et met à le combattre , sans distraction, sam^ trêve, sans relâche, tout. ce qu'elle a àe puissahce ^matérielle et de vigueur morale; tandis que l'Angleterre qui, dans son état politique , se doit à une foule d'intérêts divers y eist souvent obligée dé èe partager. 4La résistance que
* ririande oppose à l'Aiigleterre , est constante et ne. peut que s'accroître ; la force que celle-ci fait peser sur celle-là est variable, et sujette à se réduire singulièrement dans des temps extraordinaires.
Il faut se rendre compte de cette situation mu-
• tuélle de l'Angleterre et de l'Irlande pour comprendre comtnent la nation faible a pu réisister si