‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 5)Chapitre 9 sur 83 · DEUXIÈME PARTIE, CHAP. II, §1. ai · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAP. II, §1. ai

tîon et l'association eUe-méme comme illégale , il a bien fallu recourir à une forme différente d'organisation ; et aujourd'hui l'association n'a point de chefs apparents auxquels elle confère l'âection avec un mandat exprès. Chaque réunion de Tassociation est comme un meeting particulier , où chacun a le droit de se rendre , dont le président est chaque fois nommé à la majorité des suffrages , et dans laquelle tout le monde a le droit de proposer son avis.

Mais quelle que soit la forme, le fond est toujours le même ; le nom de l'association varie aussi, quoique ses éléments ne changent guère. En iSaS, elle s'appelait l'association catholique; non que les protestants en fussent exclus, un grand nombre, au contraire, en faisaient partie ; mais parce qu'alors le grand objet en litige était d'obtenir de l'Angleterre l'émancipation politique des catholiques irlandais. Lorsqu'en 1825 l'association est dissoute par le parlement, elle se reforme aussitôt sous un autre nom ; en 1837 et en i838 elle s dL^^^X^itY association générale de l'Irlande ; à l'instant même où j'écris elle a pris le nom de société des Précurseurs (Pr^cursor^s saciety){^i). Dans une harangue régente O'Connell annonçait que bientôt elle s'appellerait Y association natioriale. Sqfis ces déuoi^iinatfons diverses elle est toujours la même, c'est-à-dire la représentation réelle du corps de la nation. .

C'est à ce titre qu'elle commande à l'Irlande , et (gi'elle est oljéie. A sa voix toutes les paroisses d'Irlande s'assçmbleçt ; des réunions se forment dans les* baronnie^, aux^^re des coûités, partout où elle ordonne aux citoyens de se mouvoir ; le même jour,

22 JlÉSISTANCjB A L OPPRESSION.

à la même heure , l'Irlande entière est debout , occupée du même objet, sous le joug d'une même passion , poursuivant un but commun. Il s'agit d'une pétition à présenter au parlement : mais qu'arriverait-il si, au lieu de demander des signatures, l'Association appelait des baïonnettes ?

L'association qui s'était formée par les sympathies populaires , est devenue chaque jour plus puissante par ses victoires. La fameuse élection de Clare , l'émancipation de 1829, la rébellion de i83i contre ](is dîmes, le triomphe des candidats populaires dans 1^^ élections, sont ses œuvres incontestables. Tout le ' mpnde lui obéit mieux depuis qu'elle a prouvé sa force et son habileté. /

J^y'afisoci^tion s'établit lapatrone de tous les citoyens : elle provoque et reçoit la plainte de quiopnqiie a des griefs contre l'autorité publique, contre des ministres de l'Eglise anglicane et surtout contre les magistrats appartenant à l'aristocratie. Depuis que l'association couvre le pays de son égide , il n'y a pas en Irlande de pauvre paysan si faible et si isolé qui n ait contre le plus riche et le plus puissant oppresseur l'appui du cprps entier de la nation.

La cupidité de quelque ministre protestant , âpre et rigide dans la collection de ses revenus^ lui est-elle ■ signalée, l'association le^ flétrit par dtà blâtne public : et l'on sait quel sort en Irlande attend ceux qui sont désignés à ht bisiine du peuple. Le pauvre qui devait la dtraç a-t-il été mî» en prison faute de paiement , l'association fait les fonds nécessaires pour obtenir sa liberté. Quiconqile résiste au paiement de la dîme reçoit d'elle un appui moral et ma-

DECXitME PARTIE y GHA.P. II| § I. a 3

tériel. Un jouri en i837 » ®Ue accueille avec de longues acclamations un homme qui ^ assez riche pour payer la dîroe^ la refusée , et s'est laissé conduire en prison plutôt que d'obéir à la loi (i).

Mais c'est surtout aux approches d'une électia^ politique que l'association montre sa puîf^anee. Appliquée d'abord à la préparation des listes élec«to^ales , elle veille à l'inscription des électeurs indé* pendants et en fait les frais quand ceux*ci sont pauvres : si des orangistes sont indûment in* sisrits, elle poursuit elle-même leur radiation. Le jour de l'élection étant arrivé , elle fsdt des proclamations au peuple pour lui enseigner ses devoirs et ses droits ; elle lui dit les réformes nécessaires au salut du pays et les engagements que doit prendra tout candidat aspirant à ses suffrages ; elle proclame hautement les noms de ceux qui seuls ont droit à sa confiance , dit à chaque locaUtié le repré^ntaot qu'elle dpit élire ^ les n^érites singuliers de celui-ci , ses talents rares, ses vertus peu communes, et ne déclare pas moin$ ouvertement les vices , la servilité et Tincapacité du concurrent. L'élection &nie» Tdâsociation célèbre 9es victoires , si elle a tnpn^phé ; et, en ce cas de revers, pallie ^a défaite. Mais son œuvre électorale n'est pas encore terminée ; elle dé* cerne publiquement l'éloge aux citoyens, j^dis Itd'- • versaîres , et qui dans la dernière lutte ?e sont niontrés amis, de même qu'elle flétrit impitoyablement les défections imprévues. Elle s'attache surtout à surveiller la conduite de l'aristocratie : ijn pauvre fermier est-il chassé de sa, ferme pour avoir voté contre le gré de son propriétaire , l'association vient

a4 a^sisTAVCE a i^'oppression.

à son secours , lui donne une indemnité et livré le nom du propriétaire à l'animadversion générale. Quelquefois elle fait plus : lors d'une élection par* tielle arrivée en i836 (i), un malheureux électeur, qui était en prison pour dettes , reçut de son propriétaire j qui était aussi son créancier, la promesse d'être mis en liberté s'il votait pour le candidat tory. Le pauvre Irlandais, tiré de sa prison et amené dans la salle électorale pour y donner son suffrage, aUait peut-être céder à la séduction , lorsqu'au moment où il élevait la voix : « SoUviens-toi , lui cria sa femme venue là pour l'encourager, souviens-toi de ton âme et delà liberté. » Et le pauvre agriculteur, ayant voté selon sa conscience, retourna en prison. Dans une séance solennelle, l'association a décerné à cette femme héroïque une médaille d'argent sur laquelle est inscrite cette noble allocution : « /îemember your soûl and liherty (a). »

C'est un des caractères particuliers de l'association de ne pas seulement surveiller le gouvernement, mais de gouverner elle-même ; elle ne se borne pas à contrôler le pouvoir, elle l'exerce. Elle fonde des écoles, des établissements charitables, lève des taxes pour leur soutien , protège le commerce , aide l'industrie et fait mille autres actes (3) ; car, comme la définition de ses pouvoirs ne se trouve nulle part , la limite n'en est point marquée.

A vrai dire, l'association est un gouvernement dans le gouvernement : autorité jeune et robuste, née au sein d'une vieille autorité, moribonde et décrépite : puissance nationale centralisée qui broie et réduit en poussière tous les petits pouvoirs épars

Page 1