‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 10 sur 333 · XXX NOTICE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE

qu'en cas de déficit d'un quart, il y a souffrance ; si moitié, détresse ; si trois quarls, famine. La moindre intempérie de climat, le moindre accident de la saison capable de nuire à la récolte des pommes de terre, un jour de plnie, une gelée précoce, un printemps prématuré, sont le sujet de t^us les commentaires dans la société, dans la presse*, dans le parlement.

Chose étrange ! on a reconnu le danger, l'immense danger que la nourriture de tout un peuple dépendît d'un seul aliment, et la pomme de terre continue non- seulement d'être cultivée en Irlande, mais sa culture est en progrés, tandis que la quantité de terre ensemencée en céréales tend chaque année à se restreindre : tant'est puissant le joug de l'habitude, et le souvenir du péril prompt à s'effacera

Si, d'ailleurs, le nombre des pauvres a été diminué par la mort et l'émigration, ceux qui restent présentent toujours le même type hideux de misère et d'abjection.

La loi qui a été instituée pour venir à leur secours (la loi des pauvres, poor law) continue d'être régie par les mêmes principes, et de provoquer tout à la fois les plaintes de ceux en vue desquels elle a été faite et de ceux qui en portent la charge. Le pauvre accuse toujours le work-house (le lieu où est renfermé le pauvre) d'infliger à ceux qui y sont détenus un traitement indigne d'êtres humains, et le propriétaire reproche à ce régime d'être ruineux pour le riche sans soulager le pauvre.

Il faut reconnaître qu'en Irlande on est toujours, pour l'application de la loi des pauvres, placé entre un double écueil : si l'on veut secourir tous les pauvres, on tente l'impossible, parce que presque tous les Irlandais le sont plus ou moins ; si on ne secourt que les plus pauvres, on laisse sans soulagement de très-grandes misères. C'est dans ce dernier écueil qu'en Irlande on est tombé. « La vérité est,

* Voir la table statistique, à la suite de la notice ( note de la page xxx).

SUR L ETAT PRESENT DE L'IRLANDE. xx\i

disent les commissaires de la loi des pauvres dans leur dernier rapport, qu'en général, en Irlande, il n'y a de secours donné qu'à l'absolu dénûmenl (destitution). Il existe une très-grande détresse dans la classe qui ne reçoit aucun secours ^ »

En Irlande, le secours n'est donné qu'à des conditions qui éloignent de lui presque tous ceux auxquels il serait le plus nécessaire. La condition première pour l'obtenir, c'est d'entrer dans l'enceinte des murs dont se compose la maison de travail (w'ork-house). L'établissement qui porte ce nom trompeur, et qu'il serait mieux d'appeler dépôt de mendicité^ n'est en somme qu'une prison où l'on ne travaille pas et où le manque de travail est une aggravation. Chacun sait qu'il n'existe pas de réunion nombreuse de pauvres oisifs qui ne devienne promptement un foyer de vice, quelquefois de crime; et l'on a pu dire avec quelque raison dans ces derniers temps que, si rémigralion avait enlevé à l'Irlande sa meilleurepopulalion, laloi despauvres corrompaitlereste.

En imposant comme condition de l'assistance de pareilles rigueurs, on a voulu empêcher l'abus du secours. En réabté on en a supprimé l'usage. Le secours en Irlande n'est qu'une exception pour des misères exceptionnelles. Il n'y a que la misère abjecte qui l'invoque. En Irlande le iépôt de mendicité (le work-house) avilit et dégrade, en secourant. Quiconque entre dans ses murs prend la livrée iu paupérisme. Il en sort à jamais flétri. « Quand on veut désigner en Irlande des enfants perdus, on les appelle worktiouse boy, work-house girl ^ »

L'auteur de ce livre qui, en 1839, avait présenté comme les conjectures, ces funestes effets de la loi des pauvres \\xQn venait alors d'introduire en Irlande, ne se doutait pas \WQ ses prévisions seraient dépassées par la réaUté.

* Rapport du 8 mai 1862.

- Voir Rapport remarquable fait à l'association nationale pour la cience sociale sur le paupérisme en 1862. — Transactions, p. 6U.

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