PARTIE HISTORIQUE. i
L'Irlande n'a jamais eu d'une colonie que le nom. L'état de colonie implique une dépendance politique et législative envers la mère patrie et une condition d'infériorité auxquelles ne pouvait être soumise ni l'Irlande féodale de Henri II, ni llrlande protestante de Gromwell et de Guillaume III. •
L'Irlande est d'ailleurs trop près de l'Angleterre pour remplir les conditions d'une colonie ordinaire, que l'éloignement de la mère patrie protège en quelque sorte, et qui trouve une certaine indépendance dans l'impossibilité même où est la métropole de la gouverner sans cesse. Toute conquête voisine du pays ne saurait demeurer dans la situation intermédiaire que tient une colonie entre l'indépendance politique et l'entière sujétion. Il fallait nécessairement que l'Irlande, placée sous le sceptre de l'Angleterre, fût traitée en égale, ou en ennemie, faite libre ou esclave. Nous venons de voir comment elle ne pouvait être placée en état de servitude : elle reçut donc, théoriquement au moins, les privilèges de la liberté. Plus d'une fois, sans doute, l'Angleterre méconnut les droits qu'elfe avait consacrés; elle les viola toutes les fois qu'il lui plut de le faire; car, pour avoir donné à l'Irlande un gouvernement libre, l'Angleterre ne cessait pas d'être plus forte que celle-ci, et ses intérêts l'emportèrent souvent sur ses engagements et même sur ses passions. C'est ainsi que le premier des Tudors, Henri VII, soumit à une sorte de censure préalable toutes les lois proposées au parlement irlandais*; et plus lard, sous Guillaume III, quand l'Angleterre voulut d'un seul coup anéantir l'industrie et le commerce irlandais, 3llo alla jusqu'à soutenir que les lois du parlement anglais étaient obligatoires pour l'Irlande.
Mais, tout en se soumettant, l'Irlande protesta toujours contre ces abus de la force; et voilà que l'Angleterre elle-
' Loi Poynings. V. le chapitre précédent.
même reconnaît solennellement ses excès lorsqu'elle déclare ^ que jamais le parlement anglais n'a eu le droit de faire des lois pour l'Irlande, ni de porter atteinte à Vind& pendance du parlement irlandais. Avant que l'Angletern ,eùt reconnu ce principe, l'Irlande l'avait proclamé ellemême; et ce qui est digne de remarque, c'est qu'en s( déclarant libre elle agit non comme une colonie qui bris( ses fers et s'émancipe, mais comme un peuple qui rétabli son droit : bien différente des provinces américaines, don la déclaration d'indépendance fut un signal éclatant d( guerre à l'Angleterre, elle ne fut jamais plus étroitemen unie à ce pays que le jour où son indépendance parlemen taire fut constatée : c'est que cette indépendance était 1î condition première du pacte social ; par leur émancipation les États-Unis brisaient le contrat auquel l'Irlande restai fidèle en devenant libre. Burke a très-bien peint l'événe ment de 1782 en disant qu'il a été le 1688 de l'Irlande ^
Abolition de quelques lois pénales. — Conséquences de la déclaratioi de l'indépendance du parlement.
Le mouvement des volontaires, d'où naît la déclara tioi d'indépendance du parlement d'Irlande, a deux effets dis lincls : l'un général, qui intéresse tous les habitants di l'Irlande, catholiques et protestants; et un autre qui es spécial aux catholiques.
Sous le premier rapport, l'indépendance du parlemen irlandais, quoique profitant à tous, est un succès surtou pour les protestants qui, étant en possession de tous le avantages sociaux, sont les plus impatients de conquéri un gouvernement libre : ceux qui meurent de faim, le
1 En 4782.
^ Plowden, 1. 1, 5^1.