‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 99 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

vant celle du ciille; il ne s'agit plus de soumettre au joug les enfants indomptés de la vieille Hybernie, mais bien d'étouffer l'hydre de la superstition et du papisme réfugié en Irlande : et voilà pourquoi l'Angleterre, fanatisée par TÉcosse, se rue sur l'Irlande. Les colons anglais, qui, à cette époque, envahissent le sol irlandais, s'en emparent nonseulement pour y posséder des terres, mais encore pour y planter et y faire fleurir l'arbre de la vraie religion *. Ainsi font les Écossais de Jacques I*'^; de même les fanatiques de Croniwell; pareillement les partisans de Guillaume III. De 1615 à 1688, c'est-à-dire en moins de quatre-vingts ans, l'Irlande est religieusement envahie trois fois, et les occupants religieux y restent.

Ainsi, de même qu'en 1172, l'Angleterre s'était trouvée, après la première conquête, en face d'une société féodale, dont elle ne pouvait méconnaître les privilèges, de même, à l'époque des agitations du xvi« siècle, l'Angleterre protestante vit naître en Irlande une société religieuse dont elle ne pouvait ni ne voulait enfreindre les droits.

On ne comprendrait pas que dans ces temps d'enthousiasme religieux, auquel se mêlait quelquefois un singulier esprit de nivellement universel, il fût venu à l'idée des Anglais de placer les prolestants d'Irlande dans une condition politique inférieure à celle des protestants d'Angleterre : on eût alors regardé comme une impiété et comme une odieuse injustice tout privilège accordé aux Anglais à l'exclusion de leurs frères protestants d'Irlande.

Alors, il est vrai, il y eut de terribles conflits entre l'Angleterre et l'Irlande ; alors, sans doute, on vit encore des vainqueurs et des vaincus, et ce fut encore l'Angleterre qui fut victorieuse. Mais les vaihcus ne furent pas des Irlandais, ce furent des catholiques, les uns de race anglaise, les autres Irlandais d'origine. II y eut un parli religieux

* Expression usitée dans le style du temps (1650).

abattu, point de nation conquise. Pendant près de deux siècles la majorité des habitants de l'Irlande fut sans droits ni privilèges politiques ; mais elle ne fut point opprimée comme peuple, seulement comme secte.

Le moment où le parti papiste d'Irlande subissait la plus terrible tyrannie était précisément celui où l'Angleterre se montrait la plus libérale envers la seule population irlandaise qu'elle reconnût alors, c'est-à-dire les protestants. Jamais tant de sympathie n'avait existé entre les deux peuples; comme ils avaient la même passion rehgieuse, ils semblaient n'avoir qu'un intérêt commun ; et Cromwell exprima très-bien le sentiment public qui existait alors, en faisant ce qui ne s'exécuta définitivement que cent cinquante ans après lui, c'est-à-dire en déclarant l'Irlande unie à r Angleterre *.

Il est à remarquer que cette portion immense des habitants de l'Irlande qui ne jouissaient point des privilèges de la constitution n'en étaient pas directement exclus par la loi; tous même étaient, comme Irlandais, en droit de l'invoquer; leur incapacité ne provenait que de leur conscience, qui leur interdisait de prêter le serment religieux dont la loi avait fait une condition de l'exercice de presque tous les droits civils et politiques. Aussi, le jour où l'on a dispensé de ce serment les catholiques et les autres dissidents, ceux-ci se sont trouvés, ipso facto, en pleine jouissance de tous leurs privilèges, dont ils n'avaient jamais perdu le droit et dont l'exercice seul avait été suspendu; et ils ont alors tout aussitôt participé aux avantages de la société libre qui n avait jamais cesse d'exister en Irlande.

On voit par ce qui précède quelle est l'erreur de ceux qui croient expliquer la situation respective de l'Irlande et de l'Angleterre par la nature des rapports qui ont coutume d'exister entre une colonie et la métropole.

* En 1651; dans son plan d'union, l'Irlande envoyait trente membres au parlement.

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