‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 106 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

gleterre et les deux chambres irlandaises était le vice-roi d'Irlande.

Mais pendant longtemps ce grand dignitaire ne prit de la dignité que l'émolument. La charge de vice-roi d'Irlande était considérée comme une sinécure dont le gouvernement anglais avait coutume de disposer pour satisfaire quelque exigence politique. Quand un grand seigneur demandait un ministère, malgré une incapacité absolue, on le nommait vice- roi d'Irlande; c'était aussi quelquefois pour un grand personnage, pauvre ou ruiné, un moyen de faire ou de réparer sa fortune. Le vice-roi possédait dans sa vice-royauté deux palais magnifiques, l'un à Dublin, l'autre aux environs de la ville, mais il n'y résidait point. Le séjour de Dublin ne pouvait lui tenir lieu de Londres, où le retenaient ses habitudes et ses plaisirs. Il y a des vice-rois qui n'ont même pas paru une seule fois en Irlande : par exemple, lord Weymoulh, nommé en 1765^ D'ordinaire ils allaient y passer quelques mois seulement, de deux ans en deux ans, pour l'ouverture du parlement, après quoi ils revenaient en Angleterre. Quoitjue son séjour en Irlande fût aussi bref, le vice-roi n'en tirait pas moins de gros profits ; lord Wharton y gagna en deux ans 1,^00,000 fr. (45,000 livres sterling) -, C'était chose tellement insoHte en Irlande, qu'un vice-roi résidant, que lorsqu'en 1768 lord Townsend vint en cette quahté se fixer à Dublin, tout le peuple se refusait de croire au phénomène^.

En l'absence du vice-roi, le gouvernement était confié, par intérim, à trois lords justiciers choisis soit parmi les membres du conseil privé, soit parmi les juges des quatre cours, soit encore dans les hauts dignitaires de l'Église anghcane. C'étaient eux que le gouvernement anglais employait pour négocier de la majorité dans le parlement.

* Plowden, t. T, 372. — Gordon, t. Il, p. 244.

Gordon, t. II, p. 198. (En 1700.) •' Ibid.. t. Il, p. 245.

Il y avait toujours dans le parlement, dit le docteur Campbell, trois ou quatre personnages influents, dont la coalilion amenait nécessairement la majorké sur une question quelconque. C'étaient ces individus qu'U importait de gagner, et avec lesquels les lords justiciers traitaient en-' suite : la plus immorale et la plus scandaleuse des transactions intervenait alors. Les lords justiciers livraient véritablement à forfait l'administration de l'Irlande; ils remettaient à ces membres influents du parlement la disposition de tous les emplois et dignités dépendants du pouvoir exécutif, le revenu de l'Irlande, le fonds des pensions : moyennant quoi ceux-ci contractaient l'engagement illimité de faire passer dans le parlement toutes les lois que désirerait le ministre anglais. C'était mettre à V entreprise le gouvernement de l'Irlande: aussi ces vils agents sont-ils appelés, dans l'histoire et dans tous les mémoires du temps, du nom d'entrepreneurs (underlakers) *.

En vertu des pouvoirs qui leur étaient délégués, ils nommaient à tous les offices de lieutenant de comté, de shériff, de juges de paix, d'avocats de la couronne, d'agents comptables; ils donnaient les pairies, ou plutôt ils ne conféraient gratuitement aucun emploi ni aucune fonction; ils vendaient tout ce qu'ils donnaient. Le parlement, la justice, l'administration, tout était vénal en Irlande.

Les entrepreneurs avaient sur le vice-roi toutes sortes d'avantages : comme ils étaient toujours sur les lieux, ils connaissaient mieux que lui le courant des affaires et le fond des intrigues. Ils se prêtaient d'ailleurs avec bien plus de souplesse que le vice-roi à toutes les basses manœuvres dont on leur demandait d'être les instruments. L'office delà vice-royauté était devenu tellement ignoble, que le vice-roi ne pouvait plus le remplir. Tout le pouvoir étant placé dans ces agents, la vice-royauté n'était plus qu'une dignité

* Hardy's Life of lord Charlemont, 1. 1, 217. — Plowden, t. I, 385.

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