PARTIE HISTORIQUE
teint cet esprit philosophique ne comprennent plus qu'on refuse aux catholiques des droits que l'on reconnaît aux protestants*; tous les hommes, étant égaux, doivent participer également à tous les bienfaits de la conslitution : de là une conséquence toute naturelle, c'est qu'il faut établir le suffrage universel ^.
Alors tous les esprits sont saisis comme d'une fièvre ardente d'innovation générale. On va refaire la société à neuf: les projets de régénération abondent, toutes les réformes sont proposées à la fois : la réforme parlementaire, la réforme sociale, la réforme politique, la réforme religieuse. Chacun a son système, chacun a rêvé un plan de constitution nouvelle ^.
La révolution française a remué tous les peuples; mais il ne se trouve peut-être pas dans le monde un pays auquel elle se soit aussi vite et aussi fidèlement communiquée qu'à
L'Irlande a désormais les yeux fixés sur la France; tout ce qui se passe dans ce dernier pays la touche profondément. La cause de la France esta ses yeux celle de tous les peuples asservis qui aspirent à la liberté *.
Non-seulement l'Irlande sympathise avec la France, et prend toutes les passions de celle-ci, mais encore elle lui emprunte ses mœurs, son langage, le style de ses lois, et toutes ses nouvelles allures révolutionnaires.
Les volontaires de Dublin s'étant constilués en milice bourgeoise prennent le nom de garde nationale^. A Belfast, à Dublin, on célèbre annuellement le triomphe delà hberlé
* Hardy'sLife of lord Charlemonl, 1. 11, 'iSO.— « To ail classes of iiiun « whatever... »
^^ Haidy's lire oilord Charlemoiit, t. II, 524.
'' Rellasi politics. (Compilation publiée en 1794 à Belfast.)
* Right or wr-ing, success to tlic Fienchl They are figliting our baltles; and if they fail.. adieu to liberty in Ireland for one ccntury, Tonos memoirs, t. I, 205. — Ibid., 190-195.
» Hardy'slifeoflord Charlemont, t. 11. 550. — Gordon, t. 1.1,322.
i8i PREMIÈRE PARTIE.
française. L'anniversaire de la prise de la Bastille devient une fête nationale ^ Dans les assemblées publiques, on substitue à la harpe irlandaise le bonnet de la liberté ^ Dans les clubs, dans les meetings, les orateurs se déclarent citoyens du monde entier^.
Dans des banquets civiques on porte les toasts suivants :
« A la souveraineté du peuple! aux droits de l'homme (1792)*. — Puisse la philosophie éclairer les peuples, et ne faire d'eux tous qu'une grande famille (1792) ^ o Dans une fête nationale un drapeau est déployé, sur lequel on lit l'inscription suivante :
« A notre sœur des Gaules ! Elle est née le 14 juillet 1 789 ! Ilélas! nous sommes encore à l'état d'embryon (1792) ®. »
L'Irlande sourit à tous les succès de la France, et pleure sur tous ses revers. Elle apprend une victoire des armées françaises sur le Rhin, et une illumination générale à Dublin célèbre ce triomphe ^
La presse participe à celte imitation du langage français. Un patriote fait-il une publication libérale, il la signe : Enfant de la liberté *. Un certain nombre de citoyens s'assemblent-ils pour prendre une résolution patriotique, on voit, par la forme de leur engagement, qu'ils sont préoccupés du serment du Jeu de Paume, et jaloux de l'imitera II devient assez commun en Irlande de s'appeler du nom de citoyens ^".Onvoit, dans les Mémoires de Wolf Tone, que ses amis et lui se qua-
* Tones memoirs, t. I, 158. — Belfast politics, 17. — Gordon, t. II, 322.
- Ilardy's life of lord Charlemont, t. II, 225-330. ^ Relt'ast politics, 17.
* Ibid., 48.
^ Ibid.
« Ibid., 55.
"* Tone's memoirs, t. II, 200.
^ A liberty boy. V. Tone's memoirs. 1. 1, 576.
« Ibid., 78.
*o Ibid., 110.