‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 112 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

lifient de sans-culottes ^ Dans leurs joies patriotiques, les Irlandais-Unis crient connnfie en France : Vive la nation^!

Lorsqu'en 4798 l'expédition française, envoyée par le Directoire pour révolutionner l'Irlande, aborda sur les rives du Connaught, dans la baie de Killala, on répandit dans tout le pays, afin de soulever les populations, une espèce de Marseillaise :

Éveillez-vous, enfants de l'Hibernie, Le jour de gloire est arrivé, etc. ^

Quelquefois le patriotisnne irlandais fait à la France républicaine des emprunts dépourvus d'intelligence; c'est ainsi que, pour exciter les Irlandais à s'unir aux armées républicaines, on parle de l'harmonie qui va s'établir entre la harpe irlandaise et la fleur de lis de France^.

C'est surtout à l'influence de la révolution française qu'il faut attribuer le changement immense qui s'opéra dans l'esprit et dans les principes des volontaires irlandais. Ces volontaires, quelque libéraux qu'ils fussent, ne cessaient pas d'être protestants; et ils ne poursuivaient guère que pour eux-mêmes les libertés et les droits pour lesquels ils combattaient, et dont, soit préjugé, soit passion religieuse, ils jugeaient les catholiques peu dignes. Ils avaient, il est vrai,réclamé en faveur de ceux-ci quelques modifications dans

* Tone's memoirs, t. I, 189.

nbid., 172.

^ Uicli. Musgrave, Irish rebellions appendix, 78 :

Rouse, Hibernians, from your slumbersl See ihe moment just arrived, Imperious tyrants for lo humble Our French Brelhren are at hand.

— Erin's sons, be nol faint hearted W'elcome sing then ça-ira,

From Killala they are marching To the tune... of Vive-là.

— To armsi...

* Rich. Musgrave, Irish rebellions appendix, 165:

The fleurs-de-lys and harp we will display While lyrant herelics shall raould to clay.

les lois pénales, mais ils Sollicitaient plutôt un adoucissement à la persécution qu'un retour complet à la justice; leur libéralisme ne s'était jamais entièrement dégagé de l'esprit de secte et de l'orgueil de race. Ils traitaient les catholiques en inférieurs, alors même qu'ils leur prêtaient secours; ils exerçaient sur ceux-ci une sorte de patronage. Maintenant ils s'associent à eux comme à des égaux; et, en 4792, dans le but d'amener la fusion des partis et des rangs, les volontaires prennent le nom d'Irlandais-Unis ^

Cette union nouvelle, qui se forme entre protestants et catholiques, ne se manifeste pas seulement par des actes politiques, elle se montre encore dans les moindres détails de la vie sociale. Un banquet patriotique est donné à Belfast, et l'on y place côle à côte un catholique et un protestant, en signe d'arcord et d'harmonie-.

La métamorphose des volontaires en Irlandais-Unis est un des faits les plus considérables de cette époque, et mérite de fixer l'attention du lecteur.

Et d'abord le trait principal des Irlandais- Unis, c'est qu'ils prennent à la France presque toutes leurs inspirations. On voit, dans les Mémoires de Tone, fondateur de l'association, que l'un des principaux objets du comité était de constater et de publier tout ce qui se passait d'important en France ^.

C'est pour la réforme irlandaise le point de départ d'une ère nouvelle. Jusqu'alors l'Irlande révolutionnaire s'était plutôt inspirée du génie américain ; maintenant elle invoque tout à la fois les noms de Washington et de la Fayette, de Franklin et de Mirabeau*.

* Tone's memoirs, t. I, 176. — On rencontre ce nom pour la première fois, à la date du 18 août 1792, dans les mémoires de W. Tone. C'est lui qui, dans un banquet d'amis, propose de former une société appelée les Irlandais-Unis.

'-^ Ibid.. 162.

■' Ibid., 69.

* Ibid., 270.

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