‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 113 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

L'organisation militaire des Irlandais-Unis se modèle entièrement sur celle des volontaires * ; mais leurs principes ne sont plus les mêmes'. Les volontaires s'étaient formés pour protéger l'Irlande contre l'invasion des ennemis de l'Angleterre. Les Irlandais-Unis sont en sympathie ouverte avec la France, et convient celle-ci à l'invasion de l'Irlande. Mais ce qui surtout caractérise cette transformation des volontaires wliigs en Irlandais-Unis, c'est le changement subit qui s'opère dans le fond de leurs principes politiques.

Ils montrent tout à coup une violente haine contre les whigs, et un profond mépris pour les procédés lents et réguliers de la réforme ^ ils s'efforçaient jusqu'alors d'obtenir du gouvernement anglais et de leur propre parlement l'abolition des lois mauvaises, et l'adoption de lois salutaires ^. « Il faut, disent-ils maintenant, ou que le gouvernement change entièrement son système, ou qu'il soit luimême violemment renversé*. » 11 leur faut une réforme compile, absolue, ou mieux vaudrait que l'on ne changeât rien. Tone s'afflige de ce qu'un bill d'émancipation partielle pourra donner aux catholiques une demi-satisfaction ^ 11 faut secouer le joug de la tyrannie anglaise; il faut briser le lien anglais, source de tous les maux de l'Irlande^; il faut, pour améliorer la condition du peuple, abattre une vile et odieuse arislocratie"^; il faut, en émancipant l'Irlande^ couper la main droite de l'Angleterre®. Tels sont les vœux, les sentiments, les principes nouveaux des réformateurs irlandais.

Et à mesure que la France républicaine s'avance dans les

* Tone's memoirs, t. I, 207.

^ Ibid., t. I, 125. — Ibid., t. II, 172. — Ibid., 136. ^ Ibid-., 1. 1, 245.

* Ibid., 199.

3 Ibid., 245, 247,249.

« Ibid., 51.

" Ibid., t. II, 135.

« Ibid., 1. 1, 175.

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voies révolutionnaires, ils la suivent. La doctrine que la fin^ justifie les moyens s'établit en Irlande ^; et on y voit des amis ardents de leur pays et de la liberté travailler de tous leurs efforts pour amener une invasion française. Voici l'ordre des idées : il faut que l'Irlande s'affranchisse du joug anglais : elle est trop faible pour s'en délivrer elle-même; il y a donc nécessité pour elle d'appeler l'étranger à son secours. Et tous les ardents patriotes invoquent à grands cris les armées françaises. « Dix mille Français suffiraient pour séparer l'Irlande de l'Angleterre, écrivait Wolf Tone en 1795 *. » Et que fera-t-on, une fois le gouvernement abattu? de terribles rêves de vengeance et d'extermination traversent alors l'esprit des réformateurs. Les aristocrates, disent-ils, sont sans pitié; ils n'en méritent aucune^.

Cependant, au milieu de ces méditations révolutionnaires, le chef des Irlandais-Unis, Wolf Tone, qui est venu en France pour négocier auprès du Directoire une invasion française et républicaine en Irlande, se trouve en rapport avec le général Hoche, chef projeté de l'expédition, qui, dans un entrelien particulier, lui dit ces paroles : « L'abondance du sang répandu, dit Hoche, a fait à la liberté un mal immense, et suscité des difficultés sans nombre à la révolution française. Quand vous guillotinez un homme, vous vous débarrassez, il est vrai, d'un individu ; mais vous faites de chacun de ses amis et parents un éternel ennemi du gouvernement*. » Et frappé de ce langage, Wolf Tone estime qu'en cas de révolution il serait mieux d'éviter toute réaction sanguinaire.

^ Tone's memoirs, 1. 1, 216. 2 Ibid., 108 et '279.

^ Ibid., t. 11,89,161 et 160.

* Ibid., 167. Ibid., 135.

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