PARTIE HISTORIQUE
Après eux, il s'arrête tout court : de là date la réaction. Au mois d'août 1792, les chefs du parti whig étaient encore d'accord avec les Irlandais-Unis partisans de la république '. A cette même époque (7 août 1792), le clergé catholique fait encore cause commune avec eux ^. Leurs liens avec les propriétaires catholiques ne sont pas rompus '.
1793 arrive, et le parti patriole irlandais est frappé au cœur : Tespril public change subitement, tous les rêves de progrès se dissipent el toutes les illusions de la liberté s'évanouissent*. Le grand Burke, dont le génie avait adopté la cause irlandaise, se relire aussitôt d'elle. Dès le mois d'octobre 1792, le clergé catholique se sépare en masse des réformateurs ^; et, lorsqu'en 1 794 la question du suffrage universel est présentée dans la chambre des communes, Grattan, le chef des vvhigs, la combat de toute sa puissance ^. « Comparez, ditTone, chef de la société des Irlandais-Unis, notre comité en 1 795 à ce qu'il était en 1 792 ". »
Les plus ardents démocrates d'Irlande ne peuvent, en apprenant les journées de septembre, se défendre d'une certaine terreur. Cependant Wolf Tone se rassure en considération du caractère irlandais. « En France, dit-il, le peuple assassine, et ne vole pas; la population irlandaise ferait l'inverse : elle pillerait tout le inonde et ne tuerait personne^. »
Le gouvernement anglais, que les agitations de l'Irlande alarmaient depuis longtemps, saisit avec ardeur l'occasion qui s'offrait à lui d'y frapper mortellement l'esprit révolu-
» Tone's memoii's. t. I, 175. — Ibid., t. II, 166-168
^ Ihid., t. I, 169-170.
'• Ibid., 189. • '
4 Ibid., 275.
5 Ibid., 197-198.
6 Hardy's life of lord Charleniont, t. II, 524. " Tone's memoirs, t. I, 258.
8 Ibid., 182.
tionnaire ^ Sans rencontrer aucune opposition redoutable dans la population irlandaise, il dissout et supprime les volontaires, interdit la formation de corps armés sans l'autorisation du pouvoir exécutif, fait désarmer les citoyens, envoie de fortes garnisons dans les villes^; interdit les discussions publiques dans les clubs, prohibe la vente des munitions de guerre; et, afin que dans l'avenir il ne puisse pas s'établir à côté du parlement légal un parlement irrégulier délibérant au nom de la nation et sous le mandat des passions populaires, une loi est rendue qui interdit à l'avenir toute assemblée de citoyens délégués à l'effet de délibérer en convention sur les affaires publiques '\ Ces mesures énergiques sont partout mises en vigueur; elles ne rencontrent quelque résistance qu'à Belfast, où toutefois le peuple est bientôt réduit par la force.
Alors l'Irlande, lout à l'heure si agitée, reprend son immobilité. Elle était prête à s'engager dans la république, et voilà qu'à présent elle murmure à peine le mot de Hberté.
Cependant, à cet affaissement de l'esprit public en Irlande, survivent encore quelques passions patriotiques isolées, mais ardentes.
Dépouillés de tous leurs moyens publics d'action, les réformateurs en cherchent d'autres. L'association des Irlandais-Unis subsiste toujours. Seulement, comme elle est menacée par les lois, au lieu de procéder au grand jour, elle agit désormais dans l'ombre. Auparavant elle attaquait le gouvernement dans les clubs, dans la presse, dans ses conventions nationales; à présent elle conspire. Libre jadis de consulter le peuple, elle recevait ses instructions, et « -
* Le ministère anglais, dit Wolf Tone, dans ses Mémoires, profila de la terreur causée par les liorreurs de la révolution française, t. 1, 105.
2 Belfast politics. 155.
^ 1793. The convention-act.