‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 116 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

était plus ou moins tenue de s'y conformer; maintenant, forcés d'agir secrètement, les meneurs de l'association ne prendront leur mandat qu'en eux-mêmes, et conduiront l'Irlande suivant leurs vues et leurs passions personnelles. Le peuple irlandais ne peut plus dire à ses agents quand et comment devra se faire la réforme; ceux-ci auront donc à aviser le moment et les moyens. Or, ces chefs du parti populaire, voyant le pays retombé sous le joug, et trop abattu pour se relever, estiment que l'Irlande ne peut plus dorénavant faire elle-même sa révolution. En conséquence, ils résolvent d'appeler en Irlande des soldats étrangers, qui délivreront celle-ci de ses fers ^ De là les trois tentatives d'invasion en Irlande, entreprises par la France, de 1796 à 1798, et négociées avec le Directoire par les principaux membres de la société des Irlandais-Unis ; de là l'insurrection fatale de 1798; de là enfin l'union parlemen* taire de l'Irlande à l'Angleterre, accomplie en 1800.

§IV

Invasion de l'Irlande par la France, et insurrection de 1798.

On trouve dans les Mémoires de Tone les détails les plus intéressants sur cette insurrection et sur ces trois expéditions. L'insurrection de l'Irlande et les invasions de la France devaient être combinées de façon à se prêter un mutuel secours. Wolf Tone, Irlandais d'origine, et qui avait été agréé par le Directoire en qualité de général de brigade ^ n'était, en réalité, auprès du gouvernement français, que l'agent diplomatique de la société des Irlandais- Unis. Tone, Irlandais dans l'âme, enlhousiaste par nature, partisan fanatique des idées françaises et républicaines, déploya une ardeur extrême et une remarquable intelligence

* Tone's memoirs, t. I, 279.

- Sons le nom du général Smith.

à engager le Directoire dans une entreprise sur l'Irlande. Il exploita très-habilement l'idée fixe di^ tous les politiques français duttunps, qui était une descente en Angleterre, et parvint à persuader à tous les membres du gouvernement français que l'on ne pouvait mieux attaquer l'Angleterre que par l'Irlande.

On voit dans ses Mémoires commeni, à la fin de l'année 1796, une expédition, sous les ordres du général Hoche, fut préparée, et dans quelles circonstances la Hotte expéditionnaire s'étant, à son arrivée sur la côte d'Irlande % trouvée séparée du vaisseau qui portait le général, fut obligée de rebrousser chemin, et de revenir à Brest, son point de départ, sans avoir tenté le débarquements

Il tint à peu de chose, si l'on en juge par ces Mémoires, que Napoléon ne fit une expédition en Irlande au heu de sa campagne d'Egypte. Deux raisons l'arrêtèrent : d'abord, il èlait peu jaloux d'exécuter une cnlreprise que Hoche avait conçue; et, en second lieu, il montrait déjà à cette époque une répugnance singulière pour les jacobins français, avec lesquels les Irlandais-Unis avaient contracté d'étroits liens ^.

L'expédition de Hoche ne s'étant point accomplie, par suite de plusieurs circonstances malheureuses, quelques autres événements vinrent retarder l'exécution des desseins de la France sur l'Irlande. On attendait cependant toujours les Français dans ce dernier pays, et le plan d'une vaste insurrection s'y préparait sans relâche. Cette insurrection devait suivre immédiatement le débarquement des troupes

* Dans la baie de Bantry.

2 Tone's memoirs, t. II, 245-269.

'^ Ibid., 4d2. — «Whatwould thèse gentlemen hâve (disait Napoléon à Wolf Tone, le 2 février 1798, en parlant des jacobins), France is revolutionized! Holland is revolutionized! Italy is rcvolutionizcd ! Switzerland is revoluiioiiized! Europe will be soon revolutionized! But is seems it is not enougli to coulent tliem! 1 kjiow ^\^e\\ what they want : Ihey want the domination ot thirty or forty individuals, founded on*the massacre of three or lour millions. »

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