PARTIE HISTORIQUE
coups de foiiel, que l'on met à la question, que l'on pend à moitié, afin de leur arracher des aveux *. Un homme d'un mérite éminent, sir Edouard Crosbie, s'était prononcé en faveur d'une réforme parlementaire ; le juge mihtaire en conclut que cet homme est républicain, et en conséquence il le traduit à sa barre ^. Des témoins non suspects, des protestants, amis dévoués mais impartiaux du gouvernement, se présentent en foule pour déposer en faveur du prévenu; mais on repousse leur témoignage; ils veulent forcer l'entrée du tribunal, où ils savent que Ton accuse un homme innocent qu'un mot de leur bouche peut sauver; mais ils sont contraints de s'arrêter devant la baïonnette des soldats, qui les repoussent violemment^. Ce n'est pas tout : comme il n'existe point de témoins contre l'accusé, le juge mihtaire en va chercher dans les prisons; à ceux-ci il promet la vie s'ils font une déclaration contraire à l'accusé; l'intimidation, les tortures même sont employées pour obtenir de ceux-là un faux témoignage*. En dépit de tous ces moyens, nulle apparence de crime ne peut être créée. Cependant le sort de l'accusé n'est pas un instant douteux; un homme grossier, ignorant et brutal, président du conseil de guerre, prononce l'arrêt de mort, et le fait exécuter aussitôt.
Tout, dans ces cours de sauvage justice, était mis en usage pour trouver des coupables, tout, jusqu'aux preuves mêmes de l'innocence! Qui le croirait? c'était, aux yeux du tribunal, un grave sujet de suspicion que d'avoir, nu milieu même de la guerre civile, arraché des protestants à la fureur des rebelles; car ce crédit sur les catholiques indiquait qu'on
* Hardy's life of lord Charlemont, t. Il, 399.— Gordon, t. II, 402. « Gordon, t. II, 390.
^ Protestant loyalists were forcibly prevented by bayonnets of the miiitary from entering Ihe court. Ibid., 591.
* Catholic prisoners had been tortured by repeated floggings lo force lliem to give évidence against him. Ibid., 391.
tenait à leur parti, et appelait la rigueur du juge. « Je défie de prouver que j'aie sauvé la vie de personne! » s'écrie un catholique, qui a compris les périls de la compassion et dé la générosité ^ L'historien qui raconte ces faits est un protestant anglais dont toutes les sympathies sont pour les hommes que son impartiahté l'oblige pourtant de flétrir.
En peu de temps, deux cents victimes tombent ainsi sous la main du bourreau l
Souvent le supplice légal des condamnés ne suffisait pas aux passions qui l'avaient obtenu. Lorsqu'à Wexford les sentences prononcées par la cour martiale furent mises à exécution, on mutila les cadavres des victimes, on les souilla de mille traitements indignes, et on les jeta à la rivière, après en avoir séparé leurs têtes, que l'on cloua sur les murs extérieurs du tribunal^ Quelquefois, après avoir pendu le condamné, on le remettait sur ses pieds, de façon qu'il reprît ses sens; puis on le pendait de nouveau, et on multipliait ainsi à plaisir les tortures de la strangulation*.
Les blessures profondes que fit à la pauvre h'iande cette terrible répression restèrent pendant longtemps ouvertes et saignantes. L'armée anglaise avait détruit toutes les moissons sur son passage : il en résulta, pour la population d'Irlande, une famine générale qui dura deux années ^ On évalue à plus de trente mille le nombre d'individus tués de part et d'autre dans cette affreuse période; et les dévastalions comtnises au milieu de la guerre ont été estimées à 80,000,000 de francs «.
L'insurrection était abattue en Irlande, lorsque deux corps d'armée français y débarquèrent; le premier, fort seulement
' Gordon, t. II. 456.
2 Ibid., 599.
s Ibid., 419.
* Encyclop. britann., v°Ireland, 385.
■> Gordon, t. III, 267.
« Ibid.