‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 119 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

de mille hommes, sous les ordres du général Humbert, parti de la Rochelle, débarqua, le 22 août 1798, dans la baie de Killala, eur les côtes du Connaught * ; et, après une victoire remportée à Casllebar, ayant rencontré un peu plus loin lord Cornwallis, vice-roi d'Irlande, qui commandait en personne l'armée anglaise, vingt fois plus nombreuse que la sienne, engagea contre celui-ci un combat, où il fut battu et fait prisonnier ^. L'autre corps d'armée, fort de trois mille hommes, portés par un vaisseau de ligne et huit frégates, sous les ordres du général Hardy, partit, le 20 septembre 1798, de la baie de Camaret, et alla aborder, le 10 octobre suivant, sur les côtes de l'Ulster, au nord de l'Irlande, à l'entrée du lac Swilly, où, après un terrible combat soutenu contre les flottes anglaises, il lui fallut se rendre^. Wolf Tone faisait partie de cette expédition, où il avrjt un commandement comme général au service de la France; il fut pris, reconnu, jugé et condamné à mort. Tel fut le triste et fatal dénoûnjent de ces tentatives d'invasion dont quelques esprits ardents attendaient la régénération de l'Irlande, et qui ne furent, pour celle-ci, que la cause ou le prétexte de nouvelles et plus terribles persécutions.

Conséquences de la rébellion de 1798. — L'union.

Après la crise de 1798, l'Angleterre, tenant sous sa main l'Irlande rebelle et vaincue, la châtie sans réserve et sans pitié. Vingt ans auparavant, l'Irlande était rentrée en possession de ses libertés politiques; l'Angleterre conserve un souvenir amer de ces succès de l'Irlande, et elle va profiter de l'abaissement de celle-ci pour la replacer sous un joug plus dur.

* Tone's memoirs, t. II, 510.

^ Ibid., t. II, 520.

•' Ibid , t. 11,525.

Le parlement d'Irlande, depuis qu'il a recouvré son indé pendance, est devenu gênant pour l'Angleterre; il faut, poui s'en rendre maître, des soins infinis de corruption, en dépi' desquels on rencontre encore chez lui des résistances; l'occasion est favorable pour le supprimer : en conséquence, le gouvernement anglais résout de l'abolir.

A celte nouvelle, la pauvre Irlande s'agite un instant, comme un corps qui vient d'être privé de vie se remue encore sous le fer qui le mutile et le déchire Sur trente-deux comtés, vingt et un réclament énergiquement contre la destruction du parlement irlandais. Ce parlement, auquel on est obhgé de demander un acte de suicide, le refuse S et maintient par son vote son existence constitutionnelle.

Indigné de la servihté qu'on ose demander au corps dont il fait partie, Grattan repousse avec véhémence le projet ministériel*. Mais toutes ces résistances seront vaines. La seule qui, en définitive, élève un obstacle sérieux aux vues de l'Angleterre est celle du parlement irlandais, qui ne veut point voter son anéantissement. Eh bien , jusqu'alors on avait acheté ses actes; on va, cette fois, acheter sa mort. La corruption est aussitôt pratiquée sur une vaste échelle ; des places, des pensions, des faveurs de toute sorte, des pairies, des sommes d'argent sont prodiguées; et les mêmes hommes qui, en 1799, avaient repoussé le projet d'union, l'adoptent, le 26 mai 1800, à une majorité de cent dix-huit voix contre soixante-treize. On a calculé que, sur les cent dix- huit votants, il y en avait soixante-seize qui étaient ou pensionnaires de l'État, ou fonctionnaires publics. Une des plus grandes oppositions à l'abolition du parlement irlandais venait des riches propriétaires d'Irlande, qui, au nombre de leurs privilèges aristocratiques, possédaient celui de dis-

* En 1799.

- Gratlan's Speeches. — Collection des discours de Grattan, prononcés tant au parlement d'Irlande qu'au parlement d'Angleterre, et publiés par son fils. 4 vol. in-8, 4822.

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