‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 125 sur 333 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ASPECT EXTÉRIEUR ))E l'iRLANDE. — MISERE DE SES HABITAMS

L'Irlande a été, par un destin fatal, jetée sur l'Océan auprès de l'Anglelerre, à qui elle semble enchaînée par les mênnes liens qui unissent l'esclave au maître.

Ses rivages sont hauts; et à la différence de l'Angleterre dont le sol, exhaussé vers le centre, va toujours en s'abaissant jusqu'à la plage, elle présente au miheu un vaste plateau dont les sommets qui l'entourent sont comme les rebords.

Cette conformation extérieure explique le cours rapide et bref de presque toutes ses rivières qui, jaillissant des montagnes, naissent pour périr presque aussitôt, et trouvent à côté même de leur source un tombeau dans le sein des mers.

11 existe cependant en Irlande un grand fleuve, tel que n'en possèdent ni l'Angleterre ni l'Ecosse; c'est le Shannon qui, par un accident extraordinaire en Irlande, naît dans la plaine intérieure de ce pays, et qui, placé ainsi sur

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une surface unie dont les contours se relèvent, est comme emprisonné dans un grand vase, d'où il semble ne pouvoir sortir qu'en débordant. Mais ses eaux privilégiées ne trouvent point d'obstacle sur leur passage; une pente douce et presque insensible s'offre constamment à leur cours que nulle aspérité ne vient ni précipiter ni suspendre. Abondant et fécond là où de faibles ruisseaux se tarissent près de leur source, majestueux et tranquille aux mêmes lieux où d'autres fleuves bondissent et disparaissent comme des torrents, le Sbannon, dans une course de plus de deux cents milles, distribue à la moitié de l'Irlande le bienfait de ses ondes, et s'avance lentement vers l'Océan, dans lequel il ne se jette pas, mais avec lequel il se confond.

La nature semble avoir doté l'Irlande de ses dons les plus généreux ; elle a enrichi ses entrailles de métaux précieux, versé à pleines mains sur le rocher qui lui sert de base le sol le plus fertile du monde;, elle a donné à sor commerce maritime les plus beaux ports, dont quatorze sont propres à recevoir des vaisseaux de guerre; et comme si elle l'eût destinée à une grande fortune, elle l'a placée à l'ouest du continent, comme une sentinelle avancée, dé positaire des clefs de l'Océan, chargée d'ouvrir aux vaisseaux d'Europe la roule d'Amérique et de présenter auj vaisseaux d'Amérique le premier port européen.

Et après lui avoir fait ces riches présents, elle a encon travaillé à l'embeUir. Elle a dessiné ses montagnes avec une grâce infinie, parsemé ses vallons de prairies et d( lacs, et, la recouvrant tout entière d'une brillante robe d( verdure, elle a voulu qu'on l'appelât, dans la langue di poète, la verte Erinn, la belle Èmeraude, première fleui de la terre, première perle des mers :

FirsL flower of the earth, First gem of ttie sea.

Cependant, en elépit des ornements qu'elle porte et des

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