‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 128 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le protestant, qui, en Irlande, a le privilège du rang, de la puissance politique et de la ricliesse, a eu aussi pendant longtemps ie monopole de l'éducation. Jusqu'à ces derniers temps il n'y existait d'école primaire que pour les protestants; aujourd'hui encore le catholique ne trouve point dans les établissements consacrés à la haute instruction la même faveur que le protestant ; il ne s'y sent point sur un terrain ami. Ainsi, tandis que tout est calculé pour développer les facultés intellectuelles du riche, le pauvre était abandonné à lui-même et laissé dans son ignorance.

On conçoit sans peine combien ces deux classes opposées, constituées ainsi chacune sur une base longtemps immuable, ont dû se développer et s'étendre, l'une dans la sphère de sa puissance, l'autre dans le cercle de sa misère et de sa servitude.

U faut réfléchir longtemps à ce passé de plusieurs siècles ; il faut se représenter le riche et le pauvre suivant invariablement, pendamt des siècles, deux voies opposées, l'une menant à l'extrême richesse, l'autre à l'extrême misère; il faut se rendre compte des effets logiques et nécessaires de ces deux principes, le premier, d'accroissement perpétuel, le second, de ruine progressive, se fortifiant l'un l'autre, et trouvant une nouvelle puissance d'action dans chacune de leurs conséquences ; il faut, dis-je, méditer longtemps sur ces causes pour comprendre les excès de luxe auxquels est arrivée l'aristocratie irlandaise, et la lèpre invétérée de misère dont est couverte la pauvre Irlande.

Les possessions du riche s'étendent quelquefois, en Ir^ lande, dans des proportions dont l'immensité nous paraît presque chimérique. Le riche s'est fait, sur cette contrée de misère, une destinée magnifique; il a des châteaux spleiidides, des domaines sans bornes, des montagnes, des prairies, des forêts, des lacs ; il a tout cela, et souvent il le possède deux et trois fois.

C'est là l'Irlande heureuse. Il faut, pour la voir, choisit*

son point de vue tout exprès, prendre çà et là un espaci étroit et isolé, en fermant les ytux à tous les objets envi ronnanls. La pauvre Irlande, au contraire, éclate à la vu de toutes parts.

La misère nue, affamée; cette misère vagabonde et fai néante, cette misère qui mendie, couvre le pays entier; ell se montre partout, sous toutes les formes, à tous les instant du jour; c'est elle que vous voyez la première en abordan aux rivages de l'Irlande; et, dès ce moment, elle ne cess plus d'être présente à vos regards, tantôt sous les traits d l'infirme qui étale ses plaies, tantôt sons l'aspect du pauvr costumé de ses haillons; elle vous suit partout, vous obsèd sans relâche; vous entendez de loin ses gémissements et se pleurs ; et si sa voix ne vous émeut pas d'une pitié profonde elle vous importune et vous fait peur. Cette misère sembl inhérente au sol et comnie un de ses produits ; pareille à ce fléaux endémiques qui corrompent l'atm.osphére, elle flélri tout ce qui l'approche, et atteint le riche lui-même, quin peut, au milieu de ses joies, se séparer des misères du pai vre, et fait de vains efforts pour secouer cette vermine qu' a créée et qui s'attache à lui.

L'aspect malèiiel du pays ne donne pas de moins triste impressions.

Tandis que le château féodal se montre, après sept siè des, plus riche et plus brillant qu'à sa naissance, vous voye c j et là crouler des habitations misérables, et celles-ci n se relèvent point. On est étonné, quand on parcourt l'Ir lande, de la quantité de ruines qui s'y rencontrent. Je n parle point ici de ces ruines pittoresques que font les âge en s'écoulant, et dont la vétusté décore le pays ; ces ruiner là appartiennent encore à la riche Irlande, qui les conserv avec soin comme des souvenirs d'orgueil et des monument d'antiquité; je veux dire ces ruines prématurées que cré l'infortune, ces pauvres habitations que délaisse un posses seur malheureux, et qui, n'attestant qu'une obscure misère

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