‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 13 sur 333 · XXX VIII NOTICE · texte numérisé non relu

XXX VIII NOTICE

(approvers), c'est-à-dire au procédé le plus immoral et le plus dangereux que puisse employer la justice humaine*. De pareils moyens assurent la répression ! Font-ils naître le sentmient de la justice et le respect des lois qu'il importerait tant de rétablir en Irlande? Pour une condamnation peut-être injuste qu'ils entraînent, combien amènent-ils d'acquittements scandaleux?

La persistance avec laquelle l'Irlandais quelquefois le plus honnête protège le plus grand criminel, dont à ses yeux le seul mérite est d'être en guerre contre la sociélé, prouve combien profondément a été atteinte dans l'âme de l'Irlandais, depuis des siècles, de génération en génération, la notion du juste et de l'injuste. En Irlande^ le crime n'est pas seulement puni; il est honoré. Tout récemment, le meurtrier de M. Fitzgerald, condamné pur le verdict de ses concitoyens, avait à peine subi la peine due à son forfait, qu'il était, dans la ville et dans le comté de Limerick, glorifié comme un martyr. Si l'Irlandais pouvait jamais avoir sous les yeux le spectacle d'une justice honnête et pure, il y croirait peut-être. Tant que cette foi ne sera pas entrée dans son âme, n'opposera-t-il pas à l'enu pire de la loi la ruse et la violence?

Du reste, si les passions dont en Irlande la terre est l'objet sont aujourd'hui moins souvent poussées jusqu'ai| crime, ces passions existent toujours en aussi grand nom* bre, et leur nature n'a pas changé.

La terre et sa possession sont toujours pour l'Irlandais 1^ bien suprême, ou, pour mieux dire, l'unique bien qui vaille la peine d'être recherché dans ce monde. « Je suis sur cetta terre, disait un petit fermier irlandais; c'est moi qui l'ai créée ce qu'elle est. J'y resterai ou je tuerai celui qui voudrai m'en chasser^. »

1 Voir, à la fin de la notice, la note de la page xxxviu. « Voir note (2); Ibid.

SUR L'ETAT PRESENT DE L'lULA^•DE. xxxii

Non-seulement l'Irlandais n'imagine pas qu'il y ail d'autre moyen d'existence en ce monde, il ne comprend pas d'autre moyen de bonheur. Même quand il s'exile, c'est l'occupation d'une terre que i^on imagination poursuit au loin. La terre n'excite pas seulement toutes les facultés de son esprit; elle est encore en pleine possession de son cœur. Elle remplit à elle seule l'âme de la population qui travaille ; elle absorbe tous ceux qui ont des loisirs par les perpétuelles terreurs qu'elle leur suscite. Les pauvres ne pensent qu'à l'occuper, les riches qu'aux dangers de sa possession. La terre et ses périls, tel est, après la famine, le perpétuel sujet de conversation dont l'Irlande fournit le texte. Toutes les pensées, tous les intérêts, toutes les passions, tous les entretiens, toutes les publications, toutes les querelles, tous les crimes s'y rapportent. Ces passions, que j'ai trouvées en Irlande il y a vingt ans, y sont toujours aussi vives.

L'ennemi de l'Irlandais est toujours celui qui un jour ou l'autre pourra le déposséder de la terre qu'il occupe, ou lui disputer la terre qu'il convoite, ou diminuer sur le marché irlandais le nombre des fermes dont l'exploitation est dans le connnerce. Cet ennemi est avant tout le propriétaire, qui, pour agrandir ses fermes et créer de grandes exploitations agricoles, supprime les petites cultures, et, en congédiant les fermi^s, accroît le nombre des concurrents à la possession du sol.

Il se pratique déjà depuis longtemps en Angleterre et en Ecosse une théorie économique qui, appliquée à l'Irlande, n'est probablement pas sans influence sur la perpétration des crimes violents qui s'y commettent, et qui est en effet propre à jeter l'alarme et le désespoir dans l'àme des pauvres Irlandais. Suivant ce système^ la terre n'étant qu'une manufacture comme une autre, le laboureur n'est que le ressort de la machine; et l'idéal de l'industrie agricole est d'obtenir de la terre la plus grande somme de produits

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