XL NOTICE
possible avec le plus petit nombre d'instruments humains. ! Le propriétaire doit agir comme tout autre manufacturier' qui, suivant son intérêt, supprime un rouage de la machine, ou la njachine elle-même, et l'envoyer ses honnnes comme ■ l'aulre met au rebut ses métiers.
Il existe au nord de l'Irlande, non loin du Httoral du ! comté de Donegal, une petite île nommée l'île d'Arran, j dont, il y a quelques années, une population de 1500 âmes! couvrait la surface. C'étaient tous de pauvres petits fermiers, ] vivant de la culture des pommes de terre, qui seule leur fournissait leur nourriture et le prix de leur fermage. La| ponnne de terre ayant manqué, une partie de ces pauvres | gens sont morts de faim; le reste a émigré. Les habita- i tiens des hommes ont été détruites. A la place de ces] 1500 êtres humains, il n'y a plus que du bétail, des bœufs | et un berger. C'est l'application pure de la théorie. i
La doctrine économique qui assimile l'industrie agri- \ cote aux autres industries est rigoureusement vraie. Jej n'entends point la contester, quoiqu'en fait il y ait bien i quelque différence entre ces métiers qui remplissent l'atelier i et ces honnnes qui couvrent les champs; entre ce ressort] de fer, pris, repris, brisé et délaissé sans qu'il sente rien, et! cette machine pensante qui, en travaillant à la terre, s'y at- . tache, et ressent une douleur si on l'en éloigne; quoique I l'air de la fabrique soit mortel à l'ouvrie» et que l'humanité-i soit d'accord avec l'économie politique pour placer le moins i d'êtres humains possible au service d'une machine à ] filer où au fond d'une mine, tandis qu'elle n'a qu'à se réjouir I si quelques pauvres familles, même surabondantes sur une, métairie, y passent doucement leur vie au grand air et au ] soleil. ■
Mais j'écarte ces objections; je tiens la Ihéorie pour juste ; et bonne en général. Je demande seulement ce qui arrivera;] si elle est rigoureusement appHquée à l'Irlande : c'est-à-dire, ' si la science économique emploie tout ce qu'elle a de pro-j
SUR L ETAT l'RESENT DE L'IRLANDE. xli
rétlés les plus perfectionnés el les plus habiles pour réduire el presque supprimer la population agricole d'un pays, où, pendant des siècles, la même science, dirigée par un autre principe et suivant d'autre calculs, a tout mis en œuvre pour accroître la population sans aucune limite.
Ce système, dont la conséquence première est la destruction de toutes les petites fermes, est cependant en voie de s'accomplir en Irlande. Chaque jour on apprend qu'en vue de son application , une foule de pauvres tenanciers sont expulsés de leurs fermes converties en pâturages, et qu'un petit nombre de gros fermiers appelés d'Kcosse prennent leur place ^ Mon erreur est grande, si, dans cette conduite dts propriétaires irlandais, ne se trouve pas une des causes qui contribuent le plus à troubler la population irlandaise, et à y entretenir cette agitation redoutable dont elle continue à présenter les symptômes.
Mais les choses qui fomentent l'agitation en Irlande ne tiennent pas seulement à la terre; il en e>t qu'il faut chercher plus haut.