‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 132 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

s'il lui fallait rappeler ici les scènes de deuil et de désolation dont il a été le témoin : répéter les hoquets et les cris de désespoir qu'il a entendus ; s'il lui fallait redire ce qu'il y a de douleur dans la voix d'une pauvre mère refusant un peu de pain à ses enfants affamés; et si, au milieu de ces misères extrêmes, il lui fallait peindre l'insultante opulence qu'étale le riche à tous les yeux ; ce parc et ces jardins immenses, où la main de l'homme a créé des eaux factices, des vallées, des collines artificielles; ce magnifique palais, que soutiennent dos colonnes du plus beau marbre de la Grèce ou de l'Italie, et que l'or d'Amérique, la soie de France, les tissus de l'Inde décorent à l'envi; le splendide toit destiné aux valets; la demeure plus superbe encore des chevaux; toutes les merveilles de l'art, toutes les inventions de l'industrie, et toutes les fantaisies de la vanité accumulées dans ce lieu, où le maître ne daigne même pas résider, et où il n'apparaît que de loin en loin; la vie somptueuse et indolente de ce riche, qui ne sait rien des misères dont il est l'auteur; qui ne les a jamais regardées; qui n'y croit pas; tire des sueurs du pauvre 500,000 francs de rente; dont chaque jouissance insensée ou superflue représente la ruine ou l'indigence d'un malheureux; qui donne chaque jour à ses chiens le repas de cent familles, et laisse mourir de faim ceux qui lui font cette vie de luxe et d'orgueil; s'il fallait que l'auteur de ce livre rappelât ici les impressions sinistres que lui a fait éprouver la vue de tels contrastes, et les terribles questions que de telles oppositions ont soulevées dans son esprit, il sent que la plume tomberait de ses mains, et il n'aurait point le courage d'achever la tâche qu'il veut accompHr.

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