CHAPITRE II
UNE MAUVAISE ARISTOCRATIE EST LA CAUSE PREMIERE DE TOUS LES MAUX DE l'iRLANDE. — LE VJCE DE CETTE ARISTOCRATIE EST d'ÊTRE ANGLAISE ET PROTESTANTE.
On Yient de voir combien est malheureux l'état de l'Irlande. Le premier besoin qu'on éprouve à l'aspect de tant de misères, c'est de rechercher qu'elle en est la cause; et celte cause, on souhaite surtout de la connaître, parce que, pour guérir le mal, il faut d'abord en savoir l'origine et la nature.
Commençons donc par dire la cause du mal, nous chercherons ensuite le remède.
On ne saurait considérer attentivement l'Irlande, étudier son histoire et ses révolulions, observer ses mœurs et analyser ses lois, sans reconnaître que ses malheurs, auxquels ont concouru tant d'accidents funestes, ont eu et ont encore de nos jours, pour cause principale, une cause première, radicale, permanente, et qui domine toutes les autres; cette cause, c'est une mauvaise aristocratie.
Toutes les aristocraties fondées sur la conquête et sur l'inégalité renferment sans doute dans leur sein ^bien des vices; mais toutes ne contiennent pas les mêmes, et n'en possèdent point un pareil nombre.
Supposez des conquérants qui, dès que les premières convulsions de la conquête sont passées, s'efforcent d'en effacer le souvenir en se mêlant au peuple conquis, prennent son langage, adoptent une partie de ses mœurs, s'approprient presque toutes ses lois, et pratiquent la même rehgion; supposez que ces conquérants, formés en société féodale, ayant à lutter contre des rois puissants et oppresseurs, cherchent un auxiliaire dans la population conquise,