DEUXIEME PARTIE
^^laiso est là qui foudroie les rebelles, et, quand tout est rentré dans l'ordre, l'aristocratie continue à toucher, comme par le passé, le revenu de ses terres.
L'aristocratie irlandaise a exercé un empire dont on ne trouve dans aucun pays un autre exemple; elle a, pendant .s'za: siècles, régné en Irlande sous Tautorité de l'Angleterre, qui lui abandonnait la moitié des avantages de la domination et lui en épargnait tous les frais. Pourvue de droits, de privilèges et de garanties constitutionnelles, elle s'est servie, pour pratiquer l'oppression, de tous les inslumenls de la liberté. L'Irlande a été ainsi la proie constante de deux tyrans, d'autant plus formidables qu'ils se couvraient l'un l'autre. L'aristocratie irlandaise, se considérant comme l'agent de l'Angleterre, aimait à s'absoudre ainsi de ses propres excès et de ses injustices personnelles; et l'Angleterre, dont cette aristocratie exerçait les droits, se plaisait à rejeter sur celle-ci tous les abus de la puissance.
Il est peu de pays où les gouvernants n'aient un intérêt plus ou moins grand à ce que le peuple auquel ils donnent des lois se livre aux arts du commerce et de l'industrie. De quel usage, en effet, seront pour le riche ses grands revenus, s'il ne s'en sert pour acquérir les objets propres à lui faire une vie douce et commode? Et comment pourra-t-il se les procurer, si le peuple ne travaille point? Mais c'est encore une fatalité de l'aristocratie irlandaise, qu'elle soit abondamment pourvue de tous les produits les plus précieux de l'art et du commerce, quoiqu'il n'existe aucune industrie en Irlande : elle a sous sa main les produits de l'industrie anglaise pour satisfaire à ses besoins et à ses fiintaisies, aussi bien que des régiments armés pour assurer la rentrée de ses fermages. Elle n'a pas besoin, pour posséder le bien-être et l'élégance, d'exciter le peuple aux travaux industriels. Le commerce et l'industrie sont cependant les seules voies par lesquelles les classes inférieures peuvent sortir de leur misère. Ainsi le peuple d'Irlande,
auquel la terre est inaccessible, voit entre les mains de l'aristocratie un immense privilège dont il ne possède aucun équivalent; ainsi l'aristocratie d'Irlande, qui manque de toutes les bases premières sur lesquelles repose celle d'Angleterre, est dépourvue de cette dernière condition d'existence sans laquelle l'aristocratie anglaise elle-même ne se soutiendrait peut-être pas. Elle est immobile et fermée. En principe, ses rangs sont ouverts à tous; en fait, leur accès est à peu près impossible : pour y entrer, il faut devenir riche : or, quel moyen de s'enrichir dans un pays où le commerce et l'industrie sont morts ; de sorte que cette aristocratie, immobile dans sa richesse, vivant de la vie d'autrui, a pour litière une population immobile aussi dans sa misère; en Irlande la pauvreté est une caste. Enfin, la classe supérieure, qu'aucun sentiment national n'attache au peuple, a le malheur d'être éloignée de lui par la différence du culte.
La sympathie religieuse est sans contredit le nœud le plus puissant qui unisse les hommes entre eux ; elle n'a pas seulement le pouvoir de rapprocher les peuples ; elle peut, ce qui est plus difficile encore, confondre les classes et les rangs, relever le plus humble au niveau du plus superbe, mêler le riche et le pauvre; c'est elle qui change l'aumône en charité, et qui, dépouillant le bienfait de son orgueil, la reconnaissance de sa honte, fait deux égaux du bienfaiteur et de i'obligé.
Mais, à défaut de la religion, qui unira le riche et le pauvre, l'Anglais et l'Irlandais, la race conquérante et la race des vaincus; quelle puissance les rapprochera, si la rehgion elle-même les sépare : et dans un pays où toutes les lois sont faites contre le pauvre au profit du riche, que sera ce si la rehgion, au lieu de modérer le puissant, le fortifie, et, au lieu de soutenir le faible, aide à l'écraser?
L'aristocratie d'Irlande a deux vices qui résument tous les autres; Anglaise d'origine, elle n'a jamais cessé de