‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 136 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

l'être; dewenue protestante, elle a eu à gouverner un peuple demeuré catholique.

Ces deux vices contiennent le principe de tous les maux de l'Irlande; là se trouve la clef de toutes ses misères, de tous ses embarras. Si l'on veut examiner attentivement ce point de départ, on va voir en découler, comme des conséquences toutes naturelles, les circonstances extraordinaires dont on chercherait ailleurs vainement la cause. Ces conséquences sont de trois sortes : les imes, qu'on appellera civiles, parce qu'elles touchent aux mœurs; les autres, politiques, parce qu'elles concernent les institutions; celleslà, religieuses, parce qu'elles naissent de la différence des cultes. Les premières affectent plus particulièrement les relations du riche avec le pauvre, du propriétaire avec le fermier; les secondes, les rapports réciproques des gouvernants et des gouvernés; et les troisièmes, la situation mutuelle des protestants et des cathoUques.

SECTION PREMIERE Conséquences civiles.

Misère extrême des fermiers. — Accumulation de la population sur le sol. — Manque de capitaux. — Absentéisme. — Middlemen. — Fermages excessifs (rack-rents) . — Défaut de sympathie entre le.s propriétaires et les cultivateurs.

En Angleterre et en Irlande, les classes inférieures cultivent le sol au même litre; en général, elles n'en ont point la propriété ; elles prennent à ferme la terre du riche, ou bien elles louent à celui-ci leur travail journalier (1). Théoriquement, leur condition est absolument pareille dans les deux pays. D'oti vient qu'en réalité leur sort est si dissemblable? Pourquoi l'un est-il aussi heureux sur sa terre que

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l'autre est misérable sur la sienne? Comment arrive-t>il que le premier, bien logé bien vêtu, bien nourri, entouré d'une famille h<Hireu<e conimo lui-mêuie, vit dans l'aisance et le contentement, ima^rinant à peine un sort plus forluné que le sien, tandis que l'autre, couvert de haillons, se nourrit de pommes de terre quand il ne jeûne pas, n'a d'autre asile que le réduit immonde qu'il partage avec le pourceau, voit pendant l'hiver s(S pauvres petits enfants périr de froid sans qu'il puisse les vêtir, entend toute l'année leur faim qui crie sans pouvoir l'apaiser?

C'est qu'en Angleterre le grand propriétaire est le patron du sol et de ses habitants ; il ne se borne pas à toucher ses revenus et à réclamer ses droits, il remplit aussi des devoirs, et se croit tf nu de rendre un peu de ce qu'il reçoit. Et d'abord, engageant en quoique sorte sa fortune dans la terre qu'il possède, il y met des capitaux considérables. Aussi voyez quelle demeure il prépare à son fermier. Plusieurs bâtiments la composent; rien n'y manque de ce qui peut faire à ses hôtes une vie douce et commode; elle est le centre d'une vaste exploitation; autour d'elle s'étendent de vastes domaines qui en dépendent; les meilleurs instruments d'agriculture y attendent la main qui doit les mettre en usage. Et puis, quand il a créé cette grande ferme, il en surveille la fortune. Voyant les efforts du fermier, il jouit de ses succès, et compatit à ses revers; et, par une sympathie aussi édairée que généreuse, il adoucit des infortunes qui, si elles n'étaient réparées, lui deviendraient funestes à lui-même. 11 n'est pas toujours libéral, mais rarement il manque de lumières. Ainsi les rapports du propriétaire et du fermier ont pour base première la sagesse ou la bienveillance de l'un, d'où naissent tout naturellement la déférence et le respect de l'autre.

En Irlande les choses ne se passent point ainsi; souvent, nous l'avons dit. le propriétaire est absent; souvent il lui arrive de ne pas connaître ses propres domaines ; il sait

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