‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 143 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

cions-nous; engageons-nous solennellement à mettre en vigueur I<s lois que nous aurons d^'crétées; et pour que cet engagement soit plus saint et plus invioliblp, donnons-lui la sanction d'un serment religieux; couvrons-le aussi du voile d'un secret inviolable (2); étendons sur tout le pavs le réseau de notre confédération, et que quiconque refusera de s'associer à nous par le serment soit considéré comme ennemi, et traité comme tel; et, pour que nos lois ne soient pas de vains commandements, promettons solennellement que quiconque d'entre nous sera désigné pour être l'exécuteur du châtiment mérité par un coupable, obéira aussiîôt, et remplira dans toute sa rigueur l'office qui lui sera commandé!... »

Voilà sans doute de terribles lois; ce sont celles des Whiteboys \2), code atroce, barbare, digne d'une population demi-sauvage, qui, abandonnée à elle-même, n'ayant aucune lumière pour guider ses efforts, ne trouvant aucune sympathie pour adoucir ses passions, est réduite à chercher dans ses grossiers instincts des moyens de salut et de protection (3).

Alors la terreur se répand dans le pays; de sinistres complots se trament dans l'ombre; des figures étranges apparaissent çà et là, des bandes armées s'organisent et parcourent les campagnes; les habitations sont assaillies pendant la nuit : chacun est obligé de fortifier sa demeure (4); mais toute résistance est vaine, tantôt il faut livrer des armes, tantôt prêter des serments. Du reste, ces bandits dénature singulière, qui, pour voler des armes ou pour se venger, commettent toutes sortes de violences, repoussent l'or et l'argent qu'ils trouvent sous leur main. Un assassinat est commis; on apprend bientôt que la victime est un propriétaire dont, la veille, le fermier a été dépossédé (5). Les coupables ont été vus; mais nul, dans le pays, ne les connaît, et toutindique qu'ils sont venus de loin pour accomplir la vengeance d'autrui. Un autre crime pareil est exécuté ;

c'est le meurtre d'un middleman qui avait fait saisir les meubles d'un fermier. Alors toute la classe des propriétaires s'émeut : la justice est saisie; elle lance ses mandats, mais nul ne lui indique la trace des coupables. Elle les trouve à force de recherches ; ceux-ci lui l'ésistent, elle les enlève; mais une rébellion vient, qui les lui arrache; enfin, elle les a ressaisis, les coupables sont sous les verrous. Alors on cherche des témoins : tous ceux qu'on appelle n'ont rien vu, disent-ils. Un seul se présente et dit la vérité : deux jours après, on apprend que ce témoin a été assassiné. Comment donc faire? 11 faut bien que la justice ait son cours. Les témoins ne viennent plus. Eh bien, il faut les arrêter et les amener de force devant la justice ; mais là, ils refusent de témoigner! il faut acheter leur témoignage. On menace leur existence; il faut la protéger. Comment? nul ne consent à leur donner asile! Eh bien, il faut les mettre en prison. Mais quel prix sera assez haut pour décider un témoin à faire une déclaration qui met sa vie en péril, et dont le premier effet est de le priver de sa hberté? Quelque élevé que soit ce prix, il faut le lui payer. Mais qui admettra la sincérité d'un témoin déposant sous la double influence de l'argent qu'il reçoit, et de la mort qu'il redoute? La nécessité veut cependant qu'on le croie. Mais ce témoin, rentrant en hberté après le procès, va être assassiné! Non; il sortira de prison pour sortir d'Irlande. Ainsi, la condition de tout témoin à charge dans les procès criminels sera d'attendre en prison le jour du jugement, et de s'exiler après. Mais quel honnête homme voudra être témoin? On se passera de témoins honnêtes : la nécessité le veut encore ainsi. Mais quel honnête homme voudra être juge?... Ainsi nous voilà, de conséquences en conséquences, arrivés à cette triste alternative de voir la justice impuissante ou immorale; d'acquitter des prévenus faute de témoins, ou de les condamner à l'aide de témoins salariés! Enfin, l'arrêt est rendu ; le coupable est jugé et mis à mort ! Le dénoncia-

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