DEUXIÈME PARTIE. 'loi
leur et le témoin s'exilent. Le lendeniain, on apprend que le frère du dénonciateur, la mère ou la sœur du témoin sont assassinés!. . (1).
Quand vous en êtes arrivés à ce point, croyez bien que dans cette voie de rigueurs tous vos efforts pour rétablir Tordre et la paix seront inutiles. En vain, pour réprimer des crimes atroces, vous appellerez à votre aide toutes les sévérités du code de Dracon; en vain vous ferez des lois cruelles pour arrêter le cours de révoltantes cruautés; vainement vous frapperez de mort le moindre délit se rattachant à ces grands crimes (2); vainement, dans l'effroi de votre impuissance, vous suspendrez le cours des lois ordinaires, proclamerez des comtés entiers en état de suspicion légale (5), violerez le principe de la liberté individuelle (4), créerez des cours martiales, des commissions extraordinaires (5), et pour produire de salutaires impressions de terreur, multiplierez à l'excès les exécutions capitales...
Toutes ces rigueurs seront stériles; au lieu de guérir la plaie, elles l'irriteront et la rendront seulement plus vive et plus saignante. Rebelles à un mauvais état social, les agriculteurs, qui en 1760 se révoltèrent sous le nom de White- Boys, s'insurgeront quelques années après sous le nom de Oak-Boys(6); en 1772 sous celui de Steel-Boys (7),enl785 il s'appelleront Righl-Boys (8), plus tard ils se nommeront Rockites ou soldats du capitaine Rock, ou Claristes, sujets de lady Clare (9); en 1806 ces rebelles seront appelés Thrashers (10); ils reprendront en 181i, en 1815, en 1820, en 1821, en 1825, en 1829, sous le nom de White-Boys; en 1831 celui de Terryalts; en 1852, 1853 et 1857, de \\ liite- Feet et Black-Feet (11), et sous ces dénominations diverses (12) vous les verrez, excités par le sentiment des mêmes misères, se livrer aux mêmes violences suivies constamment d'une cruelle répression toujours impuissante *
* Aujourd'hui les White-Ôoys continuent à épouvanter de leurs at-
Toutes vos rigueurs pour rétablir l'ordre et la paix seront stériles, parce que l'ordre que vous prétendez faire régner est la discorde même, parce que la paix que vous voulez établir est une violence et une oppression; cette violence, celte oppression, ont amené un état de guerre, et cette guerre sociale n'est pas entre Thonnête homme et le malfaiteur, entre l'homme laborieux et le fainéant, entre celui qui gagne sa vie et celui qui vole; elle est entre le riche et le pauvre, entre le maître et l'esclave, entre le propriétaire et le fermier; et cette guerre a éclaté parce que l'égoïsme du riche a été poussé à un excès qui devait révolter le pauvre (1).
Maintenant dites quel sera le moyen de sortir de ce cercle vicieux? Voici une aristocratie qui, par ses fautes ou par ses vices, a laissé s'accumuler dans le pays confié à ses soins une masse de maux si énormes que les infortunés sur qui le fardeau pèse le secouent, ne pouvant plus le porter. Alors il n'y a plus de société; il y a guerre, il y a anarchie.
Que s'ensuit-il? C'est que la moitié de ceux qui résidaient s'en vont; beaucoup que la terreur ne chasse pas s'éloignent à l'aspect de tant de maux qu'il n'est pas en leur pouvoir de soulager; tenter d'y remédier n'est plus une entreprise abordable, et la vue de tant de misère est surtout affreuse pour quiconque y compatit; l'égoïsme s'enfuit, et la charité elle-mônie n'a pas le courage de rester.
Il en est cependant que la guerre et ses horreurs ne repoussent point du sol; mais en y demeurant ils sentent s'accroître leur haine pour une population déjà détestée, et leur dureté en augmentant ajoute encore à la détresse du peuple et à ses besoins de vengeance.
Les capitaux manquaient; la terreur qui règne dans le pays ne fait que les éloigner davantage. L'industrie pourrait
tentais l'Irlande, el notamment les comtés de Tipperary, de Limerick, de Cavan et de Donegal; ils s'appellent les Molly-Maguire.
{Note delà septième édition, 1862.)
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seule tirer de son indigence celle multitude d'agriculleurs qui se disputent le sol; et les capitaux, sans lesquels nulle industrie n'est possible, disparaissent de la pauvre Irlande. Ainsi se grossissent l'une par l'autre toutes les sources de la misère irlandaise; ces maux s'engendrent mutuellement; tous procèdent d'un auteur commun et remontent par des chaînes non interrompues à un premier anneau qui est une mauvaise aristocratie.
SECTION II Conséquences politique:».
Mais c'est surtout dans les institutions politiques de l'Irlande que l'on retrouve sans cesse la trace du principe funeste quia vicié l'aristocratie de ce pays.
Ceux qui croient expliquer les maux de l'Irlande par le despotisme de l'Angleterre sur celle-ci tombent dans une grande erreur; car cette autorité absolue n'a jamais existé.
On a vu, dans la partie historique qui précède, comment les conquérants de l'Irlande, ayant établi dans ce pays une société féodale, la seule dont eussent l'idée les hommes de ce temps-là, cette société se trouva, par le fait même de son institution, en possession de droits et privilèges que l'Angleterre ne put lui contester.
On a vu aussi comment, après avoir conquis l'Irlande, les Anglais, voulant porter dans ce pays la religion réformée, y fondèrent une société protestante à laquelle l'Angleterre put bien moins encore refuser les libertés civiles et politiques dont jouissait déjà la société féodale.
On a pu voir, enfin, comment les Irlandais indigènes, d'abord comme vaincus, puis comme catholiques, furent exclus du bienfait de ces institutions; de quelle manière cette exclusion a cessé, et comment aujourd'hui les lois du pays ne reconnaissent aucune inégalité politique fondée sur la race ou sur le culte.
25i L'IULANDE.
Toute dépendante qu'elle est de l'Angleterre, l'Irlcfnde possède donc et a toujours eu des institutions libres (1).
C'est commettre une aulre erreur que de considérer l'Irlande comme ne faisant avec l'An^^leterre qu'un seul et même peuple soumis au môme gouvernement et aux mêmes lois. La même étude historique nous a appris que l'Irlande eut toujours et a conservé, même de notre temps, un gouvernement individuel et ses lois particulières. Ainsi l'Irlande ne possède pas seulement des institutions libres, mais, quoique unie à l'Angleterre, elle a encore ses institutions propres. Ces institutions libres et distinctes qui appartiennent à l'Irlande semblent du reste exactement calquées sur celles de l'Angleterre.
Comme l'Angleterre, l'Irlande est maîtresse de tous les droits essentiels sur lesquels repose la liberté civile et politique des peuples, tels que le jugement par jury, l'indépendance des juges, la responsabilité des fonctionnaires devant l'autorité judiciaire, le droit de pétition, le droit de s'associer et de se réunir, la liberté individuelle, la liberté de la presse, la liberté de l'enseignement, etc. (2).
Dans l'un et dans l'autre pays, l'organisation des divers pouvoirs politiques présente, au moins extérieurement, des aspects parfaitement semblables, quoique séparés.
L'autorité suprême, qui, en Angleterre, réside dans la personne du roi, est remise, en Irlande, à un vice-roi.
Le gouvernement dont ce vice-roi est le chef emploie pour exercer son action des instruments pareils, quoique distincts de ceux dont se sert le gouvernement anglais (o). Chez les deux peuples, il y a au centre de l'Ktat quatre cours souveraines de justice, qui sont comme l'âme et le ressort de tous les pouvoirs publics dans ces pays où la justice et l'administration sont perpétuellement confondues. En Angleterre, ces quatre cours se nomment le banc du roi (king's bench), la cour de l'échiquier (exchequer's), la cour des plaids communs (court ol" common pleas), et la cour de