DEUXIÈME PARTIE
des lois dans les circonstances graves, dont il est juge {\), et dont il ne doit compte qu'au parlement. Le viceroi d'Irlande possède même quelques pouvoirs extraordinaires qu'en Angleterre la couronne n'a pas, et qu'à raison de l'état particulier de l'Irlande il a fallu attribuer à son premier magistrat (2).
Jusqu'en 1800 l'Irlande a eu son propre parlement, composé, bien entendu, de lords héréditaires et de Communes procédant de l'élection ; car il n'entre pas dans l'esprit d'un Anglais qu'une loi humaine puisse se faire, si ce n'est par deux assemblées, dont l'une s'appelle les Communes, et l'autre les Lords.
La puissance législative d'Irlande se composait donc alors des trois pouvoirs qui, dans la constitution anglaise, sont destinés à se balancer mutuellement. Mais ne voit-on pas tout de suite le vice d'une telle organi^sation appliquée à l'Irlande? et ne voit-on pas que ces pouvoirs, au lieu de se contrôler les uns les autres, se prêteront seulement un appui réciproque, et que leur harmonie sera non pas celle de pouvoirs unis, quoique rivaux, mais celle de complices associés dans un but unique et commun, l'asservissement du peuple? A l'époque des Tudor, le parlement d'Irlande faisait tout ce que voulait le vice-roi. Après Guillaume III, le vice-roi fait tout ce que veut le parlement. Le plus souvent, le vice-roi ne réside même pas. L'Angleterre a pleine confiance dans l'aristocratie d'Irlande, et elle lui laisse le gouvernement arbitraire de ce pays. Alors on peut dire que les lois sont réellement faites en toute liberté par les deux pouvoirs parlementaires qui représentent l'Irlande. Mais qui n'aperçoit aussitôt le mensonge d'une pareille représentation?
Qui ne comprend tout de suite l'esprit dans lequel faisaient les lois ces lords qui, à cause de leur origine anglaise et protestante, étaient les ennemis naturels de l'Irlande catholique, et cette Chambre des communes qui, non moins
anglaise de cœur ni moins protestante, n'était, à vrai dire, qu'une créature des lords, quoiqu'elle fût présumée élue par le peuple?
Nul ne pouvait siéger dans les Communes ni parmi les fiOrds s'il n'apportait la preuve qu'il avait communié selon les rites de l'Église anglicane (1). Un tel parleMiient donnant des lois à un pays catholique pouvait-il être autre chose que le représentant d'urie faction : instrument propre à maintenir le pouvoir dans une petite oligarchie à laquelle il fournissait un moyen constitutionnel de pratiquer l'oppression?
Une fois ce point de départ établi, faut-il s'étonner lorsqu'on voit la législature irlandaise, pendant toute la durée de sa longue existence, faire peser sur le pays la plus constante tyrannie; former avec l'Anglt terre , prolestante connue elle, un pacte d'égoïsme, dont la pauvre li lande faisait tous les frais ; livrer à l'Angleterre la liberté politique et commerciale de l'Irlande catholique, à la conditien que l'ÀJigleterre l'aidera dans sa domination sur celle-ci; soumettre le peuple qu'elle gouverne à ce code antisocial, dont on a vu ailleurs l'ingénieux et cruel système; et enfin, par une suite de mensonges et d'erreurs, en venir à proclamer celte étrange fiction légale qu'en Irlande il ny a pas de catlioliqiies ; en d'au Ires teimes, que la nation est censée ne pas exister? L'aristocratie irlandaise a terminé sa carrière parlementaire par un a^cte qui peint sa vie tout entière.
Un jour (2), l'Angleterre juge qu'il est mauvais que l'Irlande ait son propre parlement; elle estime qu'il conviendrait que ce pays fût régi par des lois directement émanées d'elle : elle résout donc l'abolition du parlement (le rirlande ; mais comment l'exécuter? L'Irlande est en possession du droit de faire ses lois; ce droit, qui le lui enlèvera? \ l'annonce de ce projet l'Irlande entière s'émeut; l'Irlande a un parlement antinational, mais le droit en vertu