‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 147 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

duquel elle le possède est un droit national (1). L'aristocratie elle-niênie, d'ordinaire si soumise au bon plaisir du gouvernement anglais, se montre opposante; car on va lui ravir le pouvoir, qui lui appartient, de donner des lois à l'Irlande.

La difficulté est grande, elle sera cependant facilement vaiiicue. Cette même aristocratie, qui tout à l'heure contestait à l'Angleterre le droit de lui enlever ses privilèges, les abandonne subitement; et un instant après avoir protesté contre l'attentat dirigé conire sa vie, le parlement d'Irlande déclare lui-même qu'il a cessé d'exister. Et pourquoi ce suicide ? la raison en est simple ; les meneurs principaux de ce parlement, les chefs de cette aristocratie ont trafiqué avec l'Angleterre de leurs privilèges ; moyennant trente et un millions de francs qui leur ont été comptés, ils ont renoncé à leurs prérogatives parlementaires. Que leur importe, après tout, l'indépendance législative de l'Irlande, qui ne fut jamais pour eux une vraie patrie? L'existence du parlement irlandais n'était point d'ailleurs exempte d'inconvénients ; ne les obligeait-elle pas de résider chaque année au moins quelques mois en Irlande? Désormais cette charge ne pèsera plus sur eux ; les uns deviendront lords d'Angleterre ; les autres, membres des Communes anglaises ; tous pourront passer leur vie à Londres, tous seront délivrés de l'Irlande. Ils renoncent donc à leurs droits, dont ils reçoivent le prix ; marché honteux où la corruption de ceux qui achètent est surpassée par la bassesse de ceux qui se vendent; digne fin d'un parlement qui, pendant le cours de son existence, fut rarement indépendant, presque toujours servile, jamais national, et qui, quand il se voit condamné à périr, aliène son propre corps comme un supplicié vend son cadavre (2) ! C'est ce marché qui a amené l'union législative de l'Irlande et de l'Angleterre, dont l'acte se nomme communément le traité cVunion de 1800.

Depuis cette époque, l'Irlande n'a plus de parlement: d'où il ne faut pas conclure qu'elle n'a plus de représentation parlementaire. D'après le traité d'union, une partie de ses lords siège dans la Chambre des lords anglais (i) ; elles comtés, de même que les villes d'Irlande, continuent à élire des représentants qui, au lieu de se réunir à Dublin en assemblée des Communes d'Irlande, vont s'asseoir dans la Chambre des communes d'Angleterre, où jls se confondent avec tous les membres du parlement britannique (2). Ces députés de l'Irlande sont choisis par le peuple suivant un système à peu près pareil à celui de l'Angleterre (3), et selon lequel l'aristocratie irlandaise exerçait autrefois sur les élections une influence considérable qui, sans avoir cessé, tend chaque jour à s'affaiblir.

Ainsi, depuis quarante ans, ce n'est plus l'aristocratie d'Irlande qui donne des lois à ce pays : c'est un mal de moins sans doute; mais presque toutes les lois qui sont son œuvre existent toujours, et, si ce n'est plus elle qui fait les lois, c'est toujours elle qui les applique.

On a vu, dans la partie historique, comment l'acte d'union de 1800 n'a eu d'autre effet que d'abolir le parlement irlandais, et de conférer les pouvoirs législatifs de celui-ci au parlement anglais, qui non-seulement a laissé subsister les anciennes institutions particulières à l'Irlande, mais encore a continué de donner à ce pays des lois spéciales à cause de ses institutions distinctes, quoique analogues à celles de l'Angleterre. Le pouvoir législatif de l'Irlande a donc été dépla(ié, mais on n'a rien changé au mode suivant lequel se fait l'administration des lois.

De tous les intérêts généraux auxquels l'État se charge de pourvoir, il n'en est point sans doute de plus important que la justice; eh bien, prenons l'exécution de la justice en Irlande pour exemple de l'influence qu'exerce encore, en Irlande, sur le gouvernement de l'État, le vice radical de l'aristocratie.

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