‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 149 sur 333 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

détenus; ils ont un pouvoir plus grand encore, celui d'exiger une caution de bonne conduite de toute personne qu'ils jugent suspecte, quoiqu'ils ne l'inculpent d'aucun délit, et, à défaut de caution, d'envoyer cette personne en prison (1).

Comme juges, ils prononcent chaque semaine, au nombre de deux ou plus, sur une foule de petits procès civils et criminels (2) ; et, dans une assemblée générale qui se tient quatre fois l'an dans les cliefs-lieux de chaque comté, et qui se nomme par cette raison Quarter-Sessions,, ils jugent, comme cour de justice et avec l'adjonction d'un jury composé de la môme manière que le jury d'assises, tous les délits qui n'entraînent pas la peine capitale, et qui, par cette raison, ne sont pas réservés au juge d'assises. Les juges de paix d'Irlande, comme ceux d'Angleterre, remplissent gratuitement toutes leurs fonctions. Dans l'un comme dans l'autre pays, ces magistrats, institués par le pouvoir central, ne sont soumis au contrôle habituel et régulier d'aucun supérieur hiérarchique qui les surveille, les dirige, les excite à agir ou les modère dans leur action, leur inflige le blâme ou leur décerne l'éloge; ils ne sont, dans l'exercice de leur ministère, sujets à d'autre autorité qu'à celle des cours de justice, devant lesquelles chacun a le droit de leur demander compte de leurs actes.

Enfin, en Irlande, de même qu'en Angleterre, c'est un principe également en vigueur, que les organes de la justice ne la rendent que sur la demande expresse et spontanée de ceux qui y ont droit. Il existe bien de certains crimes et délits, plus nombreux en Irlande qu'en Angleterre, que poursuit d'office le procureur de la couronne ; mais, en thèse générale, cet officier public, qui, en France, est placé auprès de cliaque tribunal, avec la mission unique et continue de rechercher toutes les infractions à la loi, d'en provoquer la répression et de poursuivre comme ciimes publics toutes les injures que ne dénoncerait pas l'intérêt

privé, le ministère public en un mot n'existe pas plus en Irlande qu'en Angleterre (1).

Ainsi, ce n'est pas seulement de l'analogie qui existe en Irlande et en Angleterre entre la magistrature chargée de rendre la justice criminelle; c'est la plus parfaite similitude.

Combien cependant l'exécution de cette justice est différente dans les deux pays!

La justice criminelle d'Angleterre n'est pas sans doute exempte de taches; elle a même conservé quelques traditions féodales qui la feraient juger barbare par tout observateur superficiel. C'est ainsi que, dans certains cas, l'accusé anglais n'a pas la liberté de se faire défendre par un conseil : ainsi l'accusé le plus pauvre ne reçoit jamais gratuitement la copie des pièces de la procédure et de l'acte d'accusation, et il ne peut même, à prix d'argent, obtenir la communication des cahiers d'enquête, dont l'avocat de la couronne prend à son gré connaissance (2). Qui le croirait enfin? quand on manque de témoins dans un procès où il y a plusieurs accusés, on fait grâce à l'un de ceux-ci, pour que le coupable mis hors de cause serve de témoin contre les hommes dont il est le complice ! Voilà sans doute des lois d'une grande rigueur, ou d'une singulière immoralité! et cependant, en Angleterre, la justice criminelle offre un spectacle qui n'a rien d'attristant pour un ami de l'humanité; dans ce pays les mœurs corrigent les lois : tout accusé y trouve parmi les magistrats, sinon de la bienveillance du moins une impartialité inaltérable. Ce sentiment d'équité, et quelquefois d'indulgence, anime en Angleterre tous ceux qui concourent à l'exécution de la justice; il guide les juges de paix dans les premiers actes de la procédure, il domine le shérif dans le choix qu'il fait des membres du jury, il inspire aux témoins leur déposition, aux jurés leur verdict, au juge sa sentence, au roi sa grâce.

Voyez, au contraire, quelle est en Irlande la condition de tout accusé.... Supposez un pauvre cathoHqué irlandais, ar-

Page 1