DEUXIÈME PARTIE
exclusions sont abolies; leur esprit survit à leur texte. Une loi de 1793 (1), levant une des incapacités portées contre les catholiques irlandais, leur ouvre l'accès des corporations, et leur permet de faire partie du corps des bourgeois (freemen) qui représente la cité; mais ce principe n'est qu'une lettre morte. Les catholiques sont admissibles; mais, en fait, l'admission étant subordonnée au corps des bourgeois (freemen), ceux-ci, tous protestants, refusent de recevoir des catholiques dans leur sein.
Naguère, en Angleterre, les corporations municipales présentaient dans leur gouvernement une partie des vices et des abus qui viennent d'être signalés dans celles d'Irlande. Ces abus et ces vices étaient moins funestes en Angleterre qu'en Irlande, parce qu'ils servaient dans le pre* mier pays à une aristocratie qui n'est pas impopulaire; tandis que dans le second ils n'existent qu'au profit d'une aristocratie anthipathique à la nation. Une loi récente a cependant renversé de fond en comble les corporations municipales d'Angleterre-(2), qui ont été réinstituées sur une base nouvelle et populaire. En Irlande, au contraire, le vieil édifice féodal et anglican de ces corporations est encore debout (5) *.
§IY.
Influence du même principe sur la pàroissCi
Il ne reste plus qu'à examiner les effets du même principe sur la paroisse, où il exerce peul-êlre une influence encote plus puissante que sur les autres pouvoirs.
La paroisse d'Irlande est, en théorie, constituée absolument comme la paroisse d'Angleterre ; elle a chez les deux peuples la même base démocratique, et y forme une égale
* Voir note (3) de la page 291|sur la réforme municipale, et le § 7 de ;a Notice sur l'État présent de l* Irlande [ISO'i).
anomalie au milieu d'institutions sorlies de la féodalité.
Les pouvoirs exposés plus haut, ceux de l'État, du comté, des corporations municipales, ont tous une même origine : tous procèdent du roi, source unique des pouvoirs dans la société féodale; et les corporations municipales elles-mêmes n'ont une organisation libre et démocratique, que parce qu'elles ont reçu du roi le privilège de se constituer ainsi. La paroisse a un principe absolument opposé : elle procède du peuple.
Getle double source des institutions politiques en Angleterre explique peut-être mieux qu'aucune autre chose le conflit perpétuel des deux principes contraires que l'on rencontre dans la société anglaise, et qu'on y voit lutter constamment ensemble; l'un d'autorité, l'autre de liberté; le premier, attirant au centre tous les pouvoirs, le second, tendant à les éparpiller parmi le peuple; celui-ci s'efforçant d'associer au gouvernement le plus grand nouibre, celui-là travaillant à resserrer dans le moins de mains possible l'exercice de la puissance publique; le premier, appuyé tantôt sur le roi, tantôt sur le parlement; le second, prenant sa racine dans la paroisse ; l'un, le principe normand; l'autre, le principe saxon (1).
Lorsque Guillaume le Conquérant et ses chevaliers normands vinrent s'établir en Angleterre, au xi^ siècle; ils y trouvèrent la paroisse saxonne, dont le principe libre était alors en parfaite harmonie avec celui de tous les autres pouvoirs. Guillaume et ses successeurs abattirent bientôt ces institutions, qui plaçaient la puissance dans le peuple, et attirèrent à eux toute l'autorité. Cependant, au miheu de celle destruction générale, un seul pouvoir fut épargné : la paroisse, qui fut respectée peut-être à cause de son caractère demi-religieux, et devint, sous la tyrannie des Normands et des Tudors, le seul asile on s'abrita la vieille liberté saxonne.
La paroisse anglaise constitue une unité politique abso-