DEUXIÈME PARTIE
ument indépendanle, et placée en dehors de tous les autres jouvoirs de l'État. Elle ne leur est point supérieure, car elle le commande rien à aucun; elle n'est point au-dessous i'eux, car nul n'a rien à lui prescrire; elle est à la base du Days, elle en couvre toute la surface. Bien différente des corporations municipales, qui n'en occupent que quelques loints épars çà et là ; bien autre que les comtés, qui ne sont ^ue.des divisions de l'État, elle est partout, dans l'État, ians les comtés, dans les corporations; il n'est pas une peite parcelle du pays qui ne soit paroisse. C'est à tort qu'on la considérerait comme un pouvoir dépendant du comté, parce qu'elle est renfermée dans le sein de celui-ci; elle en est un fractionnement matériel, et non une division politique; elle ne lui est subordonnée en aucune chose; elle ne relève pas plus de lui que du pouvoir central, et, sauf l'action judiciaire qui peut la rendre comptable de ses actes, elle possède, dans la sphère de ses pouvoirs, une véritable souveraineté (1).
Le principe fondamental de. la paroisse anglaise est que ^ le pouvoir souverain réside dans l'assemblée de tous ceux de ses habitants qui payent une taxe pour les pauvres (ail rate-payers). Cette assemblée se nomme vestry, et tout membre du vestry se nomme unveslryman. De ce premier principe découle toute l'organisation paroissiale. C'est le vestry, corps constituant (constituency), qui élit les officiers de la paroisse ; et ceux-ci, n'agissant que comme les mandataires du vestry, lui doivent compte de tous l^urs actes : ce compte, tous les vestrymen ont le droit de le demander, car chacun d'eux est une partie du souverain. Le vestry s'assemble tontes les fois qu'il plaît à ses membres d'en provoquera réunion; dans celte assemblée, tout vesiryman peut exposer ses vues, ses griefs, ses plaintes; la discussion y est complètement libre; tous les intérêts de la paroisse y sont livrés à la controverse, et, dans tous les cas, c'est le sentiment de la majorité qui y fait la loi.
On voit que la paroisse anglaise possède le droit de se gouverner elle-même, comme les corporations municipales, avec cette différence qu'elle tient ce droit de,s citoyens qui la composent, c'est-à-dire d'elle-même. Les corporations municipales ayant reçu d'un pouvoir supérieur l'indépendance qu'elles ont, la possèdent avec tous les mélanges de servitude qu'on a voulu leur laisser. La paroisse, au contraire, est libre, parce qu'elle n'a jamais cessé de l'être, parce qu'elle n'a jamais subi la loi d'un conquérant.
Telle est, en peu de mots, lorganisation de la paroisse anglaise.
Cette organisation est aussi celle de la paroisse d'Irlande. Lorsque les Anglo-Normands conquirent l'Irlande, ils y portèrent la paroisse saxonne, aussi bien que le comté normand (1); et il n'est pas un principe constitutif de la paroisse anglaise qui ne se retrouve tout pareil dans la paroisse d'Irlande.
D'où vient donc que la paroisse d'Irlande, si semblable , en théorie, est en fait si différente de celle d'Angleterre?
En Angleterre, la paroisse est pleine de mouvement et de vie; elle est le centre d'une multitude de grands intérêts; elle féconde à elle seule cette couche première de liberté ^populaire, que recouvre l'édifice aristocratique.
Il règne sans doute en Angleterre une grande inégalité sociale ; mais il faut assister, dans ce pays, aux séances d'un vestry, pour juger à quelle extraordinaire liberté cette inégalité s'allie*. On y voit avec quelle indépendance de langage et de pensée le plus obscur citoyen anglais s'exprime en face de ce lord, devant lequel il s'inclinait tout à l'heure. Il n'est point son égal, d'accord ; mais, dans la limite de son droit, il est aussi libre, et il en a la conscience. Son droit, c'est'4e discuter les intérêts de la paroisse; et ce droit il l'exerce non-seulement avec liberté, mais encore avec une mesure, et quelquefois une habileté qu'on est tout surpris de rencontrer dans un orateur dont les mains noircies
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et la mise grossière annoncent un artisan, ou un homme de la plus basse classe. L'ensemble des institutions anglaises forme sans doute un gouvernement aristocratique ; mais il n'existe pas une paroisse d'Angleterre qui ne constitue une république libre.
En Irlande, au contraire, la paroisse, qui présente aux yeux la même forme extérieure que la paroisse anglaise, n'a rien de la vie de celle-ci : douée des mêmes organes, elle est languissante,* inerte, si ce n'est tout à fait morte. Pourquoi cette différence? Une cause principale l'explique.
D'abord la paroisse ne s'est point, en Irlande, trouvée ^és l'origine dans les mêmes conditions favorables qui, en Angleterre, l'ont aidée dans son berceau. Une fois l'orage ie la conquête normande passé, la paroisse anglaise, relevant >a tête, a continué à croître et à se développer sur la terre ians laquelle elle était enracinée. La paroisse d'Irlande, au contraire, arrivée dans ce pays avec les Anglo-Normands, jui apportaient plutôt le corps que l'esprit des institutions ;axonnes adoptées par eux, a dû souffrir de celte transplanation dans une terre où elle n'était point née; le sol saxon ui a manqué : et on peut douter qu'au milieu des circonitances les plus propices elle eût jamais acquis cette exisence vivace que possèdent seules les institutions filles du lays et des mœurs (1). Puis une influence funeste est surenue, qui l'a subitement frappée de stérilité : cette inluence, c'est celle du principe protestant violemment introduit dans ses entrailles catholiques.
La première attribution de la paroisse, celle qui est de essence même de l'institution, c'est l'entretien du culte, la onstruction de l'église, l'entretien et le soin de celle-ci, le alaire du ministre rehgieux, etc. , etc. : or, qu'est-il advenu n Irlande, pays profondément catholique, lorsque les Anlais, devenus protestants, ont entrepris de faire prédominer ans ce pays leur nouveau culte? d'abord ils ont interdit, à elles des paroisses où il ne se tr/Duvait que des catholiques,
le droit de s'assembler en veslry pour s'y occuper des besoins de leur religion, dont l'exercice public était déclaré un délit. Ainsi déjà, par ce seul fait, les trois quarts des paroisses d'Irlande ont été dépouillées de leur premier intérêt. Leur second acte a été d'ordonner que chaque paroisse, dans laquelle il existait quelques protestants, serait tenue de supporter pour le culte de ceux-ci les charges qu'elle s'imposait auparavant dans l'intérêt de l'église cathohque; de sorte que, non-seulement le vestry d'une paroisse composée presque exclusivement de catholiques ne pouvait pas se réunir pour voter des dépenses utiles à leur église, mais il était encore tenu de se réunir, de délibérer et de voter toutes les dépenses nécessaires à la célébration du culte anghcan, par la seule raison que ce culte était celui de deux ou trois de ses membres. Une pareille exigence était insensée, et d'exécution impossible. Comment, en effet, se pourrait-il faire que des hommes qu'on persécute à cause de leur rehgion s'imposassent librement des taxes pour soutenir le culte de leurs persécuteurs! Les catholiques refusèrent le vote qu'il était fou de leur demander. Comment donc faire? On voulait que la paroisse entière fit les frais de l'église protestante ; mais le vestry, composé en majorité de cathoHques, s'y opposait !
Dans cet é^at de choses, comme on était dans l'impossibilité de faire violence à la conscience des catholiques, on a pris le parti de violer le principe essentiel sur lequel repose l'institution paroissiale : et une loi a été rendue pour priver les catholiques du droit de voter aux assemblées du vestry dans toutes les questions intéressant l'Église anglicane (1), et pour conférer, dans ce cas, aux protestants de la paroisse j quelque minime que soit leur nombre, le droit exclusif de composer le vestry, de voter Içs dépenses utiles à leur culte, et de pourvoir à ces dépenses au moyen d'une taxe frappée sur tous les habitants de la paroisse, catholiques aussi bien que protestants. Ainsi, dans la plu-