‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 164 sur 333 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

part des paroisses d'Irlande, celles-ci n'avaient plus à s'oc- * cuper du tout de leur culte ; et dans le petit nombre de paroisses où la présence de quelques protestants avait fait naître un autre intérêt religieux, c'était une imperceptible minorité qui donnait des lois au plus grand nombre. Ainsi la paroisse d'Irlande perdit dans presque tous les cas son attribution la plus naturelle, ou ne la conserva qu'au prix de la \iolation de son principe fondamental et d'une flagrante injustice.

Cependant la loi qui excluait les catholiques de toutes les assemblées du veslry où le culte protestant était intéressé leur en laissait l'accès toutes les fois qu'elles étaient relatives à un antre objet. Mais, l'intérêt religieux, étant écarté, que reslait-il à faire à la paroisse irlandaise?

En Angleterre, un des grands intérêts dont la paroisse a la gestion est la charité publique. C'est, en Angleterre, un principe rigoureux que tout indigent a droit à l'assistance de la société; et ce secours que réclament tous les pauvres, c'est le plus souvent* la paroisse qui le donne : source abondante de devoirs immenses et de soins infinis (1), car cette obhgation de pourvoir aux besoins du pauvre entraîne en Angleterre une multitude de charges accessoires. Après avoir donné du pain au pauvre, la paroisse anglaise croit lui devoir un asile, s'il en demande un; des vêtements, s'il en est dépourvu; les soins de la médecine, s'il est malade ; et, si ce pauvre a des enfants, la paroisse leur offre non-seulement les mêmes secours, mais elle croit de plus devoir les élever et les instruire ; de sorte qu'en Angleterre, la charité, dont le principe est dans la paroisse, comprend non-seulement l'aliment donné à l'homme qui a faim-, mais encore des lieux d'asile, des hôpitaux et des écoles.

Maintenant, pourquoi, en Iilande, ne voit-on la paroisse prendre aucun soin pareil? La raison en est simple, et elle se trouve tout à la fois dans le caractère anglais et pro-

testant de l'aristocratie. C'est du règne d'Elisabeth que date la loi des pauvres. Or, à cette époque, le sentiment qui, en Angleterre, poussa les riches à soulager les pauvres, n'existait point en Irlande, où les riches étaient Anglais et protestants, en face de pauvres, cathoHques et Irlandais. Déjà les longues résistances des vaincus avaient inspiré aux vainqueurs des rai]cunes trop amères et trop récentes pour que ceux-ci fussent accessibles aux sentiments ordinaires de l'humanité; et, le jour où ces conquérants sont devenus, comme protestants, les ennemi? rehgieux des pauvres irlandais, on peut dire que la source de la charité a été tarie en Irlande. Ceci explique pourquoi, dans ce pays de pauvres, il n'y avait point eu, jusqu'à ces derniers temps, de loi secourable pour les pauvres. Tandis qu'en Angleterre !e principe est que tout pauvre a droit à un secours légal, c'était plutôt en Irlande un principe que le riche ne doit rien au pauvre; et lorsqu'on 1839, l'Angleterre a imposé à l'Irlande une loi des pauvres (Poor law), on comprend que la paroisse irlandaise dépourvue de vie réelle n'ait pas été chargée de l'exécution de cette loi, confiée à des agents du gouvernement central, et qu'on ne lui ait remis d'autre attribution que la répartition dos taxes qu'un autre pouvoir lève, et dont une autre autorité fait l'emploi. On voit comment les attributions de charité, qui ont tant agrandi en Angleterre le domaine de la paroisse, n'y ont rien ajouté en Irlande, où elle était déjà si dénuée.

Du reste, la paioisse d'Irlande qui, dans un intérêt protestant, fut privée de ses attributions les plus naturelles, a été récemment, dans un intérêt opposé, dépouillée du principal, et l'on peut dire du seul des droits qu'elle exerçât.

L'injustice de soumettre la population catholique des paroisses au vote d'un vestry exclusivement protestant ayant été enfin reconnue, on a, en 1835, rendu une loi qui interdit désormais aux protestants de lever des impôts sur la

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