‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 168 sur 333 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

cent; mais il y aura cependant toujours une assez grande quantité de poursuites dirigées soit par l'intérêt personnel, soit par la passion, pour que les fonctionnaires soient contenus dans l'observation des lois.

Mais quel pourra être l'effet d'un pareil système, dans un pays où la justice, hostile au peuple, en est haïe; où les citoyens, peu accoutumés à défendre leurs droits, sont presque tous indigents? De quelle valeur peut être pour un peuple de pauvres, longtemps tenus sous le joug, un principe qui, pour être mis en pratique, demande des richesses, des lumières et de longues habitudes de liberté? Qu'importe qu'un recours solennel soit offert dans le sanctuaire de la justice à tous les citoyens qui ont à se plaindre des fonctionnaires si pubhcs, mille entraves rendent son accès presque impossible au peuple? L'autorité judiciaire est la garantie souveraine de tous les droits; mais cette garantie, celui qui est chargé de la distribuer la retient, et celui qui en a besoin ne la demande pas. Voilà comment, en dépit d'un principe destiné à proléger la propriété du riche et la liberté de tous, on voit en Irlande un état social où la liberté est sans défense, la propriété sans garanties, et dans lequel il n'y a de sûreté pour personne (1).

SECTION m

Conséquences religieuses.

Établissement légal et officiel de l'Eglise protestante au sein de l'Irlande calholique. — L'Université et les écoles protestantes.

On a vu l'influence qu'exerce sur la société civile et sur la société politique le point de départ anglais et protestant de l'aristocratie irlandaise;^ il ne reste plus qu'à examiner les conséquences du même principe sur la société religieuse.

m L'IRLANDE.

Après avoir considéré comment ce principe agif sur les relations mutuelles du riche et du pauvre, des gouvernants et des sujets, on va ^ voir quelle influence il exerce sur les rapports réciproques du catholique et du protestant.

On a dit plus haut dans quelles circonstances l'Angleterre devint protestante, et comment, étant protestante, elle voulut que l'Irlande le fût aussi.

Cette volonté n'était pas seulement chez elle la conséquence d'une passion religieuse, c'était aussi l'effet d'une influence politique. Nul n'aurait compris, au xvi» siècle, que l'on séparât complètement l'autorité spirituelle du pouvoir séculier; mais dans aucun pays peut-être l'union du gouvernement temporel et de la puissance religieuse ne fut aussi étroite qu'en Angleterre, parce que nulle part ailleurs le chef de l'État ne fut en même temps et à ce titre le chef de l'Église. On conçoit dono sans peine qu'après avoir fondé leur propre gouvernement sur le protestantisme, les Anglais aient donné une base pareille au gouvernement d'Irlande. Alors l'ÉgHse et l'État ne font qu'un : l'Église, c'est l'État; l'État, c'est l'Église. Plus tard des rois sont écartés du trône, comme suspects de catholicisme; bientôt il faut être nonseulement protestant, mais encore angUcan, pour être roi : c'est assez dire que les Anglais ne veulent pas seulement faire l'Irlande protestante, mais qu'ils aspirent à la faire ànghcane.

De même qu'en général on ne conçoit guère une religion sans culte, de même l'aristocratie ne comprend point une Éghse sans des richesses et des privilèges ; l'Église d'Irlande sera donc riche et magnifique, l'aristocratie d'Irlande aura une Église aristocratique.

En Angleterre, on dépouilla l'Église cathohque de ses terres et de ses droits, qu'on transporta à l'Église protestante. Cette spohation pouvait être injuste, mais elle se faisait au profit d'un culte accepté par la majorité de la na-

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