‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 170 sur 333 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Pour n'en citer qu'un exemple, dans le diocèse d'Kmly, qui contient quatre-vingt-quinze mille sept cent deux habitants, il ne se Irouvii que douze cents protestants attachés à l'Église établie; tout le reste, au nombre de plus de quatre-vingtquatorze mille, est catholique. Cependant le culte anglican a dans ce diocèse quinze églises, dix-sept bénéfices, et trente-un ministres salariés.

Le personnel attaché au service de TÉglise anghcane se partage naturellement en haut et bas clergé : quatre archevêques, dix-huit évéques , trois cent vingt-six dignitaires, tels que doyens, chanoines, chanceliers, trésoriers, archidiacres, prébendiers, prévôts, etc., composent le haut clergé ; le clergé inféiieur ou paroissial comprend tous les ministres appelés aux bénéfices : ces ministres sont au nombre de treize cent trente-trois, auxquels il faut ajouter sept cent cinquanle-dcux vicaires ou suppléants (1); un grand nombre de ces évéques ou ministres anglicans occupent des diocèses ou bénéfices exclusivement peuplés de catholiques, et n'ont par conséquent rien à faire : aussi ariive-t-il souvent qu'ils ne résident pas. On a calculé qu'en 1830, sur treize cent cinq mipislres à bénéfices, il y en avait trois cent soixante -dix-sept qui n'étaient pas à leur poste ; et qu'en 1 835 il existait cent cinquante bénéfices où ne résidait ni ministre ni vicaire.

Le clergé d'Irlande est pourtant magnifiquement doté. Outie son droit de dîme, il possède six cent soixante-dix mille acres de terre. L'estimation la plus modérée, et en même temps la plus authentique, porte à plus de 22 millions de francs le chiffre de ses revenus annuels (2) ; et ces revenus passent tout entiers en traitements et en salaires pour les ministres de l'Église ; il n'en est pas apphqué la plus légère portion à l'Éj^lise elle-même. Quand l'Église d'Irlande a besoin de bâtir un iemple ou un presbytère (3), elle implore la charité du parlement. Depuis l'année 1800, elle a reçu en dons parlementaires desti-

SlO L*IRLANDE.

nés à cet usage la somme de 782,061 liv. sterl. , ou 19,942,755 fr. (1).

Le haut clergé , dont presque tous les emplois sont des sinécures avouées, jouit d'immenses richesses ; il absorbe à lui seul plus de 8,000,000 de francs (2) : les évêques ont terme moyen 125,000 fr. de rente; les archevêques près de 200,000 ; l'évêque de Derry en a plus de 300,000 (3), et l'archevêque primat d'Armagh environ 400,000 (4); le revenu du doyen de Derry est presque de 100,000 francs (5).

Rien ne manque aux prélats de l'Église d'Irlande poui leur faire une vie douce, agréable et brillante. On ne sau sait imaginer un plus beau palais que celui de l'archevêque d'Armagh. Voici connnent un protestant anglais, M. Inglis qui parcourait l'Irlande en 1834, décrit la résidence de l'archevêque de Cashel (6), le plus pauvre des arche vêques d'Irlande, et qui n'a que 161,000 francs d( rente (7) :

« Son palais, dit-il, est environné de jardins délicieux là se trouve réuni tout ce qui peut enivrer les sens ; dei parterres de fleurs cliarmantes, entremêlées des arbustei les plus rares ; çâ et là des plantes d'une infinie variété plus loin , des bosquets solitaires embaumés de loulei sortes de parfums ; plus loiti encore, d'admirables rochen surmontés d'une antique et superbe ruine qui s'élève ai milieu d'un réseau fleuri de lauriers, d'acacias, de hlas e d'ébéniers. Une voie secrète conduit des jardins aux rochers ; c'est par là que, se dérobant aux yeux de son troupeau, le saint pasteur peut se retirer dans ce lieu solen nelj où il médite en paix sur l'insuffisance des biens de c( mohde. »

L'auteur de cette description ironique ajoute que le pré lât est archevêque protestant d'une ville qui compte sep mille habitants^ et où il n'y a guère que cent cinquante pro testants. Disons aussi que, dans toute la province, ecclé

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