DEUXIÈME PARTIE
siastique dont Cashel est le chçf-lieu, les prolestants ne sont vis-à-vis des catholiques que dans la proportion de cinq sur cent (1).
Ainsi voilà un pays où, chaque année, la moitié de la population est affamée, et où 22 millions sont dévorés annuellement par les ministres d'un culte qui n'est pas celui du peuple ^
Quelles que soient les objections contre les grandes richesses d'un clergé, on conçoit cependant que, même dotée de grands biens, une Église soit populaire, lorsque le culte qu'elle représente est celui de la nation elle-même.
La nation , quand elle est religieuse , peut se plaire à entourer de splendeur et de magnificence les prêtres de sa foi. Plus le ministère est élevé plus elle aime à grandir le ministre. Chez un peuple croyant, le prêtre est l'hitermédiaire sacré entre Dieu et l'homme. Sans lui, point de culte public, point de prières solennelles. Le prêtre bénit l'homme à son berceau ; quand l'homme prend une compagne, c'est le prêtre qui bénit son union ; le prêtre assiste l'homme dans toutes les phases de la vie l il ne sait rien des joies du riche, mais il ne manque à aucune de ses misères ; le prêtre entend le premier et le dernier cri de l'homme. C'est encore le prêtre qui instruit le peuple et lui enseighe les connaissances propres à l'aider dans ce monde, en même temps que la science de l'autre vie. Le peuple, qui reçoit du prêtre l'intelligence des choses divines et humaines, fait en retour à celui-ci une existence digne et bril= lante.
Et puis il y a communément dans les fortunes d'Eglise tin principe de charité exprés ou tacite qui les protège contre le scandale apparent de leur énormité : ce principe, c'est la pré.somption que l'Église n'a que le dépôt et la distribu-
* Voir au dernier alinéa de la page 508 l'état actuel des revenus de l'Église anglicane.
lioii des biens qui lui sont confiés. L'Église est la patronne naturelle de l'indigent. 11 semble qu'on ne puisse la faire trop riche, puisque ses trésors seront ceux du pauvre. Quelle que soit la libéralité des institutions politiques, il est une infinité de nnisères individuelles qui leur échappent, et que la charité seule sait découvrir et soulager. Une Église, c'est la charité religieuse organisée. Entendue ainsi, l'opulence d'une Éghse se comprend sans peine, si elle ne se justifie complètement.
Mais comment s'expliquer les immenses richesses d'une Église qui n'est point celle du peuple ; qui non-seulement ne fait rien pour le peuple, mais encore dont le peuple ne veut rien recevoir ? Comment comprendre les énormes revenus d'un clergé institué pour le soin des âmes, for the cure of soûls, ainsi que disent les décrets constitutifs de son organisation, et qui vit au sein d'une population à laquelle ses secours spirituels seraient odieux ? Que veut dire ce soin d'instruire le peuple, confié à des hommes dont le peuple repousse l'enseignement? Que signifie le dépôt de la charité publique remis à un clergé qui ne saurait sympathiser pour les misères temporelles de ses ennemis religieux.
L'étabhssement de l'Église d'Irlande n'est utile en réalité qu'au petit nombre de protestants anglicans eux-mêmes dont elle satisfait les besoins religieux, et qui payent d'autant moins cher pour les frais et l'entretien de leur culte, qu'ils y font contribuer toute la population à laquelle ce culte est étranger. Si les anglicans, qui sont en Irlande au nombre de huit cent mille, payaient seuls leur Église, elle leur coûterait annuellement à chacun, terme moyen, 1 livre sterHng ; mais, moyennant que six millions et demi de catholiques et six cent mille dissidents en font les frais, la charge n'est plus pour chacun que de 2 shillings. Singulière b.ise pour une Église, (juc ce système suivant lequel on dépouille le pauvre pour aider le riche.