DEUXIEME PARTIE
peuples comme des individus. Ceux-ci tiennent aussi de la nature des penchants divers, dont l'influence ne peut être niée, mais qui pourtant peuvent si bien être combattus, que l'éducation, selon qu'elle est bien ou mal dirigée, a la puissance de rendre vertueux l'homme à qui la nature avait donné des vices, et de dépraver celui dont les premiers mouvements étaient bons. Ainsi, après avoir démontré que telle disposition mauvaise est propre à une certaine race, il faudrait encore, avant de lui jeter l'anathéme, prouver que ce mauvais penchant ne saurait être corrigé par aucune influence contraire. Et puis, quand on a reconnu à deux peuples des facultés diverses, qui décidera laquelle de ces facultés constitue, au profit de l'un d'eux, une supériorilé morale? Pèsera-t-on dans une balance les qualités de la tête et celles du cœur?
Ce serait assurément contester l'évidence que de nier les vices du peuple irlandais. L'Irlandais est fainéant, menteur, intempérant, prompt aux actes de violence. 11 a notamment pour la~ vérité une sorte d'aversion invincible. Entre le vrai et le faux, s'il est désintéressé, on peut compter qu'il choisira le mensonge. Aussi ne dit-il rien sans appuyer son affirmation d'un serment; il jure tout sur son honneur : iipon my honour, upon my word : locution familière à ceux qui ne disent point la vérité.
Sa répugnance pour le travail n'est pas moins singulière : en général, il fait sans goût, sans soin, sans zèle, ce qu'il exécute, et le plus souvent il est oisif. Beaucoup d'Irlandais, qui sont misérables, ajoutent beaucoup à leur misère par leur indolence. Il ne leur faudrait, pour alléger leur infortune, qu'un peu d'industrie et d'activité; mais rien ne saurait les soustraire à leur apathie et à leur nonchalance ; ils semblent s'y complaire, ils s'y étalent et y restent, en dépit de leur détresse et de leurs besoins qu'ils ne sentent plus.
Ce sont là des vices déplorables ; en voici maintenant qui
sont terribles. Violent et vindicatif, l'Irlandais déploie dans les actes de sa vengeance la plus féroce cruauté. On a vi comment, en Irlande, le cultivateur qui a été expulsé de s£ ferme ou saisi dans ses meubles, faute de payer la dîme, S( porte, dans sou ressentiment, à des représailles empreintei de la plus atroce barbarie. On ne songe point sans horreui aux supplices qu'il invente dans sa fureur sauvage (1) Quelquefois l'incendie , l'assassinat, ne lui suffisent point, i lui faut de longues tortures pour sa victime (2). Souven il est dans ses fureurs aussi injuste que cruel, et il fait su bir sa vengeance à des personnes tout à fait innocentes di dommage qu'il a éprouvé. Il ne s'en prend pas seulemen au propriétaire et à l'homme d'Église des rigueurs dont eu^ seuls devraient être responsables ; sa violence se porte sui l'agent du propriétaire, sur le nouveau fermier, sur l'huis sier du ministre. Quelquefois il s'éloigne d'un degré d( plus de l'auleur de ses maux : il enlève avec violence le femmes, les filles de ces individus, et les déshonore poui punir leurs maris et leurs pères qui eux-mêmes ne son point coupables.
Ces vices, ces crimes, je les connais, je les vois chez l'Ir landais, et chez TAnglais je ne les trouverais pas. D'oi viennent ces vices et ces crimes? De la race? — Non. Je re pousse comme impie une doctrine qui fait dépendre di sort de la naissance le crime et la vertu. Je ne croirai ja mais qu'une nation tout entière soit fatalement, et pari destin seul de son origine, enchaînée au vice; jamais je m penserai que le ieu qui a fait l'homme à son image ait créi un peuple dépourvu de la faculté d'être honnête et juste Je n'admettrai jamais qu'il ait refusé à ce peuple la liberti morale, c'est-à-dire qu'en lui donnant la vie, il l'ait destitué des conditions de la vertu. Cette injustice énorme mi serait humainement démontrée, que j'en douterais encon plutôt que de douter de Dieu. Mais pourquoi l'admettrais je, lorsque rien ne me la prouve? Par quelle dispositior