DEUXIEME PARTIE
peuple ne fît jamais pour un simple individu. Oui", cela est vrai, je reçois un tribut, gage du haut prix qu'on attache à mes faibles services. Je m'en glorifie, et je repousse en même temps que j'entends avec le plus profond dédain les injures de cette lâche aristocratie, qui marcherait sur le corps du peuple si elle ne me trouvait sur son chemin. Quels sont, dites-moi, les titres du marquis de ••• à la considération publique? A quoi doit-il les grandes terres qu'il possède en Ecosse? Je m'en vais vous le dire. Son ancêtre était lord ••, abbé de -"au temps de Knox : trahissant le dépôt qui lui était confié, il livra les vastes possessions qui dépendaient de son abbaye, après toutefois en avoir obtenu pour lui-même la concession des deux tiers. Voyons naintenant l'origine de ses domaines d'Irlande. Comment 5ont-ils entrés dans sa famille? — Eh! mais, par la voie iccoutumée du temps, par le sacrilège, le parjure, le vol ;t l'assassinat. Et voilà un homme qui, héritier du fruit de ous ces forfaits, ose attaquer un autre homme dont tout e crime est de s'être constitué le défenseur de ses concioyens contre les monstres qui, depuis des siècles, écrasent on pays du poids de leur tyrannie (1). » I Du reste, ce n'est pas seulement par ses sarcasmes, ses ivectives améres et ses fougueuses déclamations qu'O'Gonell attaque les hautes classes d'Irlande et ébranle leur au- 3rité ; il les rapetisse par sa grande taille, qui, en Irlande, élève au-dessus de tous ; il annule surtout leur empire ar l'ascendant qu'il a pris sur ceux qui leur doivent obéisnice ; il détruit leur pouvoir par la domination qu'il exerce li-même sur toute l'Irlande. Toute grande individuahté ît nivelante de sa nature ; elle est supérieure à ce qui environne; mais au-dessous d'elle tout est égal. En p!amt le peuple sous une influence unique^ centrale, née du ,}re assentiment de chacun, O'Connell raccoutume à ne •mpter pour rien les privilèges légaux et traditionnels qui, uis un gouvernement aristocratique comme celui de l'Ir-
lande, sont présumés allachés au nom, à la naissance et
la condition sociale ^
Le clergé catliolique.
Mais de lous les éléments sociaux existant en Irlande, et qui, favorables à la liberté, contiennent aussi des germes de démocratie, il n'en est peut-être point de plus fécond, au moins dans le temps présent, que le clergé catholique. Si O'Connell est le sommet de l'association, on peut dire que le clergé catholique en est la base. Mais O'Connell est \m homme dont la puissance est destinée à finir avec sa vie, si môme le déclin de son pouvoir ne précède sa mort (1 ). Le clergé est un corps qui ne meurt point.
Le clergé catholique est ce qu'il y a en Irlande de plus national : il tient aux entrailles mêmes du pays. Nous l'avons vu ailleurs, l'Irlande avant été en même temps atta-
* Depuis la publicalion de ce livre (1859), O'Connell a continué en Irlande sa mission tout à la lois pacifique et agitée. Pendant plusieurs années il a poursuivi l'entreprise du repeal de l'union, pour le succès duquel il a couvert l'Irlande de ces meetings formidables dont l'Angleterre s'est émue, et (pii ont fini par exciter à tel point les alarmes du gouvernement britannique, qu'il s'est décidé à mettre en jugement leur instigateur. L'appréciation de ces faits, la question du repeal, la poursuite d'O'Connell, le jugement de la chambre des lords, etc., avaient été l'objet', de la part de l'auteur, d'un travail qui se trouvait dans la préface de la sixième édition, publiée en 184 1, et qu'on a cru devoir reporter à la lin du second volume, sous forme d'Appendice, avec le titre de : État de la question d'Irlande en 18 i4.
On sait qu'U'Connell est mort en mai 18 i7. Mais la grandeur du rôle qu'il a joué en Irlande pendant trente ans, les services qu'il a rendus à son jjays, ([ue dès aujourd'hui on reconnaît immenses, et que plus tard on jugera plus grands encore; tout fait d'O'Connell un homme qui aitpartieni à l'iiistoire. L'auteur de ce livre n'avait donc rien à supprimer du chapitre intitulé OCounelt.
{ISote de la septième édition. 180"2.)