‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 247 sur 333 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

>es lois favorisaient les mariages précoces; des récompenses publiques honoraient les mères les plus fécondes (1); et l'émigration, qui enlève des enfants à la patrie, était interdite comme un délit public. Voici maintenant que, chez un des peuples les plus civihsés du monde, l'opinion s'établit Ique l'accroissement de la population est le plus grand danger dont une nation puisse être menacée; on y enseigne que, pour conjurer ce péril, il faut non-seulement arrêter le progrès du nombre, mais encore le diminuer, et l'émigration y est non-seulement permise, mais solennellement encouragée comme un moyen de salut pour ceux qui émigrent et pour le pays délivré d'un excès de population.

C'était jusqu'à ce jour une doctrine universellement consacrée, qu'une grande population est pour un pays une source de force et de richesse nationale, et que si elle nuit faute d'être bien dirigée, elle peut toujours être convertie m un instrument de puissance et de prospérité : théorie [3ien différente de celle qui veut aujourd'hui, quand la population semble excessive, qu'on en exile une moitié pour assurer le bonheur de l'autre.

Que doit penser l'Irlande de ceux qui la gouvernent? Les temps sont encore tout près d'elle où ses habitants étaient tenus rigoureusement dans l'impossibilité d'émigrer par le même gouvernement anglais qui, aujourd'hui, favorise, s'il n'exécute pas en Irlande l'émigration (2).

Sans relever davantage les contradictions de ces systèmes iivcrs, et sans examiner jusqu'à quel point l'emploi successif dl' chacun d'eux fut justifié par des circonstances liffèrentes, recherchons si l'émigration pourrait être en ce :noment un moyen de salut pour l'Irlande.

Supposons d'abord qu'elle soit possible dans les proportions énormes qui seules la rendraient efficace. Pour [uger de ce qu'elle doit être pour être utile, il suffit de 3onsidérer ce qui se passe à présent en Irlande. Il n'existe 3eut-être pas de comté irlandais d'où chaque année des mil-

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licrs d'habitants n'émigrent volontairement. Cependant il a été constaté, par des enquêtes officielles, que cette émigration plus ou moins bienfaisante pour ceux qui s'en vont, ne produit aucun effet bien sensilDle sur la condition de ceux qui restent. On a reconnu que, dans les paroisses dont 011 a le plus émigré, le prix de la main-d'œuvre ne s'est pas accru, et l'emploi des ouvriers demeurés dans le pays ne s'est pas augmenté (i). Dans certains comtés, pour que la condition des classes ouvrières se ressentît de l'émigration, il faudrait faire émigrer les neuf dixièmes (2). On est élonné de la promptitude avec laquelle le vide produit par l'émigration se remplit, et l'on ne sait par quel funeste enchantement les pauvres qui s'en vont sont tout à coup remplacés par d'autres pauvres. Ce sont donc des milhons d'Irlandais qu'il faut éloigner d'Irlande, sinon l'émigration passerait comme inaperçue.

Une telle émigration est tout à la fois singulièrement difficile et dispendieuse. Où porter ces millions d'émigrants? Assurément l'Angleterre est de tous les pays celui pour lequel celte difficulté est la moindre, car elle a des établissements coloniaux dans toutes les parties du monde, et ses vaisseaux lui donnent le libre accès des contrées mêmes qu'elle ne possède pas. Mais tous les territoires vacants ne seraient pas également propres à l'émigration irlandaise. L'Australie, outre qu'elle est plutôt un lieu de déportation que d'émigration, oppose aussi l'obstacle de sa distance. Les États-Unis conviendraient; mais est-on bien sûr que, si les Etats-Unis se voyaient menacés de l'invasion de trois ou quatre milhons d'Irlandais, leur gouvernement laissât la libre entrée des poiis américains à ces essaims de pauvres? il est permis d'en douter. Aujourd'hui l'Irlande envoie chaque année aux États-Unis quelques milliers d'indigents; et ce courant modéré d'émigration a déjà soulevé dans ce pays tant de clameurs, que plusieurs fois on a mis en question si les ports des États-Unis ne seraient pas fermés

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