‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 248 sur 333 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

aux émigrants irlandais, soit par une interdiction formelle, 3oit par une taxe assez élevée pour équivaloir à une prohibition (1).

Le Canada, il est vrai, à défaut des États-Unis, pourrait 'ecevoir les émigrants. Il est de toutes les colonies britanniques la moins éloignée de l'Irlande; c'est un pays devenu mglais, grâce aux lâchetés de Louis XV et de sa cour. Beaucoup d'Irlandais s'y sont déjà établis, qui seraient les ^ôtcs des nouveaux venus; et, quoique les meilleures terres ie cette colonie florissante soient occupées, il en reste en- Mre une assez grande étendue pour recevoir pendant longemps le surplus de la population anglaise. Reste à savoir >i, lorsque la puissance anglaise est ébranlée au Canada, 1 entrera dans la politique du gouvernement britannique i'envoyer à ce pays un renfort de plusieurs milHônS' i'hommes, qui, comme Irlandais et catholiques, seront nalintentionnés envers l'Angleterre et prêts à faire cause commune avec ses ennemis ^

Admettons cependant que ces diverses objections contre l'Australie, contre les États-Unis, contre le Canada, n'exis- [ent pas; le lieu d'émigration est trouvé. Allons pkis loin encore. Supposons que la difficulté de transporter ces millions d'hommes dans leur nouvelle patrie, à deux, à quatre mille Heues par delà les mers, soit résolue; que l'on ne s'arrêtât pas devant l'énormité des dépenses qu'entraînerait une pareille entreprise, et qu'il faut compter par

* Depuis que ceci a été écrit, la catastrophe de 1846 et 1847 a prélipité toutes les solutions, et l'émigration irlandaise qui, grâce aux merveilleux progrès de la science, s'est exécutée et s'exécute encore en ce moment, dans d'immenses proportions, en Australie, aux ÉtalS' Unis, au Canada, répond vicloriousement aux objections soulevées sur ce point, ^émigration irlandaise est un fait accompli : sa possibilité n'est plus une question. Quelb^ en sera la portée? quel en sera le bienlait? A cet égard, la discussion reste ouverte. — Voir, sur ce point, ce que dit l'auteur dans les pages suivantes et dans la Notice placée en tète du premier volume, § 4.

[Note de la septième édition, 1862.)

milliards de francs; admellons enfin que tous ces Irlandais, dont rémigration paraît nécessaire, sont tout prêts à quitter leur pays et qu'on ne trouvera aucun obstacle dans leur volonté. Voilà deux, trois, quatre millions d'habitants de moins en Irlande.

Maintenant je me demande si la population de l'Irlande étant ainsi diminuée d'un tiers et même de moitié, les misères du pays cesseront. C'est ici que le doute me paraît encore permis.

La population d'Irlande est, à la vérité, réduite aux expédients pour la subsistance. Elle s'impose les plus cruelles privations, ce qui ne l'empêche paS chaque année de subir une famine plus ou moins longue. Elle se nourrit des plus grossiers aliments, en dépit de quoi elle éprouve dos disettes périodiques ; elle a adopté le régime le plus propi'c à soutenir le plus d'habitants possibje sur le moindre territoire donné. Comme c'est une vérité économique bien établie que la même étendue de terrain qui, semé en pommes de terre, nourrit vingt personnes, ne doimerait d'aliments que pour cinq ou six, s'il était semé en blé, et n'en ferait vivre qu'un seul s'il était mis en prairie propre au bétail, l'irhnde a renoncé absolument à l'usage de la viande et du pain pour vivre exclusivement de pommes de terre. Elle a fait plus. Gomme, parmi ces derniers fruits de la terre, il y en a qui se multiplient en plus grande quantité que d'autres, elle a adopté pour aliment une espèce de pomme de terre appelé Luniper, la moins agréable au goût, mais dont les vices sont rachetés aux yeux de l'Irlande par le mérite d'une prodigieuse abondance.

Il semble, au premier abord, que, pour une population qui trouve si péniblement sa subsistance sur le sol, toute diminution de nombre serait un immense bienfâiit. Si cependant on approfondit la question, on verra que l'émigration de 2 ou 5 milhons d'Irlandais n'aurait point pour résultat nécessaire de faire naître, en faveur des 4 ou 5 millions

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