TROISIÈME PARTIE
îelle-ci seule en effet profite; le' pauvre agriculteur d'Irande, qui du matin au soir trace son pénible sillon, ne îomprendra rien, sinon qu'autrefois il payait à un homme l'Église très-haïssable une dette, qu'à présent il acquitte 3ntre les mains d'un riche qu'il ne hait guère moins.
Oui ne conçoit dès lors quel sera, même parmi les pro- Driétaires protestants, le sentiment de répugnance contre la iîme, qui viendra ajouter, soit à leurs embarras d'argent, !;oit aux ressentiments populaires. Mais ce ne sont pas seulement les propriétaires protestants qui seront tenus de Dayer la dîme : elle sera exigée aussi des propriétaires catholiques. Or , croit-on que ces propriétaires , dont le lombre en Irlande est en progrès, seront mieux disposés à Dayer la dîme que ne l'étaient leurs fermiers? Est-ce que eurs passions religieuses ne repoussent pas avec la même mce ce tribut offert à un culte ennemi? Est-ce que leur ^aison ne leur suggère pas les mêmes objections? Le caholique riche ne ressent-il pas, aussi bien que le cathoique pauvre, l'injure de payer l'Éghse protestante?
Et pourquoi interroger l'avenir sur les effets de ce changement? Le présent ne suffit-il pas pour les apprécier? Quelques mois à peine se sont écoulés depuis qu'a été faite 3ette innovation qui devait calmer l'Irlande agitée ! et déjà lous voyons la dîme soulever, sous son nouveau nom, les Tîêmes oppositions que par le passé, et l'Église anglicane îxciter parmi le peuple les mêmes ressentiments et les nêmes fureurs !
D'où vient cette inutilité des efforts tentés pour réformer 'Église anglicane d'Irlande? C'est que l'Irlande veut, non a réforme de l'Église anglicane, mais son abolition. Le vice 'adical de cette Église, c'est de constituer le culte légal et )fficiel d'un peuple qui a un autre culte. L'abus, c'est son établissement lui-même. Sa création au sein d'un peuple caholique estun excès qui se perpétue aussi longtemps qu'elle iure. Le grand tort de l'Église anghcane en Irlande, c'est
de se trouver placée au sein d'une population qui la repousse sans examen. Ses richesses, son luxe, son oisiveté, sont assurément de grands abus; mais, de tous, le plus énorme, c'est son existence. Sa destruction en Irlande esl le premier pas vers le bon sens et l'ordre.
Lorsqu'on parle d'abolir l'Église anglicane, il ne s'agil point d'anéantir en Irlande le culte épiscopal, mais seulement de détruire la supériorité politique de ce culte sur tous les autres.
Il ne faudrait pas non plus, en abolissant la prédominance du culte anglican, la remplacer par la suprématie di culte catholique; ce qui importe, c'est d'établir en Irlande l'égalité des cultes. L'Irlande, il est vrai, est catholique masse, comme l'Angleterre est épiscopale, comme l'Écos est presbytérienne; et il serait logique que l'Irlande eût un établissement catholique, comme l'Kcosse a un établisse* ment presbytérien, et l'Angleterre un étabUssement anglican. Mais d'abord c'est une grande question de savoir s'il est bon de lier l'un à l'autre l'État el l'Église. Comment associer ensemble l'institution humaine et caduque avec celle qui est de Dieu, et qui ne meurt point? Que serait-ce d'ailleurs que de proclamer en Irlande la religion catholique rehgion de l'État, sinon détruire le privilège religieux des protestants pour le transporter aux catholiques? Après avoir aboli l'injurieuse suprématie de l'Église anghcane, qui offense en Irlande la majorité du peuple, verra-t-on la minorité protestante opprimée par le culte qu'elle opprima jadis?
L'un des plus grands périls auxquels soit exposée l'Irlande catholique, c'est qu'après avoir été dominée elle veuille devenir dominante.
Ce serait une source féconde de malheurs pour l'Angleterre et pour elle-même : pour l'Angleterre, qui ne pourrait souffrir cette domination de secte, et chez laquelle toutes les vieilles passions de la réformation seraient réveillées par
;ette prétention papiste; et pour l'Irlande elle-même, qui ;erait de nouveau écrasée par l'Angleterre.
Il importe donc aux deux pays que l'Irlande s'accoutume i la liberté religieuse : or, quel meilleur moyen, pour lui mprimer des habitudes de tolérance, que de placer tous les îultes sur le même niveau? Et c'est à présent, c'est pendant }ue l'Angleterre protège l'Irlande, qu'elle doit donner aux catholiques de ce pays un enseignement de ce genre. Il faut :|ue l'égalité des cultes leur vienne comme un bienfait; plus :ard ils la considéreront peut-être comme un njal. C'est ce qui arriverait certainement, si cette égalité ne se fondait, en Irlande, que lorsque les catholiques seront devenus tout [\ fait maîtres de la société civile; alors ils croiraient qu'on n'introduit l'égalité des religions que pour abaisser leur culte. •
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Moyen d'étatilir l'égalité des cultes en Irlande. -— Avantages d'un salaire public pour le clergé catholique.
Un publiciste anglais a dit avec raison qu'il y a deux fnoyens d'établir l'égalité entre les cultes ; c'est de les payer :ous, ou de n'en payer aucun (i).
Le système selon lequel on laisse à chaque communauté religieuse le fardeau de son culte et de ses ministres semble ïssurément le plus équitable, puisque nul, dans cet ordre l'idées, n'est appelé à payer pour le culte d'autrui, et ne ionne, pour le sien propre, que ce qui lui plaît.
Cependant il y a équité aussi, et peut-être plus de sagesse politique dans le système qui charge l'État de pourvoir également aux frais de tous les cultes sans attribuer de prééminence à aucun d'eux.
Et, s'il y avait doute sur cette grave question, l'État par-
ticulier du clergé catholique d'Irlande le ferait peut-être cesser.
Je conçois le système suivant leqwel les membres de chaque communauté soutiennent eux-mêmes leur Église, et contribuent hbrement aux frais de leur culte; je conçois, dis-je, ce système dans un pays qui, comme les Etalb-Unis^ par exemple, contient une multitude de sectes diverses, dont aucune ne constitue une puissance considérable dans l'État. Mais qui ne voit du premier coup d'œil tous les périls que présente un tel système en Irlande, où il n'y a guère que deux communions en face l'une de l'autre; où le seul culte catholique comprend près de sept millions d'âmes; où le clergé de ce culte est la première puissance du pays; où < clergé dépend étroitement du peuple, et le peuple de ( clergé; et où ce clergé et ce peuple, ennemis politiques du gouvernement, accroissent leur force mutuelle en se liguant tous les deux contre lui.
Il y a sans contredit, dans la puissance populaire du clergé catholique en Irlande, quelque chose d'excessif qui semble demander qu'on le tempère. Un salaire doimé par l'Ktat à tous les membres de ce clergé exercerait cette influence modératrice. Ce salaire, proportionné à celui qui serait donné aux ministres de l'Église anglicane et presbytérienne, attesterait l'égalité politique des cultes. Le clergé d'Irlande, attaché au peuple irlandais par la sympathie du culte commun, ne serait plus affranchi de tout lien envers l'autorité publique. Recevant désormais de l'État un traitement fixe, il ne demandornit plus rien au peuple pauvre et misérable. Il serait moins populaire, sans doute, mais plus indépendant; moins libre envers le pouvoir, mais plus affranchi des passions de parti. Quel serait l'obstacle à cette mesure? Serait-ce qu'un gouvernement protestant ne saurait payer une Église cathoHque, ou qu'une Église catholique ne peut consentir à recevoir son salaire d'un État protestant? Ces objections n'auraient de poids que si, en payant le culte
îlholique, l'Étal le reconnaissait comme la religion du nys; ou si, en acceptant ce salaire, les prêtres catholiques [aient tenus de reconnaître la suprématie protestante de État. Lors de l'union législative de l'Irlande, M. Pitt avait 3nçu un plan d'émancipation des catholiques d'Irlande, ans lequel il faisait entrer le salaire du clergé cathohque. outle monde paraissait d'accord, le parlement à donner,
clergé d'Irlande à recevoir. L'histoire contemporaine conate le consentement officiel donné alors par les évêques itholiques au projet du ministre anglais ; le pape lui-même vait donné son assentiment. Mais Georges 111 croyait que 3n serment anglais et protestant ne lui permettait pas 'émanciper les catholiques d'Irlande, et devant son higosme obstiné] le projet d'un salaire pour le clergé cathoque s'évanouit avec le plan d'émancipation dont il était n accessoire (1).
Aujourd'hui si le projet était remis en question, ce n'est as du roi et du parlement que viendraient les plus grands )sîacles, mais du clergé irlandais lui-même. Au commenîment de l'année 1837, le bruit s'étant répandu que l'inntion du gouvernement était de représenter ce projet, les ^êques d'Irlande se sont émus, et ont déclaré unanimement ne jamais ils ne consentiraient à recevoir de l'État une asstance qu'ils ne voulaient tenir que du peuple (2). Celte éclaration est-elle l'expression d'une volonté définitive? il st permis d'en douter. Je l'ai déjà dit plus haut : il n'est as dans la nature du clergé cathohque de se montrer hosle envers les pouvoirs étabhs. L'on ne peut nier que, sous lUsieurs rapports, le clergé catholique d'Irlande ne soit résentement en dehors de ses voies Ordinaires. Son dévouelent au peuple est sans doute propre à sa nature, mais sa ilte contre la loi temporelle ne l'est pas (5). Et l'on peut Dnclure de ce qui se passa du temps de Pitt qu'un arranîment eût été facile entre le gouvernement et les prélats itholiques d'Irlande. Cette transaction souriait alors au
plus grand nombre des prêtres. Elle leur assurait une condition stable à la place d'un état précaire, un salaire régulier au lieu d'une assistance sujette à mille variations. Elle les affranchissait des caprices populaires sans les placer dans la dépendance du pouvoir.
Mais, depuis cotte époque, l'existence du clergé catholique d'Irlande a complètement changé. Les grandes luttes engagées depuis vingt ans entre le gouvernement et le peuple, dans lesquelles le prêtre, devenu tribun, s'est établi le défenseur de tous les droits et de toutes les réformes, s'est associé à tous les mouvements et à tous les triomphes populaires; ces luttes, dis-je, ont créé, pour le clergé catholique d'Irlande, la plus grande existence pohtique qu'il soit donné à un corps religieux de posséder; et à présent qiu» le clergé catholique a goûté de cette vie, il n'en veut point d'autre.
Lors donc que le clergé catholique déclare que, si le gouvernement voulait lui donner un salaire, il le refuserait, ce n'est pas seulement pour flatter le peuple dont il dépend qu'il tient ce langage. Il exprime sans doute un sentiment sincère; il a la conscience de tout ce qu'il perdrait en acceptant un traitement de l'État, et il voit bien que, pour gagn nn salaire plus fixe et moins casuél, il sacrifierait une par de sa puissance et de sa grandeur.
Cependant les conditions de l'étroite union qui lient mutuellement le clergé catholique et le peuple d'Irlande peuvent, sinon changer, du moins se modifier. Toute circonstance, tout événement qui amoindrira en Irlande le rôle pohtique du clergé catholique, rendra plus facile une transaction de celui-ci avec le gouvernement. Que Ton considère aussi qu'une semblable mesure doit, autant que possible, se faire subitement et secrètement, et non se discuter. Jusqu'au jour où il sera payé par l'État, le clergé d'Irlande déclarera nécessairement qu'il ne veut rien recevoir que du peuple, dont \| dépend aujourd'hui. Pareille à toutes les affaires où