‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 283 sur 333 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

lier jusqu'à dire que toute attribution faite par l'État, d'un îvenu, d'un salaire ou d'un domaine à un établissement pulic, confère à celui-ci une propriété absolument irrévocale. Or, cette théorie peut-elle s'appuyer sur des raisons lausibles? Supposez que l'établissement qu'on a dotérichelent, quand on le croyait salutaire, devienne funeste, ou ien que, créé dans de certaines vues, il cesse de répondre son objet; faudra-t-il que la société continue à supporter, our le soutien d'une institution reconnue mauvaise, les barges qu'elle s'était imposées dans l'espoir d'en retirer de rands bienfaits?

Il semble bien difficile de ne pas reconnaître que la proriété, même territoriale, dont l'État a doté des corporaons ecclésiastiques, n'est entre les mains de ces corpoitions qu'un dépôt {a trust) dont elles sont comptables nvers le pays, et qui peut légitimement être repris par i même autorité qui le leur avait confié.

Ce principe est moins contestable en Angleterre et en Irmde qu'en tout autre pays, parce que là l'État et l'Église e font qu'un, et que les biens de l'Église y sont tout natuîllement ceux de l'État.

Et comment garder quelques doutes en présence des faits xomplis?Ne considérons que l'Irlande. Jadis dans ce pays

dîme était payée à l'Église catholique ; cependant celte ghse a été un jour privée de ses revenus. Comment? Par iJtorité du roi et du parlement. Sur quel fondement? Sur I principe qu'il appartenait au gouvernement de régler la Propriété ecclésiastique et d'en faire un meilleur emploi. En )nséquence la dîme a été transférée à l'Église anglicane, ans quel but? Afin de rendre protestante l'Irlande, qui est |)urtant restée catholique.

Conclurons-nous de là qu'il faut restituer la dîme à Sghse cathoHque? La conséquence n'est pas rigoureuse. État, disposant à son gré d'une propriété qui est la sienne, iut, il est vrai, en faire cetemploi, s'il le croit avantageux ;

mais en agissant ainsi dans un pays où l'idée de supériorit hiérarchique parmi les cultes est attachée au paiement de 1 dîme, il placerait tous les cultes d'Irlande sous la domina tion de l'Église catholique, et nous avons vu que rien n serait plus funeste à l'Irlande elle-même.

Quelle est donc la conséquence qu'il faut en tirer? Ces que si l'État a pu légitimement dépouiller l'Église catholi que de ses dîmes, et les transporter à l'Église anglicane dans la confiance que l'Irlande allait devenir protestante il peut, à plus forte raison, lorsque après trois siècle d'expérience il reconnaît la vanité de ses efforts et la chi mère de ses espérances, ressaisir les dîmes et en dispose de nouveau.

On conçoit qu'il y ait difficulté sur le meilleur emploi Aiire de cette source de richesses; mais la question de léga lité et de justice peut-elle ici être douteuse ?

11 en est qui reconnaissent à l'État le droit, en général, ' régler les revenus de l'Église, et même d'administrer propriétés, pourvu que, dans tous les cas, ces revenus soien appliqués à un objet ecclésiastique; mais c'est là une opi nion arbitraire, et qui manque de base. Supposez une do tation annuelle de vingt millions de francs, établie au prof] d'un culte qui a perdu tous ses prosélytes ; continuerez vous à doter de vingt millions de francs quelques pasteur sans troupeau? D'autres disent: il faut reporter la dotatioi sur le culte qui réunit le plus de croyants. On le peut san doute ; mais l'exemple de l'Irlande prouve qu'une pareill combinaison seraitquelquefois très-dangereuse. Bien d'autre avis sont ouverts sur ce sujet. Quand une dotation existant est supprimée, il faut, dit-on, pour ne heurter aucun secte, y faire participer toutes les communautés ; ou biei encore, employer les revenus qu'on enlève à l'Église des objets d'intérêt général, tenant par quelque côté à 1 religion, telles que Tinstruction et l'éducation du peuple Et toutes ces divergences sont naturelles, parce que ceu

Page 1