‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 30 sur 333 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

En 1156, une bulle du pape Adrien IV donne le royaume d'Irlande à Henri II, roi d'Angleterre ^

Cette bulle prouve que déjà à cette époque Henri II avait porté ses vues sur l'Irlande, dont il se faisait attribuer la suzeraineté parla puissance qui alors disposait des empires. Adrien IV était Anglais d'origine, et il éprouvait sans doute pour son pays natal des sympathies que Henri II sut exploiter.

On lit dansla Chronique d'Hanmer : « En l'an 1160, le roi (Henri II) se mit en tête de conquérir l'Irlande : il lui sembla que ce serait pour lui chose avantageuse, et qu'il ne trouverait là qu'un peuple sauvage et grossier^... »

Ce ne fut cependant que douze ans plus tard que les Anglo-Normands envahirent l'Irlande. Voici, disent les chroniques du temps, à quelle occasion :

Dermot, roi de Leinster, ayant enlevé la femme de O'Rourke, roi de Mealh, celui-ci porta plainte à Roderik O'Connor, monarque de toute l'Irlande, qui aussitôt prit en main la cause du roi outragé, et chassa de ses États le

* Mac-Geoghan, t. I, |p. 460. — Rich. Musgrave, Irish Rebellions, p. 5 On peut voir la traduction de la bulle d'Adrien, dans l'ouvrage de M. Thierry, Conquête de l'Angleterre par les Normands, l. IIl, p. 12.

* « Anno 1160, the King (Henri II) cast in his minde to conquer Ireland; he sawethat it was commodious for him : considered that they were but a rude and savage people... » Hanmer's Chronicle, p. 215, t. II. Ancient Irish historiés.

18 PREMIÈRE PARTIE. i

prince auteur de l'injure. Dermot, dans son désespoir, vintj implorer l'appui du roi d'Angleterre. Heureux, sans doute, ^ de l'occasion qui s'offrait à lui d'accomplir un dessein longtemps projeté, Henri H promit à Dermot de lui faire rendrej justice. I

Bientôt Fitz-Stephen, puis Strongbow, comte de Pem-j broke, abordèrent en Irlande avec une suite nombreuse de, chevaliers normands. [

Cependant, à peine Dermot a-t-il ainsi amené l'étrangeri dans sa patrie, que, voyant bien qu'il ne sera point remis; on possession de ses États, il engage Fitz-Stephen à retour-! ner en Angleterre ; mais Fitz-Stephen lui répond : « Que demandez-vous? Nous avons abandonné nos amis si chers,, notre patrie tant aimée; nous avons brûlé nos vaisseaux^; ce n'est pas dans l'idée de nous enfuir ; nous avons déjà^ combattu au péril de notre vie; à présent, quoi qu'ili arrive, nous sommes destinés à vivre ou à mourir ici avec vous^ »

Dermot ne recouvra point sa couronne, et les Anglais] restèrent en Irlande.

Ils y restèrent, non sans y rencontrer des résistances in- i finies ; car si leur invasion dans ce pays fut très-facile, cei fut avec une singulière difficulté qu'ils en pratiquèrent laj conquête. \

. La première invasion eut lieu en 1169 ; et, si l'on s'enj rapporte aux documents les plus authentiques, il faut aller; jusqu'à Jacques 1% c'est-à-dire en 1605, pour trouver l'a-j chèvement de la conquête. Ainsi plus de quatre siècles sej sont écoulés durant lesquels les Anglais n'ont exercé sur; l'Irlande qu'un empire contesté. j

Le spectacle offert par les Irlandais indigènes et les Anglo-Normands, luttant opiniâtrement pendant des siècles, j les uns pour conserver leur patrie, les autres pour s'en créer ■

* Hanmer's Chronicle, t. II, p. 250. Ancient Irish historiés. i

Page 1