‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 302 sur 333 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

éer quelques inslrumenls nouveaux de centralisation, 1 ut' perfectionner ceux qui déjà existent. Ils ont, depuis ^."1 , soumis les juges de paix à une surveillance régulière . périodique (1); ils ont restreint les pouvoirs des grands irys; ils ont transporté au gouvernement central le choix . le contrôle de plusieurs agents salariés du comté, et lui it attribué le pouvoir de faire, dans de certains cas, des avaux d'utilité publique, tels que ponts, roules et canaux, ji jadis étaient dans le domaine exclusif des grands rys (2). Enfin ils ont créé en Irlande trois administrations mtrales, dont chacune porte à l'arislocralie de ce pays une teinte plus ou moins grave. L'une a pour objet les tralux publics (3); l'autre est relative à l'instruction priaire (4); la troisième concerne l'exécution de la loi des luvres dont on a parlé plus haut. La première est celle qui appe le plus directement dans sa puissance l'aristocratie ;s comtés, puisqu'elle est l'instrument avec lequel le gou- Tnement peut désormais exécuter ce que, jadis, les comtés uls pouvaient faire; les deux autres ne l'atteignent qu'inrectement, celle-ci en constatant par l'institution d'une larité publique le peu de sympathie du riche pour le mvre; celle-là en conférant des lumières au peuple, et 1 lui donnant ainsi plus de force contre son ennemi. On voit, par ce qui précède, dans quelle mesure les whigs ! sont, jusqu'à présent, servis de la centralisation pour tformer les institutions de l'Irlande. On peut s'apercevoir l'ils procèdent, quand ils centralisent en Irlande, moins [nidement qu'en Angleterre, non qu'ils transportent en asse au gouvernement général les pouvoirs de l'arislocratie iformée, mais ils en centralisent une partie, confèrent au )uvernement des attributions nouvelles, et gênent la puisnce de l'aristocratie dans la portion d'autorité qu'ils lui issent. 5Iaintenant que l'on sait comment ils manient ce 'and instrument de réforme, on peut apprécier quels coups > sont capables de porter en Irlande à Taristocratie des

t» L'IRLANDE.

comtés ; ce qu'ils ont fait est déjà un signe de ce qu'ils pourraient faire. On retrouve, du reste, ici, chez les whigs, quoique moins prononcée, celte élenielle tendance des gouvernants anglais à faire les réformes de Flrlande de ia même manière que les réformes de l'Angleterre, et cet' disposition constante, quand ils déplacent un pouvoir, i'i . distribuer plutôt dans tous les rangs de la société qu'à en investir le gouvernement central tout seul. Aussi peut-( considérer connue probable que si les whigs abolissai<'nt I grands jurys des comtés, ce ne serait point pour transp( 1er leurs attributions û l'autorité centrale, mais pour 1 remettre à des administrations locales dont les membi procéderaient de l'élection populaire ; système libéral mais compliqué, qui convient à un pays où lesdi\r '

la société, dont on demande le concours, - i

harmonie, mais qui peut-être sied mal à l'Irlande, où < classes sont en état de guerre mutuelle, où la classe moyen est encore dans l'enfance, où le peuple n'a point Ibabitii' de se conduire, et où l'aristocratie est tellement antinationale, qu'il faut bien moins travailler à régler ses pouvoiit qu'à les abolir (l).

Rotormes que peuvent faire ies whigs dans 1 tut.

On vient de voir quelles réformes politiques les whigfl peuvent faire dans la paroisse, dans les corporations municipales et dans le comté; reste l'Etat.

Pendant tout le temps que les tories ont gouverné l'Irlande, l'aristocratie irlandaise a possédé dans l'État nii iujmense privilège politique; ce privilège, c'était la faveur, ou pour mieux dire, la partialité rx)nstante du pouvoir exécutif.

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Les principes décrétés pnr les lois sont importants sans doute; mais ce qui est peut-être plus grave encore, c'est l'esprit dans lequel on les met en vigueur. Or, sous l'empire des tories, toutes les lois destinées théoriquement à protéger l'aristocratie irlandaise étaient de plus appliquées dans le sens de ses passions les plus ardentes.

C'était alors une tradition reçue parmi les gouvernants de l'Irlande, que les lois étaient faites pour l'aristocratie contre le peuple, dans le seul but de tenir celui-ci sous le joug, et de défendre celle-là contre toute résistance. Et si une plainte était adressée au gouvernement par un catholique contre un protestant, par un pauvre contre un riche, elle ne rencontrait que l'indifférence ou le mépris.

La justice elle-même était alors, par l'exécution que lui donnaient les agents du gouvernement, corrompue jusque dans sa source. Ainsi, pour ne donner qu'un seul exemple, c'était une constante pratique, au temps des tories, que, dans les procès criminels, l'avocat de la couronne récusât tous les jurés catholiques, et travaillât à composer un jury exclusivement prolestant (i).

A cette époque, le parti orangiste en Irlande était si fort de l'appui que lui prêtait le pouvoir exécutif, qu'il pouvait impunément fouler aux pieds le parti populaire. Ainsi le voyait-on chaque année, lors de l'anniversaire de laBoyne, célébrer le triomphe des protestants sur les catholiques avec toutes les démonstrations les plus injurieuses pour les vaincus. Non-seulement le gouvernement souffrait ces insolentes provocations d'une faction à tout un peuple, mais encore, si ce peuple humilié osait relever sa tête et engageait une lutte avec ses oppresseurs, le pouvoir central soutenait ceux-ci dans leur tyrannie, et mettait à leur service la police et l'armée.

Les whigs ont introduit dans l'administration de l'Irlande d'autres maximes et d'autres procédés de gouvernement; ils ont interdit les manifestations publiques dont la Boyne était

le prétexte (1); ils s'efforcent, en laissant le jury accossibl aux citoyens de toutes les croyances, d établir une justic impartiale; ils proclament le principe que Tautorité publiqu est instituée autant dans l'iotérèt du peuple que dans coït des classes 8U|iérieuri's; et, si leur balance penchait plusd'ui côté que d'un autre, ce serait, il faut le reconnaître, plutO vers le pauvre qu'en faveur du riclie qu'elle inclinerait.

Il suflit, en effet, de jeter un coup d'œil sur l'Irlande pou s'apercevoir que non-seulement le gouvernement >\hig n'ac corde point à l'aristocratie de ce pays l'exorbitautt» prol tion que celle-ci recevait des tories, mais encore qu li traite plutôt en adversaire. 11 ne se borne pas à ne plu lui conférer les emplois publics dont elle avait autrefois li monopolo, il s'efforce de la dépouiller de ceux qu'elle pos séde encore. Un ju^e depaix,fcrand propriétaire, commet-i une faute, le goti^ ision de le rem

placer par un m.'tç,i , i iresesignaltM-i

comme chef du parti orangiste, on le destitue purement e simplement (2).

Kn même temps qu'ils enlèvent à l'aristocratie d'Irland< les faveurs et les grâces du pouvoir exécutif, les whigs ac cordent ces grâa'S et ces faveurs aux adversaires les plus i toires de cette aristocratie; ils appellent le plus qu'ils peuvr de catholiques dans la commission de la paix ; ils nommen aux fonctions publiques les plus éminentes des homu manifestement engagés dans le parti national (7)). Au li i d'élire pour shérifs des comtés les grands propriétaires qu< désire l'aristocratie, le gouvernement choisit ceux qu'elh considère comme ses ennemis (4). Depuis les moindres em plois jusqu'aux plus élevés, depuis les dignités de la judica ture jusqu'à la police, il prend ses agents dans le part populaire. \ vrai dire, le gouvernement des whigs er Irlande et l'aristocratie de ce pays sont en état de guerre ouverte.

Cotte façon de procéder du gouvernement whig en Irlande

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