‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 311 sur 333 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

volutionnaires il naquit un gouvernement démocratique, quelle en serait la forme? quel en serait le principe? quelle égalité donnorait-il aux citoyens? Serait-ce l'égalité propre au despotisme, ou celle qui appartient aux institutions libres? Voilà des questions que l'on ne peut que poser, et dont la solution n'appartient qu'à l'avenir?

Mais si l'on ne peut dire quelle puissance succédera en Irlande à Taristocratie anglicane, ce qu'on peut considérer comme indubitable, c'est que cette aristocratie est atteinte au cœur; et il somble impossible de ne pas regarder sa réforme comme prochaine et imminente.

Vainement le gouvernement anglais voudrait conjurer celte double ruine de l'Église et de l'aristocratie protestante d'Irlande; quel qu'il soit, whigou tory, il n'en aura point la puissance; et il n'y réussira ni par de prudentes réformes, ni par une aveugle résistance, ni par la sagesse, ni par la force.

L'Angleterre est sans doute bien supérieure en puissance à l'Irlande, et celle-ci serait insensée si elle prétendait soutenir avec la première une lulte de rivalité. Elle serait folle, non-seulement si elle voulait dicter des lois à l'Angleterre, mais encore si elle essayait d'échapper à la souveraineté de celle-ci : malheur à elle si jamais elle engageait de pareils combats! Mais il est bien différent pour le faible d'attaquer ou de se défendre. Le faible qui est opprimé trouve dans la sainteté de son droit une grande force auxiliaire, tandis que le puissant qui opprime est singulièrement affaibli par l'injustice qu'il pratique, et dont il a lui-même la conscience. Or, l'Angleterre peut bien croire utile à ses propres intérêts d'imposer à l'Irlande des institutions funestes à celle-ci; mais elle ne saurait penser qu'un pareil procédé soit juste, et il suffit quelle doute de son droit pour qu'elle soit moins forte. Au contraire, (juand l'Irlande résiste à la violence qui lui est faite, elle a le sentiment de l'iniquité commise envers elle, et ce sentiment la soutient. Ainsi, il semble qu'une

longue injustice tende à égaler la puissance de l'oppresseur el de l'ofjprimé, dont le courage s'accroît on mémo proportion que l'énergie du tyran diminue.

4/Anglclerre se lèverait comme un seul homme contre rirlande aspirant à briser le lien politique qui les unit l'une à l'autre. Mais lorsque l'Irlande se borne à repousser les persécutions d'une politique égoïste, lorsqu'elle fait entendre les accents douloureux du pauvre qui jeûne et de lopprinié qui gémit, l'Angleterre se divise, et le grand peuple, qui serait tout puissant pour dompter un sujet rebelle, manque do force pour écraser une victime, (lest là qu est \v secret de la faiblesse anglaise en face de la pauvre li lande, appuyée sur son infortune imméritée; là est l'explirntion du passé et la révélation de l'avenir. Voilà pourquoi, iiiéine nu temps de sa plus grande infériorité relative, rirlande a toujours été pour l'Angleterre un embarras et une menace.

Ei le temps approche, si déjà il n'est venu, où l'Irlande ne sera pas seulement forte de son bon droit. Sa population, qui s'accroit plus rapidement que celle de l'Angleterre, vitMit encore chaque jour augmenter la puissance du plus faible, et diminuer la supériorité du plus fort. L'Irlande n'est plus ee petit peuple de huit à neuf cent mille habitants qu'abattaient d'un seul geste Henri VIII ou Elisabeth; elle en compte à présent plus de huit millions; c'est la moitié de ce qu'en possèdent l'Angleterre, l'Ecosse et le pays de Galles, tous réunis; c'est trois fois plus que n'en a l'Ecosse toute seule, et le temps n'est peut-être pas éloigné où l'Angleterre, prise isolément, ne sera pas numériquement plus forte que l'Irlande (I). Alors, sans doute, la première sera encore infmiment plus puissante que la seconde; mais ils ne faut pas oublier tout ce que l une doit avoir de forces supérieures pour exercer une oppression qui l'affaiblit et qui diminue rinfériorité de l'autre.

Qu'on y prenne bien garde, d'ailleurs, l'on ne doit pas

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