‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 32 sur 333 · PARTIE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE HISTORIQUE

de tout contact étranger. Cependant, vers le milieu du i.v siècle, un peuple, sorti des forêts de la Scandinavie, les Danois, abordèrent en Irlande ; ils en occupèrent une partie sans beaucoup de peine; la lutte contre eux devint cependant vive et obstinée. Après de sanglants combats et des alternatives de succès et de revers, ces farouches conquérants renoncèrent à fonder leur empire dans le cœur même du pays, et se bornèrent à l'occupation de quelques points du littoral à l'est et au sud de l'Irlande, où ils établirent des comptoirs commerciaux. Dublin, autrefois Dyvelin, Walerford, Wexford sont des villes danoises*. Ainsi les Irlandais, qui avaient été assez forts pour arrêter les Danois dans leur invasion, avaient été trop faibles pour les chasser complètement ; et, au moment où les Anglo-Normands pénétrèrent en Irlande , les Danois , demeurés maîtres de toute la côte orientale de Leinster, vivaient dans une sorte de paix tacite à côté des Irlandais résignés peutêtre à voir ces conquérants maîtres d'un étroit espace, à la condition sous-entendue qu'ils n'en dépasseraient pas les limites.

Quoi qu'il en soit, ces luttes, soutenues par les Irlandais pendant près de trois siècles, avaient épuisé le pays et ajouté à la faiblesse déjà si grande du corps pohtique'.

La présence des Danois à cette époque sur le sol irlandais diminua aussi, par une autre raison, la force de l'Irlande. A leur arrivée, les Anglo-Normands abordèrent précisément dans celte portion du pays, qui était occupée par les Danois: ce furent donc les Danois qui eurent à soutenir les premiers chocs de l'invasion anglo-normande^. Or, on ne saurait imaginer une circonstance plus malheureuse pour un pays menacé d'une invasion. D'une part les Danois, en défendant contre les Normands une possession précaire

* Gordon, t. I, p. 78-90.

* Hardiman, Hist. of Gahvay, p. 40.

^ Lcland, t. I, p. 'U et 57-45.

i4 PREMIERE PARTIE.

et contestée, ne pouvaient déployer le zèle et le dévoue ment qu'un peuple apporte dans la défense de sa patrit D'un autre côté, les Irlandais, en voyant les Anglo-Noi inands aux prises avec les Danois, leurs premiers agret seurs, se trouvèrent flottant entre la terreur que pouvaier leur inspirer ces nouveaux conquérants et le contentemeii qu'ils éprouvaient de la destruction d'un ennemi établi su leur territoire.

Toutes ces circonstances réunies font voir assez claire ment combien l'Irlande au xii" siècle dut être faible pou repousser l'invasion des Anglo-Normands. ;

Mil L'intluence de la cour de Rome.

La troisième cause favorable à l'invasion fut l'influenc^ alors toute-puissante, de la cour de Rome, qui donna l'Ir lande aux conquérants.

C'était le temps de la suprématie temporelle et spirituel^ des papes, émules des rois, tribuns des peuples au moyer âge ; c'était le temps où, lorsque les plus puissants princej résistaient à la cour de Rome, le successeur de saint Pierre les déposait du trône, et trouvait les peuples soumis à ses décrets. Dans ce même temps l'Irlande était pieuse et sainte parmi les nations les plus chrétiennes. Ses prêtres étaieiii aussi bien à la tête de la société politique que de la sociéU religieuse ^ Dans ce pays, où tous les pouvoirs sociauî étaient faibles, et mal définis, il n'y avait qu'une régit fixe, immuable, celle de la religion; qu'une autorité in contestée et commune à tous, celle du prêtre ^ Je vois en 1160, dix ans avant la conquête, le primat d'Armagl régler en arbitre suprême la querelle de plusieurs rois ir

» Mdc-Geoghan, t. I, p. 4G4. — Hisl. ecclésiast., liv. II, ch. xvi - Gordon, l. I, p 105.

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